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Histoire - Page 3

  • 31 octobre: HALLOWEEN

    LOUP GAROU

    Les horribles symptômes de la rage ont inspiré les loups-garous, vampires et autres monstres

    Auteur: Jessica Wang - Associate Professor of U.S. History, University of British Columbia

    The Conversation - CC BY ND

    En 1855, le Brooklyn Daily Eagle rapportait le meurtre horrible d’une épouse par son nouveau mari. L’histoire se passait dans la campagne française, où les parents de la femme avaient d’abord empêché les fiançailles du couple "en raison de l’étrangeté de la conduite parfois observée chez le jeune homme", alors qu’il "était par ailleurs un très bon parti".

    Les parents ont finalement consenti et le mariage a eu lieu. Peu de temps après que les jeunes mariés se soient retirés pour consommer leur lien, des "cris de peur" sont venus de leurs quartiers. Les gens ont vite accouru et trouver "la pauvre fille… dans les souffrances de la mort – sa poitrine déchirée et lacérée de la manière la plus horrible, et le misérable mari dans un accès de folie débridée et couvert de sang, ayant en fait dévoré une partie du sein de la malheureuse fille".

    La mariée est morte peu de temps après. Son mari, après "une résistance des plus violentes", est également décédé.

    Qu’est-ce qui a pu causer cette horrible histoire? On se souvient alors, en réponse à des questions posées par un médecin, que le marié avait déjà été "mordu par un chien étranger". Le passage de la folie du chien à l’homme semblait être la seule raison possible de la tournure effroyable des événements.

    Le Brooklyn Daily Eagle a décrit l’épisode comme "un triste et pénible cas d’hydrophobie", ou, dans le langage d’aujourd’hui, de rage.

    Mais le récit se lisait comme une histoire d’horreur gothique. C’était essentiellement un récit de loup-garou : la morsure du chien fou a provoqué une métamorphose hideuse, qui a transformé sa victime humaine en un monstre infâme dont les pulsions sexuelles vicieuses ont conduit à une violence obscène.

    Mon nouveau livre, Mad Dogs and Other New Yorkers : Rabies, Medicine, and Society in an American Metropolis, 1840-1920, (La rage, la médecine et la société dans une métropole américaine, 1840-1920) explore les significations cachées derrière les récits sur la rage. Des variantes de l’histoire du marié enragé ont été racontées encore et encore dans les journaux de langue anglaise en Amérique du Nord depuis au moins le début du XVIIIe siècle, et elles ont continué aussi tard que dans les années 1890.

    Le récit du Eagle est essentiellement un conte populaire sur les chiens enragés et la mince ligne de démarcation entre l’humain et l’animal. La rage a engendré une peur viscérale car il s’agissait d’une maladie qui semblait capable de transformer les gens en bêtes enragées.

    UNE MALADIE TERRIFIANTE ET MORTELLE

    L’historien Eugen Weber a un jour observé que les paysans français du XIXe siècle craignaient "surtout les loups, les chiens fous et le feu". La folie canine – ou la maladie que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de rage – a alimenté les cauchemars pendant des siècles.

    D’autres maladies infectieuses – comme le choléra, la typhoïde et la diphtérie – ont tué beaucoup plus de gens au 19e et au début du XXe siècle. Le cri de « chien fou » suscitait néanmoins un sentiment immédiat de terreur, car une simple morsure de chien pouvait signifier une longue épreuve suivie d’une mort certaine.

    La médecine moderne sait que la rage est causée par un virus. Une fois qu’il pénètre dans le corps, il atteint le cerveau par le système nerveux. Le délai typique de plusieurs semaines ou mois entre l’exposition initiale et l’apparition des symptômes signifie que la rage n’est plus une sentence de mort si un patient reçoit rapidement des injections d’anticorps immunitaires et un vaccin, afin de renforcer son immunité après avoir rencontré un animal suspect. Bien qu’il soit rare que des gens meurent de la rage en Amérique du Nord, la maladie tue encore des dizaines de milliers de personnes dans le monde chaque année.

    Selon des sources du XIXᵉ siècle, après une période d’incubation de quatre à 12 semaines, les symptômes peuvent commencer par un vague sentiment d’agitation. Ils progressent ensuite vers des épisodes spasmodiques caractéristiques de la rage, de l’insomnie, de l’excitation, de la fébrilité, un pouls rapide, de la bave et une respiration laborieuse. Il n’est pas rare que les victimes aient des hallucinations ou présentent d’autres troubles mentaux.

