Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

musique

  • L’époque qui ne supporte plus le silence

    Il suffit d’y faire attention quelques minutes pour s’en rendre compte. Notre époque ne supporte plus le silence.

    Dans la voiture, on allume la radio. Dans la rue, on met des écouteurs. À la maison, la télévision murmure même quand personne ne la regarde vraiment. Partout, il faut du bruit. Un fond sonore. Une présence artificielle qui empêche le vide.

    LE SILENCE EST DEVENU SUSPECT.

    Autrefois, il était normal. Les gens marchaient sans casque sur les oreilles. Ils attendaient sans regarder un écran. Ils pouvaient rester quelques minutes seuls avec leurs pensées sans ressentir ce besoin étrange de combler le moindre espace de calme.

    AUJOURD’HUI, CE CALME SEMBLE PRESQUE INQUIETANT.

    Regardez simplement dans un train.

    Il y a quelques décennies, les voyageurs regardaient par la fenêtre. Certains lisaient un journal. D’autres discutaient tranquillement avec leur voisin. Parfois, le wagon restait silencieux, et personne n’y voyait un problème.

    Aujourd’hui, presque tout le monde a les yeux fixés sur un écran.

    Téléphone dans les mains, écouteurs dans les oreilles, vidéos qui défilent sans fin. Le silence du voyage a disparu. Le wagon est rempli de petits univers numériques qui tournent chacun de leur côté.

    Essayez maintenant une salle d’attente.

    Autrefois, les gens regardaient autour d’eux. Ils feuilletaient un magazine posé sur la table. Ils observaient les autres. Ils pensaient simplement.

    Aujourd’hui, dès que quelqu’un s’assoit, le même geste apparaît presque automatiquement.

    La main glisse dans la poche.

    Le téléphone sort.

    L’écran s’allume.

    Et le silence disparaît.

    Même sur une terrasse de café, le phénomène est visible. Deux personnes sont assises face à face. Le café est posé sur la table. Mais très vite, l’une d’elles consulte son téléphone. Puis l’autre fait la même chose.

    La conversation se suspend.

    Chacun replonge dans le flux numérique.

    Comme si le silence entre deux phrases devenait trop lourd.

    Car le silence oblige à penser.

    ET PENSER N’EST PAS TOUJOURS CONFORTABLE.

    Dans le silence, les questions remontent. Les inquiétudes aussi. Les doutes que l’on repousse pendant la journée. Le silence agit comme un miroir. Il renvoie chacun à lui-même.

    C’est peut-être pour cela que notre époque le fuit avec autant d’énergie.

    Jamais l’humanité n’a eu autant de moyens pour remplir chaque minute de sa journée. Musique en streaming, vidéos infinies, notifications permanentes, messages instantanés. Le bruit est devenu permanent. Invisible parfois, mais constant.

    Le monde parle sans arrêt.

    Les écrans parlent.

    Les réseaux parlent.

    Les médias parlent.

    Mais au milieu de ce bavardage continu, une chose disparaît peu à peu.

    LA REFLEXION.

    Car penser demande du temps. Penser demande du calme. Penser demande ce moment étrange où l’on se retrouve seul avec ses idées, sans distraction immédiate.

    Or ces moments deviennent rares.

     

    Notre époque préfère l’agitation. Elle préfère le flux permanent. Elle préfère le bruit qui empêche les pensées de s’installer trop longtemps.

    Ce n’est pas forcément un complot. Ce n’est même pas une décision consciente. C’est simplement l’évolution d’un monde qui a appris à remplir chaque seconde.

    Mais ce remplissage permanent a un prix.

    LE SILENCE DISPARAIT.

    Et avec lui disparaît aussi une certaine profondeur de l’esprit.

    Car c’est dans le silence que naissent les idées. C’est dans le silence que les hommes comprennent parfois ce qu’ils vivent vraiment. Les grandes décisions, les grandes intuitions, les grandes remises en question surgissent rarement au milieu du bruit.

    Elles apparaissent souvent dans un moment calme.

    Un moment où rien ne distrait.

    Un moment où l’on est simplement face à soi-même.

    Peut-être est-ce pour cela que notre époque fuit ces moments-là.

    Le silence est exigeant. Il ne distrait pas. Il ne divertit pas. Il oblige simplement à regarder les choses telles qu’elles sont.

    Et cela peut devenir dérangeant.

    Alors on préfère le bruit.

    Toujours un peu de musique. Toujours une vidéo qui tourne. Toujours un écran qui clignote quelque part.

    Pour éviter ce moment étrange où, soudain, tout devient calme.

    Et où l’on pourrait enfin commencer à réfléchir.

    Viguès Jérôme

  • La musique et bébé

    Comment éveiller votre nouveau-né à la musique? Initiez-le à une deuxième langue!

