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psychologie - Page 3

  • Les professionnels de la santé ...

    ne sont pas à l’abri des préjugés envers les personnes

    Nous avons tous des biais, qu’ils soient positifs ou négatifs, lorsque nous analysons les situations et les personnes qui nous entourent.

    Par exemple, on peut spontanément penser, à tort, qu’une personne qui parle avec un accent est moins compétente, que les garçons sont naturellement meilleurs en mathématiques, ou encore qu’une personne avec un handicap physique a forcément des difficultés intellectuelles et qu’elle ne peut donc pas occuper un poste à responsabilités.

    Qu’on le veuille ou non, ces biais psychologiques, aussi appelés attitudes, sont incrustés dans notre cerveau et influencent tant nos décisions que nos comportements au quotidien.

    Les cliniciens ne sont pas à l’abri d’attitudes défavorables, notamment à l’égard de leurs patients.

    Chercheur en neuropsychologie de la santé à l’Université d’Ottawa, je propose d’apporter un éclairage sur deux études que j’ai menées sur les attitudes envers les personnes en situation de handicap.

    Mes deux études se basent sur les données de participants répartis en trois grands groupes professionnels: les cliniciens (médecins, physiothérapeutes, ergothérapeutes, infirmiers), les assistants en réadaptation (notamment les aides-ergothérapeutes et aides-physiothérapeutes) et les personnes exerçant d’autres professions, pas forcément en relation avec la santé.

    Ces données ont été recueillies pendant 19 ans sur le site Implicit Project, qui offre à n’importe qui, n’importe où dans le monde, la possibilité de tester gratuitement et anonymement ses attitudes dans différents domaines, tels que l’origine ethnique, la religion, le poids, la sexualité et le handicap.

    PERSONNES HANDICAPEES OU PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP?

    Avant de présenter mes deux études plus en détail, je dois préciser que mon choix de mots pour parler du handicap n’est pas dû au hasard.

    L’expression "personne en situation de handicap" est parfois privilégiée, car elle met l’accent sur la personne plutôt que sur le handicap. À l’inverse, l’expression "personne handicapée" peut être perçue comme une réduction de la personne à son handicap.

    Cependant, des recherches récentes montrent que l’utilisation du terme "personne en situation de handicap" ne réduit pas toujours les préjugés, et pourrait même renforcer la distance ou la condescendance.

    De plus, imposer un seul type de langage pourrait occulter les préférences de chacun.

     

    L’Association américaine de psychologie conclut que les deux formulations sont légitimes, tant qu’elles sont utilisées avec bienveillance et qu’elles respectent les préférences des personnes concernées.

    ATTITUDES IMPLICITES ET ATTITUDES EXPLICITES

    La première étude, publiée dans Physiotherapy Canada, se base sur les données de plus de 660 000 participants.

    Elle a permis de caractériser l’évolution des attitudes envers deux types de handicaps: le handicap général, incluant la cécité par exemple (données récoltées de 2006 à 2021), et le handicap physique (données récoltées de 2022 à 2024).

    L’étude teste aussi deux types d’attitudes: les attitudes explicites, qui peuvent être formulées consciemment en répondant à des questionnaires (par exemple: " je préfère les personnes qui ne sont pas en situation de handicap aux personnes handicapées "), et les attitudes implicites (ou automatiques), qui sont souvent inconscientes.

    Le test d’association implicite, qui est notamment utilisé sur le site Implicit Project, permet d’évaluer ces attitudes implicites. Son fonctionnement est simple. Les participants doivent classer le plus rapidement possible et sans se tromper des mots et des images en associant, par exemple, des concepts de "bon" ou "mauvais" à des images illustrant le handicap ou l’absence de handicap.

    Il importe cependant de noter que ce test n’est pas sans limites. En effet, son association avec les comportements réels est faible, ce qui pousse certains chercheurs à recommander l’ajout de mesures physiologiques des attitudes, comme l’activité cérébrale, ainsi que d’entretiens qui permettent de mieux comprendre les perceptions et les expériences des individus.

    UN DISCOURS QUI EVOLUE, DES AUTOMATISMES QUI PERSISTENT

    Les résultats montrent que les attitudes explicites – soit celles qui sont déclarées par les participants – à l’égard des personnes handicapées sont devenues moins défavorables au fil des années.

    Cependant, les attitudes implicites (inconscientes) sont restées relativement stables et défavorables.

    En effet, pendant la période de l’étude, la population générale, incluant les cliniciens, semble avoir plus de difficulté à associer des images illustrant le handicap à des mots positifs qu’à des mots négatifs, en comparaison à des images illustrant l’absence de handicap.

    Ces attitudes défavorables sont particulièrement marquées lorsqu’il s’agit de handicap physique, tel que représenté par des personnes en fauteuil roulant ou des personnes qui utilisent des béquilles ou une canne.