    Les efforts visant à atténuer les accès de violence par la drogue ont souvent échoué, et les médecins n’ont pu faire autre chose que d’observer puis de témoigner. La maladie suit son cours inévitablement fatal, généralement sur une période de deux à quatre jours. Aujourd’hui encore, la rage reste essentiellement incurable dès l’apparition des signes cliniques.

    Il y a des siècles, la perte de contrôle corporel et de rationalité déclenchée par la rage semblait être une attaque contre l’humanité fondamentale des victimes. D’une véritable maladie redoutée transmise par les animaux sont apparues des visions épineuses de forces surnaturelles qui ont transféré les pouvoirs des animaux malveillants et transformé les gens en monstres.

    DES MORSURES QUI TRANSFORMENT L’HUMAIN EN ANIMAL

    Les récits américains du XIXe siècle n’ont jamais invoqué directement le surnaturel. Mais la description des symptômes indiquait des hypothèses tacites sur la façon dont la maladie transmettait l’essence de l’animal infecté à l’être humain souffrant.

    Les journaux décrivaient souvent ceux qui ont contracté la rage par des morsures de chien comme aboyant et grognant comme des chiens, tandis que les victimes de morsures de chat se grattaient et crachaient. Les hallucinations, les spasmes respiratoires et les convulsions incontrôlables découlaient de l’empreinte maléfique de l’animal enragé.

    Les mesures préventives traditionnelles ont également montré comment les Nord-Américains ont discrètement supposé une frontière floue entre l’humanité et l’animalité. Les remèdes populaires soutenaient que les victimes de morsures de chien pouvaient se protéger de la rage en tuant le chien qui les avait déjà mordues, en appliquant les poils du chien incriminé sur la blessure ou en lui coupant la queue.

    De telles mesures préventives impliquaient la nécessité de couper un lien invisible et surnaturel entre un animal dangereux et sa proie humaine.

    Parfois, la maladie a laissé des traces étranges. Lorsqu’un habitant de Brooklyn est mort de la rage en 1886, le New York Herald a signalé une terrifiante apparition : quelques minutes après le dernier souffle de l’homme, « l’anneau bleuâtre sur sa main – la marque de la morsure mortelle du Terre-Neuve… a disparu. » Seule la mort a brisé l’emprise pernicieuse du chien fou.

    LES RACINES DES VAMPIRES CHEZ LES CHIENS ENRAGES

    Il est possible qu’en plus des loups-garous, les histoires de vampires aient aussi pour origine la rage.

    Le médecin Juan Gómez-Alonso a souligné le lien entre le vampirisme et la rage dans les symptômes capillaires de la maladie – les sons déformés, les apparences faciales exagérées, l’agitation et parfois les comportements sauvages et agressifs qui faisaient paraître les personnes atteintes plus monstrueuses que les humains.

    De plus, dans différentes traditions folkloriques d’Europe de l’Est, les vampires ne se sont pas transformés en chauves-souris, mais en loups ou en chiens, les vecteurs clés de la rage.

    Alors que des loups-garous, des vampires et d’autres monstres descendent dans la rue pour l’Halloween, rappelez-vous que derrière le rituel annuel de la cueillette de bonbons et de déguisements, se cachent les recoins les plus sombres de l’imagination. Ici, les animaux, la maladie et la peur s’entremêlent, et les monstres se matérialisent dans ce subtil point de croisement entre l’animalité et l’humanité.

    Jessica Wang

     

  • Choisir un prénom

    les références aux saints en voie de disparition?

    Vers 1900, la quasi-totalité des bébés recevait un prénom dérivé ou proche de celui d’un saint catholique. Ils ne sont plus qu’un quart aujourd’hui dans ce cas.

    Quelle que soit la source consultée, du calendrier des Postes à la liste des saints de la Conférence des évêques de France, on constate que la proportion de bébés nés en France et recevant un prénom de saint catholique diminue au cours du dernier siècle.

