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  • Colère et défoulement: le mythe de la cocotte-minute

    Derrière ce réflexe se cache le mythe de la catharsis: la colère serait comme une vapeur sous pression qu’il faudrait laisser s’échapper, en hurlant dans sa voiture, en frappant un oreiller ou en enchaînant les coups sur un sac de boxe. Ce scénario donne une illusion de maîtrise, mais les travaux compilés ces dernières années montrent autre chose: si l’on se sent "vidé" après, c’est surtout parce que le corps est épuisé, pas parce que l’émotion s’est réellement apaisée.

    Une méta-analyse publiée en 2024 dans la revue Clinical Psychology Review, portant sur 154 études et 10 189 participants, a comparé différentes façons de gérer la colère. Résultat: les activités de défoulement (punching-ball, cris, jogging en mode sprint, salles de casse) maintiennent la colère, voire l’augmentent, alors que les activités calmes (respiration, relaxation, méditation, yoga doux, simple pause ou fait de compter jusqu’à 10) réduisent significativement la colère et l’agressivité. Autrement dit, le geste qui paraît le plus logique enflamme souvent le système au lieu de l’éteindre.

    CE QUE LE CERVEAU COMPREND VRAIMENT QUAND LA COLERE MONTE

    Pour comprendre ce décalage, il faut regarder comment le cerveau traite un conflit. La neuroscientifique espagnole Nazareth Castellanos résume bien le dilemme intérieur: "On dit qu’il y a des moments où le cerveau répond et d’autres où il réagit. Idéalement, le cerveau devrait répondre, mais normalement il réagit, c’est-à-dire qu’il réagit très rapidement", explique Nazareth Castellanos, citée par BBC News Mundo. Dans ces réactions éclairs, l’amygdale (centre d’alerte émotionnelle) prend la main sur l’hippocampe et le cortex frontal, qui servent à mettre les choses en perspective.

    Le système d’alerte se déclenche aussi à l’extérieur: des chercheurs de l’Université de Genève ont montré, grâce à l’électro-encéphalogramme, que le cerveau repère une voix en colère en quelques centaines de millisecondes et garde plus longtemps son attention dessus que sur une voix neutre ou joyeuse. " La colère peut annoncer une menace potentielle, c’est pourquoi le cerveau analyse plus longtemps ce genre de stimuli. Ce mécanisme permet, dans un environnement sonore, de ne pas s’alarmer au moindre bruit potentiellement menaçant ou, au contraire, d’adopter le comportement le plus adéquat en cas de danger. Ces millisecondes d’attention supplémentaires sont donc capitales pour une bonne interprétation de la menace", analyse Leonardo Ceravolo, dans un communiqué de l’Université de Genève. Sur le plan physique, la colère accélère le cœur, augmente la pression artérielle et la fréquence respiratoire; une étude menée en 2024 par Daichi Shimbo a même montré qu’un épisode de colère de huit minutes modifie la capacité des vaisseaux sanguins à se dilater, ce qui, à force de répétition, pourrait favoriser des lésions vasculaires.

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  • Ces fantômes qui (d)énoncent l’Histoire (sic)

    <Souvenirs vivaces, présences qui font irruption et qui s’imposent au quotidien: les fantômes des répressions staliniennes ou ceux des milliers de migrants disparus au large des côtes de Lampedusa questionnent aujourd’hui ce que la présence des morts en grand nombre, qui parfois s’imposent aux vivants, implique dans une société.

    Elisabeth Bernard et Antoine Briand, inscrits à l’École Doctorale Milieux, Cultures et Sociétés du Passé et du Présent de l’université Paris Nanterre ont rencontré l’anthropologue Sarah Carton de Grammont, et la politologue Évelyne Ritaine.

    Double discours

    Les morts sont toujours là et se rappellent constamment aux vivants: ce que Sarah Carton de Grammont nomme "la présence des absences". Alors que les défunts de la Grande Guerre patriotique sont célébrés et commémorés au cours de cérémonies collectives, les disparus des purges staliniennes sont laissés dans l’ombre.

    Tandis que les uns rappellent une époque d’héroïsme collectif, les autres ravivent les souvenirs de la menace du NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures, organisme d’État qui envoyait les délateurs dans les camps), ainsi que toutes les dénonciations entre voisins (menace constante à cette période).

    Dans le quartier de Sokol où Sarah Carton de Grammont mène ses recherches, n’évoque-t-on pas les morts des purges, si ce n’est à demi-mot ou sur le ton de la confidence? La version officielle, publique et collective du passé contraste ainsi avec une autre version qui reste implicite et les relations de voisinage s’entremêlent avec les fantômes du passé soviétique.

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  • Maintenir une bonne santé cognitive à tout âge, c’est possible

    Vieillir tout en restant mentalement alerte, est-ce un objectif atteignable ou une utopie ?

    C’est tout à fait possible, à condition de cultiver des habitudes bénéfiques pour le fonctionnement cérébral tout au long de la vie.

    Chercheur en neurosciences cognitives et en neuropsychologie du vieillissement, je propose d’apporter un éclairage sur la possibilité de maintenir une bonne santé cognitive en vieillissant, à la lumière des avancées scientifiques récentes.

    Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.

    L’IMPORTANCE DE LA RESERVE COGNITIVE

    Parmi les stratégies les plus efficaces identifiées par la recherche, le développement et le maintien d’une bonne réserve cognitive se démarquent.

    La réserve cognitive désigne la capacité du cerveau à résister aux effets du vieillissement ou des maladies neurodégénératives, sans qu’ils ne se traduisent par un déclin fonctionnel marqué. Ce concept est désormais central dans les approches de prévention du déclin cognitif.

    Dans son rapport mis à jour en 2024, la commission permanente de la revue scientifique The Lancet sur la prévention, l’intervention et les soins liés à la démence a mis en évidence qu’environ 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur 14 facteurs de risque modifiables.

    Ces facteurs incluent notamment l’inactivité physique, la dépression et l’isolement social.

    Mais l’un des facteurs les plus précoces et les plus significatifs est le faible niveau d’éducation.

    AU-DELA DE L’ÉDUCATION

    L’éducation a longtemps été considérée comme le principal indicateur de la réserve cognitive. Elle reflète une exposition prolongée à des activités intellectuellement stimulantes qui favorisent le développement de réseaux cérébraux efficaces.

    Toutefois, cette vision s’avère aujourd’hui partielle. En effet, la réserve cognitive n’est pas figée à l’enfance ni à l’âge adulte : elle peut se construire, se maintenir et même s’amplifier tout au long de la vie grâce à des expériences variées comme l’apprentissage, les interactions sociales riches et les loisirs cognitivement stimulants. On peut par exemple penser à la pratique d’un instrument de musique, la réalisation de jeux de société complexes comme les échecs, ou encore la participation à des activités bénévoles qui nécessitent des notions de planification et de résolution de problèmes.

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