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psychologie

  • Manque d’énergie après Noël?

    Votre cerveau revoit ses priorités

    Chaque année, le scénario se répète: une fois les repas de fête passés, l’énergie retombe brutalement.

    Difficulté à se motiver, fatigue persistante, envie de ne rien faire… Cette sensation de "flemme" post-fêtes n’est pas qu’une impression. Les neurosciences montrent qu’elle repose sur des mécanismes cérébraux précis, amplifiés par les excès, le manque de sommeil et la rupture de rythme.

    un éclairage scientifique sur ce phénomène largement partagé après les fêtes de fin d’année: Entre les fêtes, le cerveau en mode économie d’énergie

    Après une période intense, repas copieux, sollicitations sociales, couchers tardifs, le cerveau entre dans une phase de réajustement. Selon les neurosciences, chaque action repose sur un calcul inconscient entre l’effort à fournir et la récompense attendue. Or, après les fêtes, ce calcul devient défavorable: l’effort paraît plus coûteux, tandis que les bénéfices (retour au travail, sport, tâches du quotidien) semblent peu gratifiants.

    Le cerveau choisit alors la solution la plus économe: réduire l’engagement et favoriser le repos.

    POURQUOI LA MOTIVATION CHUTE BRUTALEMENT APRES LES REVEILLONS

     

    Gérard Derosière, chercheur en neurosciences à l’INSERM, explique que certaines régions cérébrales évaluent séparément l’anticipation de l’effort et celle de la récompense, avant d’intégrer ces informations. Après les fêtes, ce système d’arbitrage est perturbé:

    -la fatigue augmente la perception de l’effort;

    -la baisse de stimulation émotionnelle réduit la valeur des récompenses;

    -le retour à une routine stricte rend les bénéfices moins attractifs.

    Résultat: le cerveau conclut que "ça ne vaut pas le coup".

    UN EXEMPLE TRES CONCRET DU QUOTIDIEN

    Reprendre le sport début janvier? Objectivement bénéfique. Mais pour le cerveau, la récompense, "être en meilleure santé dans plusieurs semaines",  reste abstraite.

    À l’inverse, rester au chaud sur le canapé offre un bénéfice immédiat: confort et détente. Dans ce contexte, la flemme n’est pas un manque de volonté, mais une décision neurologique rationnelle.

    LA FLEMME POST-FETES N’EST PAS UNE PARESSE

    Les neurosciences sont claires: la flemme n’est pas un défaut moral. Elle reflète un déséquilibre temporaire du système de motivation. Ce phénomène est encore plus marqué chez certaines personnes, et peut devenir pathologique dans des troubles comme la dépression, la maladie de Parkinson ou certaines démences, où l’apathie touche jusqu’à 70% des patients, selon les pathologies.

    Pour sortir de cette inertie, les chercheurs recommandent de reprogrammer le cerveau avec des bénéfices immédiats. Plutôt que de viser des objectifs lointains (perdre du poids, être en forme), il est plus efficace de se concentrer sur ce que l’on ressent juste après l’effort: détente, satisfaction, meilleure humeur. Ce changement de perspective pourrait aussi inspirer de nouvelles approches thérapeutiques pour les troubles de la motivation.

    QUESTIONS FREQUENTES

    Pourquoi se sent-on vidé après les fêtes?

    Le manque de sommeil, les excès alimentaires et la surcharge sociale augmentent la fatigue cérébrale et réduisent la motivation.

    La flemme après Noël est-elle normale?

    Oui. Elle correspond à un mécanisme adaptatif du cerveau qui cherche à économiser l’énergie après une période intense.

    Comment retrouver de l’élan en janvier?

    En fractionnant les efforts et en privilégiant des récompenses immédiates plutôt que des objectifs abstraits.

  • Que se passe-t-il dans notre cerveau

    lorsque nous offrons ou recevons un cadeau selon les neurosciences

    Le Noël est à nos portes, et que cela nous plaise ou non, nous entrerons dans le circuit (pour certains infernal) des dieux cadeaux. Autant savoir ce qui se passe dans nos têtes! Le geste de donner et de recevoir active les circuits profonds de notre cerveau liés à gratification et à lien social. La science nous révèle que derrière l’échange de cadeaux se cachent des mécanismes neurologiques complexes qui génèrent chez le donateur une " chaleur " émotionnelle.et gratitude chez ceux qui reçoivent, mais aussi pièges psychologiques en raison de perceptions différentes de la valeur entre le donateur et le bénéficiaire. Les cadeaux peuvent redéfinir nos relations, agir comme signaux évolutifs de fréquentation et, plus récemment, évoluant vers des formes d’altruisme plus conscientes et durables.