    En comparaison, les attitudes semblaient légèrement moins négatives envers des formes de handicap plus générales, incluant par exemple des personnes aveugles et malvoyantes.

    LES PROFESSIONNELS DE LA SANTE PAS EPARGNES

    La seconde étude, publiée dans European Rehabilitation Journal, s’est concentrée sur les données des années 2022 à 2024 portant uniquement sur le handicap physique et incluant plus de 210 000 personnes.

    Les résultats renforcent l’idée d’une préférence implicite et explicite de l’ensemble de la population pour les personnes sans handicap, tout en montrant que les cliniciens ne sont pas mieux prédisposés que les autres professions.

    Il semble donc que la profession ait peu d’effets sur les attitudes envers les personnes handicapées.

    Cependant, d’autres facteurs ont émergé des analyses. D’une part, les hommes ont des attitudes plus défavorables envers les personnes handicapées que les femmes. D’autre part, les participants ayant une expérience personnelle du handicap, comme avoir des amis, des connaissances ou des membres de la famille handicapés, ou qui sont eux-mêmes handicapés, ont des attitudes plus favorables envers les personnes handicapées.

    UN IMPACT SUR LES SOINS DE SANTE?

    La présence et la stabilité d’attitudes implicites défavorables chez les cliniciens soulèvent des questions quant à leur possible impact sur les soins prodigués aux patients.

    En particulier, la première étude a montré que les attitudes étaient plus défavorables envers les personnes en situation de handicap physique qu’envers les personnes ayant d’autres types de handicaps, comme la cécité, potentiellement parce que ces derniers sont moins évidents.

    Est-ce que cette différence d’attitudes pourrait rendre leur prise en charge moins équitable? Ce n’est pas impossible. En effet, les attitudes, en plus de prédire les comportements futurs, influencent la prise de décision dans des contextes professionnels.

    Par exemple, un clinicien ayant un biais implicite défavorable pourrait, sans s’en rendre compte, consacrer moins de temps à un patient en fauteuil roulant, douter de sa capacité à suivre un traitement, ou encore orienter ce patient vers des options moins ambitieuses de réadaptation.

    De même, il pourrait accorder plus de crédibilité aux plaintes ou objectifs de santé d’un patient non handicapé qu’à ceux d’un patient ayant une limitation physique visible. Ces décisions, bien qu’anodines en apparence, peuvent en s’accumulant aboutir à des inégalités d’accès, de qualité ou d’expérience des soins.

    LE POIDS DU CAPACITISME

    Ces résultats illustrent la tendance de nos sociétés à considérer une personne handicapée comme intrinsèquement moins capable ou moins importante que les personnes qui ne sont pas en situation de handicap.

    Cette dévalorisation des personnes en situation de handicap s’appelle le " capacitisme ". Tout comme le racisme, le sexisme et l’âgisme, le capacitisme ostracise une partie de la société en réduisant, consciemment ou inconsciemment, leurs opportunités de participer à la vie de leurs collectivités.

    Historiquement, le handicap a longtemps été perçu comme une anomalie à corriger pour correspondre aux normes de la société.

    Si de nos jours, les modèles de référence ont dépassé cette vision réductrice du handicap, mes résultats suggèrent que le capacitisme continue d’imprégner notre société, de façon systémique et culturelle, influençant jusqu’à nos professionnels de la santé.

    COMMENT REDUIRE CES BIAIS?

    Même si nos attitudes déclarées envers les personnes en situation de handicap se sont améliorées au fil des années, nos préjugés inconscients persistent.

    Ce constat souligne l’importance de mettre en place des stratégies éducatives plus efficaces.

    Les interventions les plus prometteuses sont celles qui vont au-delà de la simple transmission d’informations en ajoutant des rencontres et des expériences, directes ou indirectes, avec des personnes handicapées. Cette exposition favorise l’empathie.

    Pour déconstruire les stéréotypes de façon durable, il faut multiplier ces occasions de côtoyer des personnes handicapées.

    Puisque les attitudes des praticiens de santé peuvent influencer les soins prodigués aux personnes en situation de handicap, intensifier les efforts pour améliorer ces attitudes devrait être une priorité des institutions de formation et des politiques de santé.

    À une époque où les idéaux d’équité sont à la fois en progrès et en danger, la lutte contre ces tendances psychologiques défavorables aux personnes handicapées est non seulement essentielle pour améliorer leurs soins, mais aussi une priorité éthique pour la société que nous voulons construire pour notre futur.

    Auteur: Matthieu P. Boisgontier - Professor, Faculty of Health Sciences, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

     

  • Où est passé le bonhomme de neige?

    La disparition de la neige, une perte culturelle

    La disparition de la neige n’est pas qu’une affaire de changement climatique. Elle constitue aussi une perte culturelle; en témoigne la figure récurrente du bonhomme de neige dans les industries culturelles. Avec la raréfaction de la neige, ce sont aussi des moments de transmission intergénérationnelle qui se perdent.