    La chute a commencé plus tôt pour les bébés filles. Vers 1900, la quasi-totalité des bébés recevait un prénom dérivé ou proche de celui d’un saint catholique (la ligne pointillée du graphique ci-dessous compare les quatre premières lettres des prénoms – où Marinette et Louison sont associés à Marie et Louis). La loi obligeait à ce choix: il fallait donner un prénom "en usage dans les différents calendriers" ou un prénom inspiré de l’histoire antique.

    Aujourd’hui, environ un quart des bébés, au grand maximum, reçoivent le prénom d’un saint catholique. Une fille sur dix reçoit l’un des prénoms du calendrier de la Poste.

    UNE REFERENCE AUX CALENDRIERS QUI DECROIT

    On peut expliquer cette diminution de différentes manières. En faisant référence à la sécularisation de la société française dans laquelle l’Église romaine joue un rôle moindre, concurrencée par d’autres institutions. Rappelons qu’en 2019-2020, 25% des Français se déclaraient catholiques contre 43% en 2008-2009.

    Mais on peut faire référence aussi au goût parental pour la nouveauté: or les prénoms des Saints ont de grande chance d’être des prénoms démodés, puisqu’ils étaient donnés par les générations précédentes.

    On peut enfin insister sur la libéralisation du choix (effective depuis 1993 mais en gestation depuis plusieurs décennies), qui permet aux parents de sortir de la référence aux "usages des différents calendriers". La diversification religieuse joue sans doute un rôle, aussi: il est évident que le répertoire catholique n’est pas celui de l’islam ou du bouddhisme.

    On peut aborder cette diminution autrement, en s’intéressant au jour de naissance: est-ce que les parents dont l’enfant naît le jour de la Saint-X donnaient souvent le nom du Saint du jour à leur enfant? Y avait-il beaucoup de Marie le 15 août et de Valentin le 14 février, de Xavier le jour de la saint Xavier?

    Pour cela, il nous faut une grande liste nominative, comprenant le prénom et le jour de naissance. On dispose du Fichier des personnes décédées, qui nous donne l’identité des personnes décédées en France depuis 1970, qui sont près de 29 millions.

    Ce fichier n’est pas une source parfaite: il est sans doute assez représentatif pour les naissances des générations 1910-1960 mais il ne contient que les décès très précoces des générations plus récentes.

    Certains prénoms sont plus souvent donnés le jour de la fête du Saint (ou de l’équivalent, comme Noël), d’autres échappent à cet attracteur. Dans le Fichier des personnes décédées, on trouve environ 4 000 Marie nées un 15 janvier ou un 2 juin. Mais près de 9000 nées un 15 août, jour aussi visible pour les Marie en deuxième prénom.

    Il va naître beaucoup plus de Joseph le jour de la Saint Joseph (et tout au long du mois de mars) que lors d’un jour quelconque de l’année. Si dans le Fichier des personnes décédées, il naît environ 25 Valentin un 3 juillet, c’est 200 le 14 février.

    Les Victoire sont visibles le jour de la Sainte-Victoire, mais aussi, pour une raison historique précise, le 11 novembre 1918: les quelque 230 bébés filles nés un 11 novembre et ayant reçu le prénom Victoire que l’on trouve dans le Fichier des personnes décédées sont nés le 11 novembre 1918.

    DES CHOIX DE PRENOMS DE PLUS EN PLUS LIBRES

    En explorant la distribution d’autres prénoms, comme Stéphane ou Arnaud, nous serions bien en peine de déceler quel est le jour de leur fête. Ce jour n’attire pas plus les parents qu’un autre jour de l’année. C’est peut-être parce que les parents qui choisissent ces prénoms sont éloignés des références catholiques (ils choisissent, au milieu du XXe siècle, un prénom qui est alors un prénom "neuf"). Mais pourquoi alors le prénom Stéphanie est-il largement plus attribué le jour de la Saint-Étienne (Étienne étant une version latinisée du Stéphane grec) quand ce n’est pas le cas de Stéphane?

    J’ai calculé le nombre de naissances par jour, en faisant abstraction de l’année de naissance. J’agrège des individus nés en 1910 et d’autres nés en 1947 ou en 1972: la seule chose qui m’intéresse, c’est le jour, 1e avril ou 15 juin…

    Ensuite, si l’on s’intéresse à l’évolution dans le temps et que l’on considère l’ensemble des prénoms, que se passe-t-il? À mesure que les parents cessent de nommer leurs enfants d’après les saints catholiques, la pratique consistant à choisir beaucoup plus fréquemment le prénom du saint du jour de la naissance disparaît.

