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psychologique - Page 2

  • Les quatre âges où votre cerveau se réorganise totalement

    Notre cerveau se reconfigure complétement à plusieurs âges, tout au long de notre vie: ceci expliquerait les décisions discutables que l’on pourrait parfois prendre entre deux?

    Le cerveau, comme tous nos organes, vieillit: l’information n’est pas un scoop. S’il serait tentant de croire qu’il décline de manière homogène vers l’inévitable perte de ses capacités, c’est une idée fausse, que les neurosciences contredisent aujourd’hui. Une équipe de chercheurs de la prestigieuse Université de Cambridge vient de démontrer que le déclin cérébral ne suit pas une courbe linéaire.

    Publiée le 25 novembre dans la revue Nature Communications, leur étude démontre qu’en atteignant quatre âges différents, notre cerveau voit son organisation interne subir d’importants changements.. Au total, il passera par cinq grandes " ères cérébrales ", qui se produisent précisément à neuf, 32, 66 et 83 ans.

    LE LONG PASSAGE DE L’ENFANCE A LA MATURITE NEURONALE

    Pour déterminer ces quatre stades, les chercheurs ont analysé les IRM de diffusion provenant de personnes âgées de 0 à 90 ans. Ces examens cérébraux permettent de suivre les mouvements des molécules d’eau dans notre cerveau. Dans la matière blanche (les fibres de connexion du cerveau), l’eau tend à se propager dans le sens des fibres neuronales (phénomène d’anisotropie). C’est en mesurant l’anisotropie que les chercheurs ont pu répertorier le câblage et l’évolution des connexions cérébrales au fil du temps.

     

    En observant ces données, les chercheurs ont ainsi trouvé que, de la naissance jusqu’à l’âge de 9 ans, le cerveau fabrique un grand nombre de connexions (les synapses), tout en éliminant celles qu’il n’utilise pas. Une phase de tri essentielle pour l’enfant, qui lui permet de renforcer les circuits cérébraux fortement sollicités par l’apprentissage et l’environnement. Ceux qui résistent à ce processus d’élimination formeront la base de ses futurs grands réseaux cognitifs.

    Durant cette période, la matière blanche et la matière grise connaissent également une expansion très rapide de leur volume, car le cerveau optimise sa vitesse de transmission et sa capacité de traitement.

    C’est aussi à cette période que le cerveau est le plus vulnérable, les chercheurs expliquant qu’elle correspond à "un moment où les capacités cognitives progressent fortement, mais où le risque de troubles neuro-développementaux est lui aussi plus marqué".

    Pour imager le phénomène, imaginez le montage ultrarapide d’un haut échafaudage: tant que ses barres ne sont pas solidement fixées (les réseaux neuronaux), le moindre tangage peut s’avérer très dangereux.

    Arrive ensuite un point de bascule aux alentours de 32 ans; c’est selon l’équipe, la période où l’architecture du cerveau est la plus optimisée. Alexa Mousley, neuroscientifique et coautrice de l’étude, explique que c’est à ce moment-là que sont observés "les plus grands changements directionnels dans le câblage et la plus forte inflexion de trajectoire [NDLR: évolution de la structure et de l’organisation des réseaux cérébraux au fil du temps]".

    Le cerveau achève ici sa maturité et sort enfin des changements structurels typiques de l’adolescence, entamant la période la plus longue et stable de son existence: ses connexions sont parfaitement définies.

    A partir de là, pendant près de 30 ans, le cerveau ne change que très peu, son organisation interne est en phase de plateau, coïncidant, selon l’équipe avec " une stabilité de l’intelligence et de la personnalité ". C’est à ce moment-là que nous sommes à notre zénith, d’un point de vue cérébral, bien sûr.

    LES DERNIERES DECENNIES DU CERVEAU: LA FIN DE LA ROUTINE CEREBERALE

    Autour de 66 ans, le cerveau entre dans sa troisième grande période. Rien de catastrophique ou aucun changement soudain selon les chercheurs, mais c’est à cet âge que l’on voit poindre les premiers ralentissements: les connexions deviennent moins vives et leur réorganisation est plus lente; la plasticité neuronale s’atténue. La matière blanche se détériore légèrement, ce qui fait que les aires du cerveau communiquent plus lentement entre elles. Selon Mousley, cette transition correspond également à " un âge où les individus sont davantage exposés à toute une série de problèmes de santé susceptibles d’affecter le cerveau, comme l’hypertension ".

    Vient ensuite l’ultime transformation, qui survient autour de 83 ans. Non pas que le cerveau ne parvienne plus à fonctionner, mais ses grands réseaux neuronaux sont sollicités différemment. Au lieu de faire travailler ses plus vastes zones (comme les aires frontales, pariétales et temporales) en coordination, il recourt davantage aux aires encore performantes et qui ont moins perdu en robustesse (notamment les régions sensorielles et motrices primaires).

    Ces dernières gardent généralement une meilleure connectivité et sont plus résistantes au vieillissement. Selon les conclusions de l’étude le cerveau passe d’un mode de fonctionnement global (les grandes zones du cerveau travaillent ensemble) à un mode local (seules quelques régions bien préservées prennent le relais).

