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psychologie - Page 12

  • Le paradoxe du temps: ralentir pour accélérer

    L’idée de "ralentir" pourrait presque hérétique. Les dirigeants d’entreprise, pris dans un tourbillon d’e-mails, de réunions et de décisions à prendre, ont intégré l’idée qu’être réactif, disponible à tout moment et rapide dans l’exécution est la condition sine qua non du succès. Pourtant, un courant grandissant remet en cause ce dogme de l’urgence: le "slow management". Inspiré à la fois des neurosciences et de la philosophie du "slow movement", ce concept prône l’art de ménager des temps de pause et de réflexion stratégique pour, paradoxalement, gagner en efficacité.

    Loin d’être une simple tendance de bien-être, le slow management s’appuie sur des études scientifiques récentes qui montrent que notre cerveau, saturé par le multitâche et la pression temporelle, fonctionne moins bien. Des entreprises pionnières en ont fait l’expérience: prendre le temps de ralentir leur processus de décision et de gestion leur a permis de gagner en créativité, en productivité et même en compétitivité.

    LE CERVEAU SOUS PRESSION: QUAND LA VITESSE DEVIENT UN FREIN

    Depuis une dizaine d’années, les neurosciences explorent les effets de la surcharge cognitive sur la prise de décision. John Sweller, chercheur en psychologie cognitive, a démontré que notre mémoire de travail est limitée: lorsqu’elle est saturée par trop d’informations simultanées, notre capacité de réflexion stratégique s’effondre.

    Une étude de l’Université de Stanford (2019) est venue confirmer cette intuition: les individus pratiquant le multitâche numérique constant (passer d’un mail à une notification puis à une réunion) développent une attention plus fragile et une mémoire moins performante que ceux qui se concentrent sur une tâche unique. Dans un contexte de direction d’entreprise, cela signifie que l’obsession de la vitesse conduit à des décisions hâtives, parfois contre-productives.

    Le Dr Etienne Koechlin, directeur du Laboratoire de neurosciences cognitives de l’ENS, rappellait d’ailleurs que " le cerveau humain n’est pas conçu pour maintenir une vigilance soutenue en permanence. Il fonctionne mieux lorsqu’il alterne entre phases d’effort et phases de récupération ". Autrement dit: la pause est loin d’être une perte de temps, elle est une condition de la performance.

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  • Le dernier dirigeant humain: quand les IA sauront tout faire, que restera-t-il à l’entrepreneur?

    À l’aube d’une révolution technologique sans précédent, le rôle même de l’entrepreneur est en train d’être questionné dans ses fondements. À mesure que les intelligences artificielles (IA) progressent, automatisent, anticipent et décident, elles s’immiscent dans des domaines qui semblaient jusque-là exclusivement humains: la stratégie, la créativité, la gestion, voire le leadership. La prophétie d’un monde où les machines pourront tout faire fait frémir certains et rêver d’autres. Mais quand les IA sauront tout faire, que restera-t-il à l’entrepreneur? La réponse n’est ni simple ni tranchée.

    LA MONTEE EN PUISSANCE DES IA: DU BRAS DROIT AU CERVEAU STRATEGIQUE

    Aujourd’hui, l’intelligence artificielle n’est plus un simple outil d’aide à la décision. Elle devient un acteur central dans la chaîne de création de valeur, de la conception à la production, de la vente à la relation client. Les algorithmes apprennent, testent, innovent à une vitesse et une échelle inégalées. Des IA peuvent déjà générer des idées, créer des prototypes, analyser des marchés et optimiser des modèles économiques.

    Dans certains secteurs, la frontière entre le travail humain et celui des machines s’estompe. Des start-up utilisent des IA pour lancer des campagnes marketing ultra-ciblées, concevoir des produits sur mesure, ou même gérer entièrement la logistique. À terme, certains spécialistes envisagent que les IA pourraient prendre en charge la totalité de la chaîne entrepreneuriale, de la génération d’opportunités à leur réalisation, en passant par la levée de fonds automatisée.

    Cela suscite des craintes légitimes: quel sens garderont les rôles humains dans ce paysage? L’entrepreneur humain, ce pilote visionnaire, cet architecte d’idées, cet audacieux preneur de risques, n’est-il pas en voie de disparition?