    Les personnes nées au début du XXe siècle avaient entre 4 et 5 fois plus de chance d’être nommées "Z" si elles naissaient le jour de la Saint-Z qu’un autre jour de l’année. Pour les personnes nées dans les années 1980 (et déjà décédées) il n’y a plus d’effet "Saint du jour".

    La disparition a été plus lente sur les seconds prénoms, ces prénoms invisibles, connus du seul entourage proche: ces prénoms sont souvent des prénoms d’une génération plus âgée (cousines et cousins, grands-parents, oncles et tantes) et de plus associés au parrainage et donc à un saint protecteur.

    On peut même penser qu’aujourd’hui naître le jour de la Saint-Z conduit les parents à éviter ce prénom: le choix du prénom se vit parfois comme un choix libre, entièrement libre.

    Auteur; Baptiste Coulmont - Professeur des universités, École Normale Supérieure Paris-Saclay – Université Paris-Saclay

    The Conversation France CC BY ND

  • Le cerveau peut rester jeune à 80 ans:

    l’énigme des " SuperAgers " enfin décryptée

    Des traits biologiques et comportementaux spécifiques à la base de leur résilience cérébrale.

    En analysant 25 ans de données pour tenter de percer les secrets des " SuperAgers ", ces personnes dotées d’une mémoire exceptionnelle à plus de 80 ans, des chercheurs ont découvert qu’elles remettent en question la croyance de longue date selon laquelle le déclin cognitif accompagne inévitablement le vieillissement. Ces personnes possèderaient des traits biologiques et comportementaux spécifiques leur conférant une étonnante résilience cérébrale même à un âge avancé. Ces données pourraient, à terme, mener à de nouvelles stratégies pour retarder le vieillissement cérébral chez les individus normaux.

    Le cerveau humain est un système dynamique dont la plasticité se construit et évolue au fil du temps. Du début de développement jusqu’à l’âge adulte, la plasticité fonctionnelle et constructive domine. Cependant, cette plasticité diminue avec le vieillissement, parallèlement à celui de l’ensemble de l’organisme. Une coupure à la peau met par exemple deux fois plus de temps à cicatriser à 40 ans qu’à 20 ans et la régénération cérébrale après une lésion est significativement plus rapide chez les jeunes adultes, lors d’expériences sur des rats.

    Bien que les effets du vieillissement impactent tous les organes du corps, le cerveau y est particulièrement vulnérable. Cela s’explique par le fait que la plupart des neurones du système nerveux central des adultes sont post-mitotiques, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent plus se diviser et que leur nombre est établi après la fin du développement cérébral, les rendant ainsi plus vulnérables aux effets du temps.

    D’autre part, mis à part la transmission des signaux nerveux, les neurones transportent d’énormes quantités d’organites et consomment beaucoup d’énergie pour le traitement des informations. Compte tenu de cette charge de travail et de l’usure qui en résulte, il n’est pas étonnant que les neurones soient plus exposés aux effets du vieillissement. Les cerveaux vieillissants perdent d’ailleurs en poids, en volume, en tailles de neurones et de synapses, sont plus réactifs à l’inflammation, etc.

    DES CERVEAUX QUI DEFIENT LE TEMPS

    Ces effets ont poussé les neurobiologistes à penser que le déclin cognitif est une conséquence inévitable du vieillissement. Cependant, certaines personnes âgées semblent échapper à la règle. Elles continuent d’acquérir beaucoup de nouvelles informations, de gérer des situations complexes et même de montrer une créativité accrue à un âge avancé. Surnommées SuperAgers, ces personnes exceptionnelles présentent des performances de mémoire qui équivalent à celles d’individus âgés d’au moins trois décennies de moins.

    Les chercheurs de l’Université Northwestern, aux États-Unis, étudient ces personnes depuis 25 ans pour tenter de comprendre pourquoi leur cerveau semble ne pas subir les effets du vieillissement. Ils ont découvert des caractéristiques biologiques uniques qui pourraient expliquer leur résistance au déclin cognitif.

    "Nos résultats montrent qu’une mémoire exceptionnelle à un âge avancé est non seulement possible, mais qu’elle est liée à un profil neurobiologique particulier ", explique dans un communiqué, Sandra Weintraub, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement et de neurologie à la Feinberg School of Medicine de l’Université Northwestern".

