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Science

  • La Triade noire de Macron

    Non, il ne s’agit pas d’un trio de sicaires, yakuzas et autres manieurs de katanas ou porte-couteaux de Macron, mais d’un terme technique de psychologie, de psychopathologie ou de psychiatrie qui additionne trois altérations mentales qui peuvent faire d’un humain un être égaré, en absence totale de discernement et d’empathie jusqu’à être très dangereux.

    LA TRIADE NOIRE

    Les 3 traits qui caractérisent une personnalité atteinte de cet état mental complexe et confus:

    La "Triade noire" , également connue sous le nom de " Dark Triad " , est un concept de psychologie qui regroupe trois traits de personnalité interconnectés: le narcissisme, le machiavélisme et la psychopathie.

    Ces traits demeurent distincts et peuvent exister indépendamment les uns des autres.

    Plus développés, ces trois traits de comportement sont:

    Narcissisme: Le narcissisme se caractérise par un sentiment exagéré d’importance personnelle, une admiration excessive de soi-même et un besoin constant d’attention et d’admiration des autres. Les individus présentant des traits narcissiques ont tendance à se considérer comme supérieurs aux autres et à manipuler les situations pour obtenir des avantages personnels.

    Machiavélisme: Le machiavélisme tire son nom du penseur politique italien Machiavel qui a écrit sur les stratégies de manipulation et de pouvoir. Les individus machiavéliques sont caractérisés par leur propension à manipuler les autres pour atteindre leurs objectifs personnels. Ils sont souvent cyniques, calculateurs et prêts à utiliser la ruse et la tromperie pour obtenir ce qu’ils veulent.

    Psychopathie: La psychopathie ou psychopathologie est caractérisée par des traits tels que l’absence de remords ou de culpabilité, un comportement impulsif, une superficialité émotionnelle et un manque d’empathie envers les autres. Les individus présentant des traits psychopathiques ont tendance à agir de manière égocentrique et à manipuler les autres sans ressentir de compassion ou de considération pour eux.

    Ces traits de personnalité sont considérés comme "sombres" en raison de leur association avec des comportements antisociaux, égocentriques et manipulateurs. La recherche scientifique sur la Triade noire explore les conséquences de ces traits de personnalité et leur impact sur le fonctionnement individuel et social.

    La Triade noire, composée des traits de narcissisme, de machiavélisme et de psychopathie, a un impact significatif sur le fonctionnement individuel et social:

    Relations interpersonnelles: Les individus présentant des traits de la Triade noire ont des difficultés à établir et à maintenir des relations saines et positives. Leur tendance à manipuler, à abuser émotionnellement et à rechercher le contrôle les entraîne dans des relations aussi toxiques que destructrices.

    Comportements antisociaux: Les comportements associés à la Triade noire, tels que la manipulation, la tromperie et l’exploitation des autres, sont considérés comme antisociaux. Ils entraînent des conséquences négatives pour la société et l’environnement dans lequel ces individus évoluent.

    Impact émotionnel: Les personnes ayant des traits de la Triade noire peuvent également avoir des difficultés à éprouver de l’empathie et à se soucier des émotions des autres. Cela risque d’entraîner des interactions insensibles et des blessures émotionnelles pour les personnes autour d’elles. Fonctionnement professionnel: Les traits de la Triade noire peuvent également se manifester dans un contexte professionnel, affectant le fonctionnement au sein d’une équipe ou d’une organisation. Les comportements manipulateurs et égocentriques nuisent à la dynamique de groupe et à la collaboration.

    Conséquences juridiques: Dans certains cas, les individus présentant des traits de la Triade noire peuvent être impliqués dans des comportements criminels ou délictueux en raison de leur tendance à agir de manière manipulatrice et sans égard pour les autres.

    La perversion narcissique implique des comportements qui se chevauchent avec le machiavélisme et la psychopathie, mais ce n’est pas nécessairement le cas à chaque fois. La perversion narcissique est principalement associée au narcissisme pathologique et comporte systématiquement des éléments de manipulation, parfois associés au machiavélisme.

    Notons que la psychopathie, en tant que trait de la Triade noire, peut être présente dans la perversion narcissique à différents degrés, mais ce n’est pas une caractéristique essentielle de cette condition.