    LE LEADERSHIP HUMAIN FACE A LA MACHINE

    Pour comprendre ce que pourrait devenir le rôle de l’entrepreneur, il faut saisir ce qui fait sa singularité aujourd’hui. Ce qui différencie l’humain d’une IA n’est pas tant la capacité à traiter des données ou à exécuter des tâches — sur ces terrains, les machines gagnent — mais sa faculté à incarner une vision, à mobiliser une équipe, à prendre des décisions dans l’incertitude, à faire preuve d’intuition, d’empathie, de créativité radicale.

    L’intuition entrepreneuriale est une forme de connaissance tacite, souvent difficile à formaliser ou à programmer. C’est l’art de lire entre les lignes, de sentir les tendances avant qu’elles ne deviennent évidentes, de naviguer dans un océan d’incertitudes. Ce sont aussi les qualités humaines du leader, sa capacité à inspirer, à persuader, à fédérer autour d’un projet commun.

    Mais ces dimensions ne sont-elles pas elles aussi susceptibles d’être reproduites par des IA sophistiquées? En partie, oui. Des IA émotionnelles capables de détecter et d’adapter leurs interactions sont en cours de développement. Des modèles prédictifs avancés peuvent estimer des risques inconnus et simuler des futurs multiples. Loin d’être de simples outils, ces technologies pourraient un jour incarner un leadership algorithmique.

    L’INNOVATION RADICALE: UN TERRAIN ENCORE HUMAIN?

    Si les IA excellent dans l’optimisation et l’amélioration continue, la question reste ouverte sur leur capacité à inventer du radicalement nouveau. L’innovation disruptive repose souvent sur des ruptures de pensée, des intuitions issues de parcours de vie, d’expériences multisectorielles et d’émotions humaines complexes.

    Le philosophe Bernard Stiegler soulignait que la créativité est une praxis liée à la condition humaine, à la capacité de transformer des savoirs en œuvres originales et singulières. Or, si une IA peut recombiner et générer des variations à partir d’un corpus immense, peut-elle créer une œuvre véritablement originale, porteuse d’une nouvelle culture?

    Le débat est ouvert. Certains chercheurs pensent que la créativité artificielle deviendra bientôt indiscernable de la créativité humaine. D’autres estiment qu’il y aura toujours une irréductible part d’humanité, inscrite dans le contexte social, l’expérience sensorielle et l’intentionnalité.

    L’ENTREPRENEUR COMME MEDIATEUR ET ETHIQUE

    Au-delà de la créativité pure, le rôle de l’entrepreneur pourrait se déplacer vers une fonction d’arbitrage éthique et sociétal. Les IA, aussi puissantes soient-elles, n’ont pas de conscience morale ni de valeurs intrinsèques. Elles appliquent des algorithmes conçus par des humains, dans un cadre réglementaire et socioculturel donné.

     

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  • La conscience, un mystère à décoder

    Qu’est-ce que la conscience? Quand commence-t-elle? Comment la mesurer? L’IA en est-elle douée? À l’occasion de la Journée internationale de la conscience (5 avril), retour sur un phénomène intime, universel mais mystérieux, que les neurosciences commencent tout juste à décrypter.

    LA CONSCIENCE: UNE DEFINITION ACCESSIBLE, MAIS UNE MESURE COMPLEXE

    D’un point de vue subjectif, la conscience semble être une notion simple: c’est l’état dans lequel nous sommes lorsque nous sommes éveillés. Pourtant, sa nature scientifique reste difficile à cerner. Le principal problème réside dans sa mesurabilité: comment déterminer si un être, humain ou non, est conscient?

    "Si vous me dites que vous êtes conscient, je vous crois. Mais, si j’ai devant moi un organisme incapable de me l’affirmer, ou une intelligence artificielle qui prétend l’être, je ne peux pas en avoir la certitude", explique Catherine Tallon-Baudry, directrice de recherche CNRS au Laboratoire de neurosciences cognitives computationnelles, à Paris.

    La conscience est un état subjectif. Elle ne peut pas être observée directement, contrairement à des paramètres biologiques mesurables comme le taux de glucose dans le sang ou l’activité cardiaque.

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