    LORSQUE NOUS FAISONS UN DON, LES ZONES DE PLAISIR DU CERVEAU SONT ACTIVEES

    Certains d’entre nous détestent offrir et recevoir des cadeaux (car cela nous oblige à rendre la pareille), tandis que d’autres trouvent plus de plaisir à offrir un cadeau qu’à le recevoir: comment est-ce possible ? La réponse réside dans l’architecture complexe de notre cerveau. Des études de neuroimagerie ont montré que la décision de faire un don active des zones spécifiques telles que le noyau accumbens, le striatum ventral et le cortex préfrontal ventromédian, régions associées àtraitement des récompenses concret comme la nourriture ou l’argent: un vrai plaisir donc.

    Vous pouvez donner quelque chose par pur plaisir ou pour obtenir quelque chose en retour. Cela peut vous paraître curieux de savoir que, d’un point de vue neuronal, il y a peu de différence entre offrir un cadeau avec motivations " altruiste " (faire un don pour le plaisir intrinsèque de le faire) ou " stratégique " (faire un don pour obtenir un avantage futur, comme la réciprocité ou une meilleure réputation): dans les deux sens, circuits de plaisir.

    Les économistes et les psychologues appellent ce sentiment " lueur chaleureuse ": c’est cette gratification interne qui découle de l’acte même de donner volontairement. Des expériences menées par imagerie par résonance magnétique ont révélé que, même si les transferts d’argent obligatoires (semblables aux impôts) peuvent activer les centres de récompense si l’objectif est une bonne cause, c’est la don volontaire pour générer une activité neuronale significativement plus élevée dans le noyau caudé et le noyau accumbens, accompagnée d’un une plus grande satisfaction subjective. Ce sentiment de liberté de choisir de faire le bien semble être fondamental pour notre bien-être.

    LE PROCESSUS COGNITIF LORSQUE NOUS RECEVONS UN CADEAU

    De l’autre côté de la barrière, également le cerveau de qui reçoit il est intensément impliqué. L’expérience de gratitudeune émotion sociale complexe, est liée à l’activité du cortex préfrontal médial, une zone liée à la cognition morale, au jugement de valeur et à la " théorie de l’esprit " (la capacité de comprendre les états mentaux des autres). Là gratitude ce n’est pas seulement une réaction passive, mais un processus cognitif qui évalue l’intention et l’effort du donneur, signalant notre disponibilité pour la coopération sociale. En fait, il s’avère que les blessures dans ces zones spécifiques peuvent rendre les gens moins disposés à faire des efforts physiques pour les autres, soulignant à quel point ces structures sont cruciales pour notre capacité à coopérer.

    LES " PIEGES PSYCHOLOGIQUES " DERRIERE L’ECHANGE DE CADEAUX

    Le monde des cadeaux est jonché de pièges psychologiques. L’un des plus courants est leasymétrie de perception entre le donneur et le receveur concernant la valeur du cadeau. Les donateurs ont tendance à croire que dépenser plus garantit une plus grande appréciation, associant le prix élevé à un signal plus fort de prévenance et de considération. Cependant, la recherche montre que cette association n’existe pas pour le destinataire: les destinataires n’apprécient pas beaucoup plus les cadeaux chers que les cadeaux moins chers, car, en général, ils ont tendance à n’utilisez pas le prix comme critère pour les sentiments du donateur. Ce décalage conduit souvent les donateurs à dépenser trop pour tenter d’" acheter " une réaction émotionnelle plus forte, ignorant ce qui semble réellement être le cas. la penséeet non le prix, vraiment compterau-delà du petit bien-être.

    CADEAUX ET RELATIONS SOCIALES

    Les cadeaux sont puissants outils de communication symbolique ce qui peut transformer, pour le meilleur ou pour le pire, la nature même d’une relation. Selon le modèle de reformulation relationnelle, recevoir un cadeau n’est pas un acte neutre, mais un événement qui Il permet de réaligner les liens interpersonnels. Un cadeau peut avoir différents effets: il peut " renforcer " un lien (pensez à une bague de fiançailles ou à un objet qui symbolise une expérience partagée):; il peut " affirmer " positivement une relation existante, confirmant l’intimité familiale ou amicale.