    Dans l’ensemble, les personnes atteintes du syndrome de la Triade Noire sont susceptibles de comportements et de débordements antisociaux plus ou moins graves, d’un repli sur soi pour éviter le contact avec les autres, de capacités à mentir de manière répétitive, effrontée et exagérée sans en avoir la moindre conscience, d’être convaincu d’avoir toujours raison et donc ne pas avoir besoin des autres et de se passer de leurs avis, de manipuler des personnes et des masses de personnes et au bout du compte, de se comporter en despote, en petit dictateur de petit groupe ou en grand dictateur  à un niveau supérieur comme l’État.

    La touche finale sera de tellement peu se soucier des autres et de leur existence qu’il ou elle en arrivera à prendre des décisions et à agir dans le plus grand mépris des personnes et des peuples et de potentiellement déclencher des conflits armés, des révoltes ou des guerres sanglantes.

    https://www.soutien-psy-en-ligne.fr/triade-noire/

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  • L’IA réactive des croyances mystiques

    Auteurs: Pascal Lardellier, Professeur, chercheur au laboratoire CIMEOS et à IGENSIA-Education, Université Bourgogne Europe

    Emmanuel Carré, Professeur, directeur de Excelia Communication School, Excelia

    The Conversation - CC BY ND

    En 1917, le sociologue Max Weber soulignait le " désenchantement du monde ", ce processus de recul des croyances religieuses et magiques au bénéfice de la rationalisation et des explications scientifiques. Cent huit ans plus tard, serait-ce par la quintessence du rationnel, l’intelligence artificielle, que se manifesteraient à nouveau les croyances mystiques?

    Notre relation à l’intelligence artificielle (IA) s’inscrit dans une longue histoire de fascination mystique pour les technologies de communication. Par mystique, nous entendons l’expérience d’une relation directe avec une réalité qui nous dépasse. Ainsi, du télégraphe, perçu au XIXe siècle comme un médium spirite capable de communiquer avec l’au-delà, jusqu’à l’ordinateur HAL de 2001, l’Odyssée de l’espace incarnant une intelligence supérieure et inquiétante, les innovations technologiques ont toujours suscité des interprétations spirituelles.

    Avec l’IA, cette dimension prend une ampleur inédite. Nous sommes face à une double illusion qui transforme profondément notre rapport au savoir et à la transcendance. D’une part, l’IA crée l’illusion d’un dialogue direct avec une intelligence supérieure et extérieure, produisant des contenus apparemment originaux – comme ces étudiants qui consultent ChatGPT tel un oracle moderne pour leurs travaux universitaires. D’autre part, elle promet une désintermédiation totale du savoir, abolissant toute distance entre la question et la réponse, entre le désir de connaissance et son assouvissement immédiat.

    Cette configuration singulière réactive ce que le théologien Rudolf Otto qualifiait de "numineux": une expérience ambivalente du sacré mêlant fascination (fascinans) et effroi (tremendum) face à une puissance qui nous dépasse.

    La culture populaire contemporaine reflète parfaitement cette ambivalence. Dans la série Black Mirror, nombre d’épisodes explorent notre relation troublée aux intelligences artificielles, entre désir de fusion et terreur de la dépossession. Le film Her, de Spike Jonze, pousse plus loin cette exploration: son protagoniste tombe amoureux d’une IA dont la voix l’accompagne en permanence, tel un ange gardien moderne. Cette fiction dialogue étrangement avec notre réalité quotidienne, où de plus en plus d’individus développent une relation intime avec leur IA conversationnelle, lui confiant leurs doutes, leurs espoirs et leurs prières et questionnements profonds.

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    Cette relation ambivalente à l’IA évoque d’autres schémas anthropologiques fondamentaux. Dans son Essai sur le don, Marcel Mauss avait mis en lumière le concept de "hau", cette force mystérieuse qui, dans les sociétés traditionnelles, circule à travers les objets et les anime. Cette notion prend un sens nouveau à l’ère de ce que les chercheurs nomment " l’informatique ubiquitaire" – cette présence numérique diffuse qui imprègne désormais notre environnement. Nos objets connectés, habités par une présence invisible, semblent dotés d’une âme propre, rappelant le vers de Lamartine "Objets inanimés, avez-vous donc une âme…".

