d’Albert Moukheiber pour développer son discernement
Face au déluge d’opinions sur les réseaux, comment garder l’esprit clair et éviter les pièges des idées toutes faites? Albert Moukheiber, docteur en neurosciences, livre quatre méthodes simples et percutantes pour aiguiser son discernement.
Il y a ceux qui ont une opinion sur tout. Et il y a ceux qui, comme Albert Moukheiber, acceptent de ne pas en avoir, et c’est précisément là que commence l’esprit critique.
Dans un monde saturé d’informations contradictoires, le psychologue clinicien et docteur en neurosciences invite à ralentir, questionner ses certitudes et renouer avec un doute sain.
Invité du podcast Le Gratin animé par Pauline Laigneau, Albert Moukheiber a partagé quatre techniques simples, efficaces et parfois contre-intuitives pour apprendre à penser avec rigueur, et à résister aux effets de manche des réseaux sociaux. Des clés précieuses à l’heure où chaque influenceur semble devenu expert en santé, politique ou astrophysique.
- FAUT-IL VRAIMENT AVOIR UN AVIS SUR TOUT?
Premier réflexe à adopter selon Moukheiber: se demander si l’on a réellement besoin d’une opinion sur un sujet donné. Doit-on absolument trancher sur la situation politique en Argentine ou sur la nature des trous noirs? Pas forcément.
"Est-ce que j’ai besoin d’avoir un avis? Est-ce que cet avis va m’être utile, est-ce que je vais faire quelque chose avec?", interroge-t-il.
Pour lui, il est non seulement légitime, mais sain d’assumer qu’on ne sait pas.
Il ajoute: "C’est mal vu aujourd’hui de dire qu’on ne sait pas, mais il faut commencer par soi".
Ce refus de se forger des opinions superficielles s’avère libérateur. Il permet de retrouver du temps et de l’attention pour les sujets qui comptent vraiment.
- APPRENDRE A PONDERER SES CONVICTIONS
Deuxième outil: nuancer son opinion avec des degrés de certitude. Plutôt que de penser en noir ou blanc, Albert Moukheiber préfère attribuer un pourcentage de confiance à ses idées. "Sur certains sujets, je suis sûr à 99%, sur d’autres à 20%", dit-il.
Cette approche l’aide à rester ouvert et à évoluer. Dans ses conférences ou ses vidéos, il assume de dire: je pense ça, à 63%.
Ce chiffre est arbitraire, mais le geste est fort. Il matérialise une marge de manœuvre mentale, un espace de révision possible. Une gymnastique qui évite les opinions figées, souvent sources de crispation ou d’erreurs.
- QUEL TEMPS AI-JE VRAIMENT CONSACRE AU SUJET?
Troisième réflexe: évaluer l’investissement réel qu’on a accordé à un sujet avant de se sentir légitime à en parler. Albert Moukheiber reçoit parfois des messages de personnes lui soumettant leur propre théorie sur le fonctionnement du cerveau. Son réflexe? Comparer leur démarche à celle des milliers de chercheurs qui planchent sur ces questions depuis des années.
" Si je pense avoir trouvé quelque chose qu’ils n’ont pas vu, il faut que je me demande pourquoi ", explique-t-il.
Ce simple exercice d’humilité permet de désamorcer bien des illusions. Il s’agit d’accepter que la complexité ne se résout pas à coups d’intuitions rapides.
- CONFRONTER SES IDEES A CELLES DES EXPERTS
Enfin, le discernement ne se construit pas seul. Penser par soi-même ne signifie pas penser dans son coin, insiste Moukheiber.
L’esprit critique, selon lui, consiste à "PENSER CONTRE SON CERVEAU, AVEC LES AUTRES". Cela implique d’écouter ce que disent les personnes qui ont une expertise sur un sujet.
Il ne s’agit pas de les croire aveuglément, mais de considérer les probabilités: si 100 experts s’accordent sur un point, il y a moins de chances qu’ils aient tous tort que moi seul raison.
Comme il le résume: "Si je veux dire qu’on n’utilise que 10% de notre cerveau, alors que tous les neuroscientifiques le contestent depuis 20 ans, il faut vraiment que j’aie une raison solide".
Ghislain de Haut de Sigy