    Mais cela peut aussi avoir des effets négatifs: il y a des cadeaux qui confirment l’absence d’attention ou de peu de considération (comme un bon jambon à celui qui… oups, c’est vrai, est végétarien!), des cadeaux qui affaiblissent le lien parce qu’ils sont perçus comme offensants ou inappropriés, et même des cadeaux qui conduisent à la rupture définitive de la relation, s’ils sont interprétés comme une menace ou un violation des attentes (vous vous souviendrez tous de l’avertissement: Je voulais un chat noir, noir, noir, tu m’en as donné un blanc, et je ne me rentre plus!). Le émotions ressenties au moment de recevoir le cadeau (la joie, mais aussi la gêne, la colère ou la déception) sont les lentilles à travers lesquelles le destinataire décode le message du cadeau et, parfois, décide de l’avenir de la relation. Il ne s’agit pas d’inculquer un terrorisme psychologique, mais seulement de rappeler qu’un minimum d’attention suffit à faire percevoir à l’autre considération envers elle ou lui.

    D’un perspective évolutivele don a des racines profondes qui résident dans les stratégies de cour. Les modèles de la théorie des jeux suggèrent que, dans des contextes d’accouplement, je cadeaux " extravagants " (c’est-à-dire coûteux pour l’homme mais sans réel avantage pratique pour la femme) peut avoir évolué au fur et à mesure signes de force. Un cadeau coûteux mais " inutile" (comme un bijou non fonctionnel ou un bouquet de fleurs) sert à démontrer la capacité du donateur à investir des ressources et, en même temps, agit comme un filtre pour décourager les prétendants potentiels. En ce sens, l’inefficacité économique du don devient paradoxalement sa force communicative. Ce n’est pas un hasard s’il s’appelle " principe de sélection du handicap ": Je me prive de valeur pour montrer que je suis si aisé que je peux me permettre de dilapider des ressources. Ce n’est pas une dynamique proprement humaine: pensez-vous que l’énorme et lourde queue du paon mâle sert des objectifs si différents ?

    Cependant, dans le société contemporaine nous assistons à une évolution culturelle vers cadeau conscient. Face à l’accélération de la consommation et à l’épuisement des ressources matérielles, une nouvelle sensibilité émerge qui intègre le souci de soi, de la société et de l’environnement. Le don conscient implique un examen attentif et cherche à atteindre l’impact du don, éviter une consommation excessive et répétitiveen privilégiant les cadeaux qui favorisent la bien-être à long terme.

     

    Sources

    Branco-Illodo et al., 2025, Définir et délimiter le don conscient: un examen et un programme de recherche Ruth et al., 1999, Le reçu de cadeau et la reformulation des relations interpersonnelles Tyagi et Rahman, 2025, L’expérience du cadeau en marketing: un examen systématique et un programme de recherche futur Flynn et Adams, 2009, L’argent ne peut pas acheter l’amour: croyances asymétriques sur le prix du cadeau et les sentiments d’appréciation Cutler et Campbell-Meiklejohn, 2019, Une méta-analyse comparative IRMf des décisions altruistes et stratégiques de donner Harbaugh et al., 2007, Les réponses neuronales à la fiscalité et aux dons volontaires révèlent des motivations pour les dons de bienfaisance Fox et al., 2015, Corrélats neuronaux de la gratitude Lockwood et al., 2024, Le cortex préfrontal ventromédian humain est nécessaire à la motivation prosociale Sozou et Seymour, 2005, Des cadeaux coûteux mais sans valeur facilitent la cour.

     

    Alexis Tremblay

     

  • Madeleine de Proust

    La nostalgie, une émotion antinomique, à la fois agréable et douloureuse, qui invoque un passé idéalisé, presque parfait, qui tend, parfois, à ternir le présent. Historiquement, le terme remonte à 1688 lorsque le médecin alsacien Johannes Hofer introduit le concept de Heimweh en référence aux mercenaires helvétiques qui servent en France et en Italie. Selon Hofer, la nostalgie est une pathologie traumatique.

    En psychologie, le concept de nostalgie se réfère à la mémoire autobiographique des individus; une odeur, une chanson ou un plat, peuvent réactiver des souvenirs de l’enfance. Il s’agit de l’" effet madeleine de Proust". Les marques savent l’exploiter dans leurs boutiques en multipliant les stimulations olfactives et gustatives (chocolat chaud, biscuits de Noël, sapin), même quand elles ne vendent pas ces produits, créant ainsi une atmosphère familiale et nostalgique.