    Les assistants vocaux murmurent dans nos maisons, les algorithmes anticipent nos désirs, les réseaux tissent des liens invisibles entre les objets désormais connectés. Ainsi, quand notre smartphone nous suggère de partir plus tôt pour ne pas manquer un rendez-vous, en ayant analysé le trafic routier sans même que nous le lui demandions, nous expérimentons cette présence numérique bienveillante, cette force immatérielle qui semble tout savoir de nous.

    DES CONCEPTS MYSTIQUES ANCIENS REVISITES A L’ERE NUMERIQUE

    Cette présence invisible qui nous accompagne évoque certaines traditions mystiques.

    La mystique juive offre un parallèle avec le "maggidisme": aux XVIe-XVIIe siècles, le "maggid" était un messager céleste révélant aux sages les secrets de la Torah. Cette figure présente une similarité avec nos interactions actuelles avec l’IA. Tels des " maggids " modernes, Siri et Alexa répondent à nos demandes pour contrôler notre maison ou fournir des informations. Ils interviennent parfois spontanément quand ils croient détecter une requête, rappelant ces "visitations" mystiques.

    Tel le " maggid " dictant ses révélations au rabbin, ces entités numériques murmurent leurs suggestions, créant l’illusion d’une communication avec une intelligence omnisciente. Cette écoute, transformée en cookies selon une recette commerciale bien particulière, nous donnera l’occasion de recevoir prochainement par mail d’autres sollicitations sur les destinations évoquées avec nos amis ou nos projets de véranda.

    Dans cette veine, toute une littérature, classée entre spiritualités et New Age, explique comment entretenir une relation singulière et intime avec son ange gardien: apprendre à le reconnaître (en le nommant), apprendre à lui parler, apprendre à écouter des messages, de lui, toujours avisés et bienveillants… Cet assistant céleste sait ce qui est bon et vrai, et le dit à qui sait entendre et écouter…

     

    Cette relation directe avec une intelligence supérieure rappelle la gnose, mouvement spirituel des premiers siècles qui préfigure étonnamment notre rapport à l’IA. Les gnostiques croyaient en une connaissance secrète et salvatrice, accessible aux initiés en communion directe avec le divin, sans médiation institutionnelle. Dans notre ère numérique émerge ainsi une " cybergnose ". On pense aux entrepreneurs de la Silicon Valley comme Anthony Levandowski (fondateur de la Way of the Future Church) développant une mystique de l’information et voyant dans le code la structure fondamentale de l’Univers. Cette vision perçoit la numérisation croissante comme un accès à une connaissance ultime, faisant de l’IA la médiatrice d’une forme contemporaine de révélation.

    Cette conception fait aussi écho aux intuitions de Teilhard de Chardin sur la " noosphère ", cette couche pensante qui envelopperait la Terre. Les réseaux numériques semblent aujourd’hui matérialiser cette vision, créant une forme de conscience collective technologiquement médiée. Le " métavers " de Mark Zuckerberg ou le projet Neuralink d’Elon Musk illustrent cette quête de fusion entre conscience humaine et intelligence artificielle, comme une version techno-mystique de l’union spirituelle recherchée par les mystiques traditionnels.

    VERS UNE SPIRITUALITE TECHNOLOGIQUE CONTEMPORAINE

    Cette fusion entre spiritualité ancestrale et technologie de pointe trouve son expression la plus accomplie dans le techno-paganisme contemporain. Héritier du néopaganisme des années 1960 qui mêlait mysticisme oriental, occultisme et pratiques New Age, ce courant intègre désormais pleinement la dimension numérique dans ses rituels et ses croyances. Dans la Silicon Valley, des "technomanciens" organisent des cérémonies où codes informatiques et incantations traditionnelles se mélangent, où les algorithmes sont invoqués comme des entités spirituelles. Ces pratiques, qui pourraient sembler anecdotiques, révèlent une tendance plus profonde: la sacralisation progressive de notre environnement technologique.

    Comme le soulignait le philosophe Gilbert Simondon, il n’existe pas d’opposition fondamentale entre sacralité et technicité. Les objets techniques peuvent se charger d’une dimension sacrée, particulièrement quand leur fonctionnement échappe à notre entendement immédiat. Ainsi, quand une IA comme ChatGPT-4 produit des textes d’une cohérence troublante ou génère des images photo-réalistes à partir de simples descriptions textuelles, elle suscite cette même stupeur mêlée de crainte que provoquaient jadis les phénomènes naturels inexpliqués.