    "Cela ouvre la voie à de nouvelles interventions visant à préserver la santé cérébrale jusqu’à un âge avancé", indique l’experte.

    superagers

    Les participants à l’étude SuperAging de l’Université Northwestern se sont réunis le 24 mai 2013 pour discuter et socialiser. © Ben Kesling/Wall Street Journal

    LA SOCIABILITE: UN TRAIT COMMUN DES SUPERAGERS

    Le terme SuperAger a été inventé à la fin des années 1990 par Marsel Mesulam, le fondateur du Mesulam Center for Cognitive Neurology and Alzheimer’s Disease de l’Université Northwestern, à l’origine du programme SuperAging. Le programme a été créé à la suite de la découverte fortuite d’une patiente de 81 ans qui ne présentait aucun signe de déficience fonctionnelle cérébrale et qui obtenait des scores de mémoire très élevés pour son âge.

    En effectuant l’analyse post-mortem de son cerveau, les chercheurs du Northwestern ont été surpris de constater qu’il ne présentait qu’un seul enchevêtrement neurofibrillaire dans une section hémisphérique complète du cortex entorhinal, une situation rare à cet âge, même chez les personnes sans anomalie cognitive connue. Depuis 2000, 290 personnes se sont inscrites au programme SuperAging et 77 dons de cerveaux post-mortem ont pu être analysés. Les participants sont évalués chaque année et peuvent choisir de faire don de leur cerveau pour une analyse post-mortem.

    "De nombreuses conclusions de cette étude proviennent de l’examen d’échantillons de cerveaux de SuperAgers généreux et dévoués qui ont été suivis pendant des décennies ", a déclaré Tamar Gefen, co-auteur de la nouvelle étude et professeur associé de psychiatrie et de sciences du comportement à Feinberg et directeur du laboratoire de neuropsychologie translationnelle de Feinberg et neuropsychologue au Mesulam Center.

    Les résultats – publiés dans la revue Alzheimer’s & Dementia – révèlent que la sociabilité constitue un trait commun entre les SuperAgers, malgré des modes de vie diversifiés et des approches variées quant aux exercices qu’ils effectuent. Ils obtiennent au moins un score de 9 sur 15 à un test de mémoire standard, ce qui est équivalent à ceux d’individus dans la cinquantaine ou la soixantaine.

    UNE RESISTANCE ET UNE RESILIENCE AUX PROCESSUS NEURODEGENERATIFS

    Mais si les chercheurs ont constaté des différences notables dans le mode de vie et la personnalité des SuperAgers, "c’est vraiment ce que nous avons découvert dans leur cerveau qui a été si bouleversant pour nous", indique Weintraub.

    En effet, certains des cerveaux autopsiés contenaient des agrégats de protéines tau et amyloïdes, connues pour leur implication dans la progression des maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Cependant, d’autres n’en contenaient pas du tout.

    Les experts en ont déduit qu’il existe deux mécanismes par lesquels certaines personnes deviennent des SuperAgers.

    Le premier consiste en une résistance, notamment pour celles qui ne produisent pas du tout de protéines toxiques, tandis que le deuxième consiste en une résilience, où les personnes en produisent mais n’y sont pas affectées.

    Les chercheurs ont également constaté que les SuperAgers avaient globalement une structure cérébrale plus jeune. Contrairement aux cerveaux vieillissants normaux, leurs cerveaux ne présentent pas d’amincissement significatif du cortex, une région essentielle au traitement des informations liées à la prise de décision, aux émotions et à la motivation. Ils possèdent même un cortex cingulaire antérieur (impliqué dans la perception de la douleur, le traitement des récompenses, la surveillance des actions et la détection des erreurs) plus épais que ceux des jeunes adultes.

    Par ailleurs, leurs cerveaux présentaient des caractéristiques cellulaires uniques. Ils comportent plus de neurones de von Economo, des neurones spécialisés dans les comportements sociaux.

    Ils comportent également des neurones entorhinaux (essentiels à la mémorisation) plus volumineux que ceux de leurs pairs typiques. Les experts espèrent que ces données pourraient contribuer au développement de stratégies visant à promouvoir la résilience cognitive et à prévenir les maladies neurodégénératives.