    Dans cette perspective, Noël est une véritable bombe de nostalgie: musiques, décorations et plats, tous agissent comme des catalyseurs de souvenirs et d’émotions rassurants.

    L’EFFERVESCENCE COLLECTIVE

    D’un point de vue sociologique, la nostalgie est une expérience collective. Elle s’illustre au travers de rituels partagés qui consolident les liens sociaux entre les individus. Comme l’a souligné le sociologue Émile Durkheim, les rituels produisent une " effervescence collective ".

    De ce fait, la nostalgie est un levier émotionnel puissant qui réactive les souvenirs d’antan et rassure les consommateurs. Les marques l’ont bien compris et proposent lors des fêtes de fin d’année, non plus des produits mais de véritables capsules temporelles. Des marques ont réussi le pari de transformer des produits saisonniers en rituels attendus par les consommateurs.

    Chaque année, le Caramel Brulée Latte ou le Peppermint Mocha de Starbucks déclenchent les mêmes réactions enthousiastes: les clients savent qu’ils retrouveront le goût, l’odeur et le packaging, autant de repères sensoriels puissants. Ces marques ont réussi à introduire de véritables repères temporels, transformant ce qui appartenait autrefois aux traditions familiales – odeurs, recettes et rituels familiaux – en rituels partagés avec la marque, que les consommateurs attendent tous les ans.

    UN SAUT ARRIERE DANS LE TEMPS

    Autre marqueur avec lequel les marques aiment jouer: le design des produits. Le reste de l’année, elles s’efforcent d’être originales et de se démarquer, lors de Noël, la tendance s’inverse. Le style vintage – les typographies anciennes, illustrations d’antan ou papiers cadeaux d’époque – font un saut dans le temps et transforment l’achat en une expérience mémorielle.

    Cette appropriation temporelle s’illustre avec les calendriers de l’Avent et de l’après, qui constituent une pure invention du marketing. Dans nos souvenirs, ces calendriers se ressemblaient tous: un petit chocolat quotidien pour accompagner notre impatience jusqu’au soir de Noël. Aujourd’hui, ils se déclinent sous toutes les formes et s’adressent principalement aux adultes: cosmétiques, figurines, bières, accessoires de luxe… Les marques ont réussi le pari de s’approprier une fête familiale et d’imposer de nouveaux codes.

    Noël commence désormais dès le mois d’octobre et s’étend jusqu’au mois de janvier. Cette extension temporelle transforme Noël en outil idéal pour alimenter la surconsommation légitimée par l’atmosphère festive et nostalgique. Ainsi, les marques ne construisent plus leurs campagnes pour un consommateur rationnel mais davantage pour l’enfant que nous étions. Comme l’explique la chercheuse Krystine Batcho, dont les travaux portent sur la nostalgie, les éléments de notre enfance apportent un réconfort émotionnel et répondent à notre besoin cognitif de se dire que, quoiqu’il arrive, tout finira par s’arranger.

    DILEMME ET STRATEGIES DE RATIONALISATION

    Si cette nostalgie procure réconfort et douceur, elle agit toutefois comme un frein à la transition écologique. Les décorations, la montagne de cadeaux et les repas gargantuesques en famille sont unanimement rattachés à nos souvenirs d’enfance. Renoncer à ces rituels peut donner l’impression de trahir l’enfant que nous étions.

    France Culture 2020.

    Ce dilemme illustre parfaitement l’état de dissonance cognitive. Nous savons tous que la surconsommation au moment des fêtes de fin d’année représente un coût écologique: surproduction et surconsommation de biens, énergie nécessaire pour les décorations, achats impulsifs… Pourtant, nous réduisons cet inconfort psychologique avec des stratégies de rationalisation "C’est juste une fois dans l’année " ou encore de neutralisation"

    Les vrais responsables ce sont les marques, pas moi ".

    Comment concilier la dimension nostalgique du Noël de notre enfance sans sacrifier l’avenir? Plusieurs pistes existent: fabriquer ses propres décorations en transformant l’activité en rituel familial, privilégier des cadeaux durables et locaux, ou préférer les moments partagés plutôt que les objets accumulés.

    L’enjeu central est de préserver l’esprit de Noël tout en pensant au futur, pour que la nostalgie reste une douceur et ne devienne pas une amertume.