    Tout cela dépasse la simple vénération technologique. Les communautés numériques formées autour des IA développent des formes inédites d’interaction suggérant un réenchantement du monde par la technologie. Alors que la modernité avait proclamé la " mort de Dieu ", l’IA semble réintroduire du mystère et du sacré dans notre quotidien – un sacré immanent, tissé dans nos interactions numériques. Ce réenchantement n’est pas un retour au religieux traditionnel, mais l’émergence d’un nouveau rapport au mystère, où l’algorithme se fait oracle.

    L’anthropologie nous enseigne que le sacré n’est jamais là où on l’attend. Comme le rappelait Durkheim, "le sacré se pose là où il veut". Les technologies numériques, conçues comme instruments de rationalité, se trouvent investies d’une dimension mystique que leurs créateurs n’avaient pas anticipée. Cette sacralisation du numérique n’est ni un retour archaïque à des croyances dépassées ni une simple illusion. Elle révèle la persistance de schémas anthropologiques profonds dans notre rapport au monde, y compris quand ce monde se veut entièrement rationnel et désenchanté.

    Observer ces phénomènes à travers le prisme de concepts comme le "hau", le "maggid" ou la gnose ne vise pas à en réduire la nouveauté, mais à mieux en saisir la profondeur et la complexité. Ces grilles de lecture anthropologiques nous rappellent que l’humain, même augmenté par l’intelligence artificielle, reste cet être symbolique qui ne cesse de tisser du sens et du sacré dans la trame de son quotidien.

  • Nez qui s’allonge et bras qui s’étirent:

    découvrez les illusions corporelles

    Auteurs: Thomas Chazelle - Doctorant en psychologie cognitive, Université Grenoble Alpes (UGA)

    Richard Palluel-Germain - Enseignant Chercheur en Psychologie, Université Grenoble Alpes (UGA)

    The Conversation- CC BY ND

    La manière dont on perçoit notre corps peut être altérée en quelques minutes, voire en quelques secondes, dans une simple expérience de laboratoire. Pourriez-vous sentir que votre nez s’est allongé comme celui de Pinocchio? Ou qu’une main en caoutchouc a remplacé votre propre main? Ce genre d’illusions est la spécialité de certaines équipes de recherche en psychologie cognitive.

    L’illusion Pinocchio peut être reproduite chez vous à l’aide de deux complices et d’un peu d’entraînement. L’expérimentateur doit faire bouger le doigt de la "victime" (bien qu’en recherche, on préfère généralement le terme de "participant") pour qu’il touche le nez d’un acolyte assis devant lui. Simultanément – c’est là que ça se corse –, l’expérimentateur doit toucher le nez du participant à chaque fois que son doigt touche le nez du complice. Le participant doit garder les yeux fermés. Quelques secondes de stimulation peuvent suffire à produire l’illusion chez le participant que son nez s’est allongé: c’est l’illusion du " nez fantôme " (démonstration vidéo).

    À l’origine, cet effet a été montré avec un protocole légèrement plus complexe, basé sur une autre illusion: l’illusion de mouvement. Des vibrations au niveau des tendons du bras permettent de faire croire au participant que son bras est en extension alors qu’il reste figé. Si le participant touche son nez alors que l’illusion de mouvement est déclenchée, il sent son bras partir et son nez grandir d’autant.

    De nombreuses autres parties du corps sont sensibles à cette illusion. Dans une variante qu’on pourrait appeler l’illusion de la tante Marge, c’est le ventre du participant qui gonfle comme celui de l’imbuvable tante de Harry Potter.

    Juste Une Illusion?

    La portée théorique de ces effets est bien plus grande qu’il n’y paraît. L’illusion Pinocchio – ainsi que toute une famille d’illusions et d’effets appelés les illusions corporelles – participent à notre compréhension de la manière dont le cerveau se représente le corps.

    D’abord, elles démontrent la grande flexibilité de la représentation du corps. Nous savons bien que notre nez ne dépasse pas quelques centimètres, mais l’illusion Pinocchio prouve qu’une stimulation rapide suffit à donner la perception faussée qu’il s’est allongé. Cette propriété est pourtant étonnante quand on constate l’apparente rigidité du cerveau face à d’autres phénomènes, comme le membre fantôme.