    Les bébés qui évoluent dans un environnement bilingue montreraient plus de sensibilité pour la musique, stipule la récente étude publiée par Cambridge University Press. Quels sont les liens entre la musique et le bilinguisme?

    Vous venez d'avoir un bébé et son avenir vous préoccupe déjà. Sera-t-il doué pour la musique ou pour la peinture? Sera-t-il astronaute ou chef d'orchestre? Vous avez raison, il faut mettre toutes les chances de son coté, et il n'est jamais trop tôt pour s'organiser.

    Il est vrai que pour le calcul ou la philosophie, il faudra attendre quelques années, mais il y a des domaines que vous pouvez aborder dès les premiers mois. Prenons la musique: il semblerait que les enfants exposés à la musique dès leur plus jeune âge développent de meilleures capacités cognitives.

    Là-dessus, vous pensez être prête avec plusieurs versions de Pierre et le loup sur l'étagère et le Carnaval des animaux sur votre téléphone. Pour pouvoir embarquer votre enfant pour un concert jeune public dans une vraie salle de concert, il faudra patienter…

    Voici ce que vous pouvez faire dès à présent. Pensez à faire appel à une nounou de langue maternelle autre que le français. Vous ne voyez pas le lien? Et bien, sachez qu'il faut faire d'une pierre deux coups: en plus d'être une gymnastique bénéfique pour le cerveau, le bilinguisme serait crucial dans le développement de la sensibilité musicale chez les bébés.

    C'est ce qu'affirment les chercheurs Liquan Liu de l'Université de Sidney Ouest et René Kager de l'Université d'Utrecht. Spécialistes du bilinguisme, ils ont prouvé par leurs travaux antérieurs que les bébés bilingues développent une meilleure sensibilité à discerner les variations subtiles dans les hauteurs tonales d'une langue.

    Dans leur nouvelle étude ils sont allés un pas plus loin en s'intéressant à la sensibilité musicale des bébés qui évoluent dans un environnement bilingue. Selon les chercheurs, les bébés bilingues seraient plus à même de détecter les nuances subtiles, linguistiques ou musicales, dans leur entourage. Une capacité liée à leur sensibilité acoustique plus développée.

    "Lorsqu'un enfant apprend deux langues en même temps, cet apprentissage forme un système plus complexe et plus détaillé des sons qui se chevauchent pour permettre une meilleure compréhension acoustique en général" explique Liquan Liu".

    Ces bébés pourraient tirer profit de cette différenciation des nuances subtiles entre deux langues en la transposant sur la perception des sons non-parlés, comme la musique. Ils seraient aussi plus attentifs aux détails acoustiques que les bébés monolingues, grâce au va-et-vient permanent entre deux langues qui est un exercice supplémentaire pour l'oreille et le cerveau".

    Ceci dit, il faut s'y prendre tôt, avant la première année révolue de l'enfant. Les chercheurs ont ainsi travaillé avec deux groupes de bébés âgés de 8 à 9 mois. Tous avaient en commun le néerlandais comme langue maternelle, et pour le groupe des bébés bilingues, la deuxième langue appartenait à la catégorie des langues non-tonales (celles pour lesquelles la mélodie ou la hauteur ne détermine pas le sens du mot).

    Les deux groupes ont écouté les sons provenant d'une langue étrangère et les sons du violon puis les chercheurs ont tenté de voir s'ils réagissaient aux contrastes.

    Contrairement aux bébés monolingues, les bébés bilingues ont réagi très clairement aux sons contrastés joués au violon: "Les résultats ont montré que les bébés qui évoluent dans un environnement bilingue sont plus réceptifs à la différence entre deux notes de violon que le groupe monolingue.

    Comme ils sont exposés à un environnement plus complexe dans le processus d'apprentissage des deux langues, les bébés bilingues pourraient avoir plus de sensibilité aux nuances acoustiques des stimuli, une sensibilité qui n'est pas limitée au langage, mais est valable aussi pour les stimuli musicaux".

    Donc, si vous voulez éviter que votre enfant soit bêtement astronaute, initiez votre bébé à une deuxième langue. Votre anglais est trop basique et votre accent français vous trahit? Engagez dès à présent une baby-sitter en version originale!

  • Une œuvre sonore née d’un cerveau miniature.

    Cultivées en laboratoire, les cellules cérébrales d’un compositeur défunt rejouent quatre ans après sa mort

    La mort marque-t-elle réellement la fin du parcours de l’esprit créatif? Quatre ans après sa disparition, le compositeur Alvin Lucier semble livrer une ultime démonstration de la persistance de l’œuvre. Dans la pénombre feutrée d’une galerie d’art à Perth, des tintements métalliques aux accents de code Morse emplissent l’espace. Aucun interprète à l’horizon: seulement vingt plaques de laiton doré, un enchevêtrement de câbles, et une petite masse organique, pâle et animée de pulsations électriques. Loin de la fiction, l’installation intitulée Revivification interroge les frontières entre vie, mort et création artistique — en utilisant des cellules cérébrales de Lucier, cultivées en laboratoire.