    Notre cerveau reste donc étonnamment actif et plastique, même au crépuscule de sa vie, ce qui contredit complétement les fausses théories qui ont bercé la neurobiologie tout au long du XXème siècle. Celles qui postulaient que notre cerveau se figeait une fois l’enfance passée, un dogme qui fut enseigné jusque dans les années 1990. Un raisonnement qui a affreusement mal vieilli, contrairement à certains de nos neurones, qui, au contraire s’acharnent à maintenir la machine en ordre de marche.

  • Voici la clé révélée d’un cerveau plus jeune

    image générée par I.A.

    Une vaste étude publiée dans Nature Aging le 10 novembre 2025 vient de révéler que parler plusieurs langues pourrait ralentir le vieillissement du cerveau. Menée auprès de plus de 80.000 participants à travers 27 pays européens, cette recherche montre que les personnes multilingues ont deux fois moins de risques de présenter des signes de vieillissement biologique accéléré que celles qui ne maîtrisent qu’une seule langue.

    UNE ETUDE D’AMPLEUR INEDITE

    Sous la direction du neuroscientifique Agustín Ibañez, de l’Université Adolfo Ibáñez de Santiago, les chercheurs ont cherché à trancher une question ancienne: le multilinguisme protège-t-il réellement le cerveau contre le déclin cognitif?

    Jusque-là, les études disponibles restaient limitées par des échantillons trop restreints et des méthodes de mesure du vieillissement parfois approximatives. Cette fois, l’analyse de 86.000 adultes âgés de 51 à 90 ans, tous en bonne santé, offre un cadre bien plus solide. Les chercheurs ont calculé pour chacun un "écart d’âge bio-comportemental", c’est-à-dire la différence entre leur âge réel et leur âge prédictif, estimé à partir de données physiologiques, sociales et comportementales (état de santé, niveau d’éducation, mode de vie).

    Résultat: les participants parlant plusieurs langues présentent un écart plus faible, signe d’un vieillissement cérébral ralenti. Ces conclusions rejoignent plusieurs travaux antérieurs suggérant que le bilinguisme stimule la mémoire, la concentration et la flexibilité mentale. En maintenant le cerveau constamment actif, la pratique de plusieurs langues renforcerait les connexions neuronales et améliorerait la résilience cognitive face au temps.

    UN EFFET PROTECTEUR CONFIRME PAR LES NEUROSCIENCES

    Pour Christos Pliatsikas, chercheur en neurosciences cognitives à l’Université de Reading, au Royaume-Uni, cette étude marque un tournant: jamais un échantillon aussi large n’avait permis d’observer une corrélation aussi nette entre le multilinguisme et le ralentissement du vieillissement cérébral.

    Selon lui, ces résultats pourraient "révolutionner le domaine" de la recherche sur le vieillissement cognitif. Même enthousiasme du côté de Susan Teubner-Rhodes, psychologue cognitive à l’Université d’Auburn, en Alabama, qui y voit une incitation concrète à pratiquer activement une langue étrangère au quotidien.

    Selon elle, entretenir plusieurs langues, ou en apprendre une nouvelle, serait une forme d’entraînement mental aussi bénéfique qu’une activité physique régulière pour le corps. Au-delà de la linguistique, cette découverte ouvre une perspective sociale et éducative: promouvoir le multilinguisme dès le plus jeune âge pourrait devenir un outil de santé publique.

    Si le cerveau est un muscle, alors apprendre à dire "bonjour" dans plusieurs langues ne relève plus du luxe culturel, mais d’un véritable geste préventif contre le temps.

  • L’importance de la réserve cognitive

    Parmi les stratégies les plus efficaces identifiées par la recherche, le développement et le maintien d’une bonne réserve cognitive se démarquent.

    La réserve cognitive désigne la capacité du cerveau à résister aux effets du vieillissement ou des maladies neurodégénératives, sans qu’ils ne se traduisent par un déclin fonctionnel marqué. Ce concept est désormais central dans les approches de prévention du déclin cognitif.

    Dans son rapport mis à jour en 2024, la commission permanente de la revue scientifique The Lancet sur la prévention, l’intervention et les soins liés à la démence a mis en évidence qu’environ 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur 14 facteurs de risque modifiables.

    Ces facteurs incluent notamment l’inactivité physique, la dépression et l’isolement social.

    Mais l’un des facteurs les plus précoces et les plus significatifs est le faible niveau d’éducation.

    AU-DELÀ DE L’ÉDUCATION

    L’éducation a longtemps été considérée comme le principal indicateur de la réserve cognitive. Elle reflète une exposition prolongée à des activités intellectuellement stimulantes qui favorisent le développement de réseaux cérébraux efficaces.

    Toutefois, cette vision s’avère aujourd’hui partielle. En effet, la réserve cognitive n’est pas figée à l’enfance ni à l’âge adulte : elle peut se construire, se maintenir et même s’amplifier tout au long de la vie grâce à des expériences variées comme l’apprentissage, les interactions sociales riches et les loisirs cognitivement stimulants. On peut par exemple penser à la pratique d’un instrument de musique, la réalisation de jeux de société complexes comme les échecs, ou encore la participation à des activités bénévoles qui nécessitent des notions de planification et de résolution de problèmes.

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