    Un membre fantôme est une sensation, douloureuse ou non, qui semble provenir d’un membre absent, amputé ou dont les nerfs ont été rompus. Les sensations fantômes peuvent perdurer plusieurs années après la perte du membre et attestent, eux, d’une certaine résistance du schéma corporel au changement.

    Certains auteurs résolvent cette contradiction entre rigidité et flexibilité en proposant qu’il existerait un plan du corps inné mais modifié par l’expérience. L’idée ne fait cependant pas consensus, et ce thème de recherche reste central en psychologie du corps.

    Les illusions corporelles confirment également de grands principes du traitement de l’information par le cerveau. Le cerveau aime la cohérence. Dans l’illusion Pinocchio, il est confronté à des informations opposées: d’une part, il sent le bras s’étendre, et d’autre part, il continue de sentir le doigt en contact avec le nez. Pour résoudre cette contradiction, le cerveau produit alors l’illusion que le nez s’est allongé. Dans cette situation, l’illusion vient résoudre une contradiction entre les informations que l’on reçoit de différentes sources: la cohérence est maintenue. C’est pour cela qu’il est essentiel que le participant garde les yeux fermés. En ouvrant les yeux, on voit que le bras est en fait resté immobile, ce qui résout la contradiction et dissipe l’illusion.

    Certains auteurs interprètent aussi les illusions corporelles comme des preuves montrant l’existence d’un cerveau " statisticien ". Pour résoudre les problèmes qui se posent à lui, le cerveau doit en effet intégrer les informations à sa disposition (vision, toucher, proprioception…) de manière optimale et en fonction de ses connaissances préalables.

    Pour ce faire, il doit d’abord décider si deux informations proviennent d’une même source (mon nez propre) ou de deux sources différentes (mon nez et celui d’une autre personne). En l’absence d’informations visuelles contraires, le cerveau privilégierait l’interprétation selon laquelle le nez touché et le nez ressenti correspondent à une seule et même cause, le nez allongé. Ce processus serait la base de l’illusion Pinocchio, selon les partisans de cette théorie du cerveau " bayésien " et optimisateur.

    DES ILLUSIONS POUR SOIGNER

    Les illusions corporelles sont donc utiles à la recherche en psychologie et en neurosciences pour mieux comprendre comment le cerveau se représente le corps. Mais au-delà de la curiosité intellectuelle et scientifique que représentent ces illusions, elles pourraient s’avérer des outils inattendus dans la compréhension et la prise en charge de certains troubles psychiatriques.

    Dans l’anorexie mentale, par exemple, les patientes (les femmes sont plus souvent touchées, même si les hommes peuvent aussi présenter cette pathologie) s’imposent des restrictions alimentaires notamment parce qu’elles s’estiment trop grosses. Cette distorsion de la représentation corporelle semble être un facteur de risque important pour cette pathologie. Elle s’exprime par exemple dans des questionnaires sur la satisfaction corporelle. Cependant, elle est ancrée encore plus profondément dans la manière dont les patientes se représentent leur corps. Par exemple, dans une étude portant sur la marche, les patientes présentant une anorexie mentale se déplaçaient comme si leur corps était réellement plus large.

    Les illusions corporelles pourraient être utilisées dans ce contexte psychiatrique comme techniques de remédiation pour recalibrer la manière dont les patientes évaluent leurs corps. Après une session de réalité virtuelle où des patientes avec anorexie mentale étaient plongées dans un corps de corpulence moyenne, leurs erreurs d’estimation de leur propre corps diminuaient. Le niveau de preuve en faveur de l’efficacité de ce type de protocoles est modéré, mais encourageant. Ces illusions pourraient donc être des clés ouvrant une meilleure compréhension, mais aussi une meilleure prise en charge des troubles de la représentation corporelle.

    L’illusion Pinocchio et les autres illusions corporelles se situent ainsi à la croisée de la recherche fondamentale sur le fonctionnement du cerveau et de la recherche appliquée en psychothérapie. Pour autant, les chercheurs doivent encore écarter les différentes limites des expérimentations précédentes avant de proposer une vraie prise en charge basée sur les illusions corporelles. Sur ce sujet, il faudra encore attendre: l’illusion Pinocchio ne nous a pas encore livré toute la vérité.