    Figure tutélaire de la musique expérimentale américaine, Alvin Lucier s’est éteint en 2021, à l’âge de 90 ans. Pionnier de l’exploration sonore, il s’était déjà distingué en 1965 avec " Music for Solo Performer ", une œuvre où ses ondes cérébrales, captées par des électrodes, faisaient vibrer des percussions. En 1997, son " Opera with Objects " exploitait la résonance acoustique d’objets du quotidien, comme de simples crayons.

    LA RENAISSANCE CELLULAIRE D’UN COMPOSITEUR VISIONNAIRE

    À l’heure où l’intelligence artificielle imite le style d’artistes, comme en témoigne le phénomène du "Gibbli effect", "Revivification" s’engage dans une voie singulière, résolument biologique". Cette installation cherche à interroger les troublantes possibilités d’étendre la présence d’un individu au-delà des limites apparentes de la mort", explique au ArtNewspaper Nathan Thompson, l’un des concepteurs du projet, accompagné des artistes Guy Ben-Ary, Matt Gingold et du neuroscientifique Stuart Hodgetts.

    Dès 2018, l’équipe avait approché Lucier pour cette collaboration atypique. Ce n’est qu’en 2020, alors âgé de 89 ans et atteint de la maladie de Parkinson, qu’il accepta de léguer un échantillon de son sang, posant ainsi les fondements d’une création posthume hors du commun.

    UN PROCESSUS A LA FRONTIERE DE L’ART ET DE LA BIOTECHNOLOGIE

    Le processus de création de " Revivification " est aussi audacieux que méthodique. Les cellules mono-nucléées issues du sang de Lucier ont été reprogrammées en cellules souches pluripotentes. Sous la supervision du Dr Hodgetts, elles ont ensuite été transformées en organoïdes cérébraux – de petits amas tridimensionnels de neurones reproduisant certaines fonctions du cerveau humain.

    Pour donner forme sonore à cette matière vivante, les chercheurs ont mis au point une technologie sur mesure: les organoïdes ont été implantés sur une trame ultrafine de 64 électrodes. Ce dispositif, conçu en partenariat avec un bio-ingénieur allemand, permet d’enregistrer l’activité neuronale en profondeur, reproduisant partiellement la complexité d’un cerveau en développement. Gingold a ensuite adapté une plateforme open source pour interpréter ces signaux et les convertir en sons.

    Dès lors, l’installation fonctionne comme un système interactif bidirectionnel. Le "cerveau in vitro", logé dans un socle conçu spécialement, génère une activité électrique. Chaque impulsion y est traduite en une note sonore, activant un transducteur et un maillet derrière chacune des vingt plaques de laiton. Il en résulte une composition sonore en perpétuel mouvement, à la fois mécanique et sensible.

    Mais ce n’est pas tout: le dispositif capte également les sons ambiants grâce à des microphones disposés dans la galerie. Voix des visiteurs, vibrations métalliques et autres bruissements sont transformés en signaux électriques, renvoyés à l’organoïde. Cette boucle d’interaction, à la fois sensorielle et neurologique, ouvre la voie à une hypothèse vertigineuse: celle d’un apprentissage neuronal". Nous nous demandons s’il pourra évoluer, voire apprendre ", explique Ben-Ary, évoquant une possible plasticité neuronale de cette entité biologique.

    ART, SCIENCE ET VERTIGE ETHIQUE

    Si les concepteurs de "Revivification" voient dans cette installation une forme de prolongement de la pensée artistique de Lucier, elle soulève de redoutables questions éthiques, philosophiques, voire métaphysiques.

    Dans un entretien relayé par NPR, Indre Viskontas, neuroscientifique cognitive à l’Université de San Francisco, spécialiste de la créativité, précise: "La créativité repose sur deux piliers: la nouveauté, indéniable ici, et l’intention consciente – ce qui, à mon sens, fait défaut dans ce cas".

    L’organoïde n’étant porteur d’aucune volonté, peut-on encore parler de création? La question, centrale, traverse toute l’œuvre: "Et si une étincelle de souvenir subsistait dans cette transformation? L’essence créatrice de Lucier peut-elle survivre à sa mort?".

    L’ambition du collectif va plus loin encore. Ben-Ary souhaite que cette interprétation de substitution poursuive indéfiniment son évolution, produisant " de nouveaux souvenirs " et "nouvelles histoires".

    Avec cette démarche originale, l’équipe ouvre une nouvelle page dans l’histoire de l’art posthume – bien au-delà des simulations numériques ou des intelligences artificielles.