    Parmi l’ensemble des transformations liées aux changements climatiques, la disparition de la neige est probablement l’une des plus marquantes. C’est particulièrement le cas en Europe où année après année, on se désole de sa raréfaction et s’interroge sur le devenir des territoires qui en vivent.

    C’est que la neige n’est pas seulement une donnée climatique ou météorologique. Elle est aussi un patrimoine culturel constitutif de nos identités, de nos pratiques, et de notre histoire en partage.

    La disparition annoncée de cette texture si particulière bouleverse tout autant notre futur que nos souvenirs: perdre la neige, c’est aussi perdre un peu de notre culture.

    LA NEIGE FAÇONNE BIEN PLUS QUE NOS PAYSAGES

    Alain Corbin, pionnier de l’histoire des sensibilités, a montré dans ses travaux que le paysage et le climat sont également sujets à des appréciations esthétiques, culturelles, et donc chargées d’émotions et historiquement situés.

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  • Manque d’énergie après Noël?

    Votre cerveau revoit ses priorités

    Chaque année, le scénario se répète: une fois les repas de fête passés, l’énergie retombe brutalement.

    Difficulté à se motiver, fatigue persistante, envie de ne rien faire… Cette sensation de "flemme" post-fêtes n’est pas qu’une impression. Les neurosciences montrent qu’elle repose sur des mécanismes cérébraux précis, amplifiés par les excès, le manque de sommeil et la rupture de rythme.

    un éclairage scientifique sur ce phénomène largement partagé après les fêtes de fin d’année: Entre les fêtes, le cerveau en mode économie d’énergie

    Après une période intense, repas copieux, sollicitations sociales, couchers tardifs, le cerveau entre dans une phase de réajustement. Selon les neurosciences, chaque action repose sur un calcul inconscient entre l’effort à fournir et la récompense attendue. Or, après les fêtes, ce calcul devient défavorable: l’effort paraît plus coûteux, tandis que les bénéfices (retour au travail, sport, tâches du quotidien) semblent peu gratifiants.

    Le cerveau choisit alors la solution la plus économe: réduire l’engagement et favoriser le repos.

    POURQUOI LA MOTIVATION CHUTE BRUTALEMENT APRES LES REVEILLONS

     

    Gérard Derosière, chercheur en neurosciences à l’INSERM, explique que certaines régions cérébrales évaluent séparément l’anticipation de l’effort et celle de la récompense, avant d’intégrer ces informations. Après les fêtes, ce système d’arbitrage est perturbé:

    -la fatigue augmente la perception de l’effort;

    -la baisse de stimulation émotionnelle réduit la valeur des récompenses;

    -le retour à une routine stricte rend les bénéfices moins attractifs.

    Résultat: le cerveau conclut que "ça ne vaut pas le coup".

    UN EXEMPLE TRES CONCRET DU QUOTIDIEN

    Reprendre le sport début janvier? Objectivement bénéfique. Mais pour le cerveau, la récompense, "être en meilleure santé dans plusieurs semaines",  reste abstraite.

    À l’inverse, rester au chaud sur le canapé offre un bénéfice immédiat: confort et détente. Dans ce contexte, la flemme n’est pas un manque de volonté, mais une décision neurologique rationnelle.

    LA FLEMME POST-FETES N’EST PAS UNE PARESSE

    Les neurosciences sont claires: la flemme n’est pas un défaut moral. Elle reflète un déséquilibre temporaire du système de motivation. Ce phénomène est encore plus marqué chez certaines personnes, et peut devenir pathologique dans des troubles comme la dépression, la maladie de Parkinson ou certaines démences, où l’apathie touche jusqu’à 70% des patients, selon les pathologies.

    Pour sortir de cette inertie, les chercheurs recommandent de reprogrammer le cerveau avec des bénéfices immédiats. Plutôt que de viser des objectifs lointains (perdre du poids, être en forme), il est plus efficace de se concentrer sur ce que l’on ressent juste après l’effort: détente, satisfaction, meilleure humeur. Ce changement de perspective pourrait aussi inspirer de nouvelles approches thérapeutiques pour les troubles de la motivation.

    QUESTIONS FREQUENTES

    Pourquoi se sent-on vidé après les fêtes?

    Le manque de sommeil, les excès alimentaires et la surcharge sociale augmentent la fatigue cérébrale et réduisent la motivation.

    La flemme après Noël est-elle normale?

    Oui. Elle correspond à un mécanisme adaptatif du cerveau qui cherche à économiser l’énergie après une période intense.

    Comment retrouver de l’élan en janvier?

    En fractionnant les efforts et en privilégiant des récompenses immédiates plutôt que des objectifs abstraits.