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société - Page 20

  • Peut-on vraiment saturer la mémoire de son cerveau?

    Les neuroscientifiques répondent

    Avez-vous déjà eu l'impression que votre cerveau était "plein" après une longue journée d'apprentissage?

    Cette sensation de saturation mentale est courante, mais reflète-t-elle une limite réelle de notre capacité cérébrale?

    Les neuroscientifiques affirment que notre mémoire fonctionne différemment d'un disque dur d'ordinateur. Cherchons ensemble ce que la science nous révèle sur les capacités insoupçonnées de notre cerveau.

    Contrairement à nos appareils électroniques qui peuvent afficher un message d'erreur "mémoire pleine", notre cerveau semble posséder une capacité de stockage virtuellement illimitée. "Il n'existe pas de limite significative à la quantité d'informations que le cerveau peut stocker", explique Elizabeth Kensinger, professeure de psychologie et neurosciences au Boston College.

    Ce qui rend notre mémoire si puissante réside dans sa structure distribuée. Un souvenir n'est jamais stocké dans un seul neurone, mais plutôt réparti sur un réseau complexe de cellules cérébrales appelé "engramme".

    Ces groupes de neurones, dispersés dans différentes régions du cerveau, s'activent ensemble selon des schémas spécifiques pour former et rappeler nos souvenirs.

    Prenons l'exemple d'une fête d'anniversaire: les couleurs des décorations? le goût du gâteau, les voix des invités et les émotions ressenties sont traités par différentes zones cérébrales. Chaque élément active des régions sensorielles et émotionnelles distinctes qui, ensemble, créent ce souvenir particulier.

    Cette représentation distribuée offre deux avantages majeurs:

        Une capacité de stockage exponentielle grâce aux innombrables combinaisons de neurones.

        Une résilience face aux dommages cellulaires, un souvenir pouvant survivre même si certains neurones sont endommagés.

        La possibilité de créer des liens entre souvenirs similaires pour faciliter l'apprentissage.

        Une adaptation constante aux nouvelles informations sans  saturatio ".

    POURQUOI OUBLIONS-NOUS SI NOTRE CERVEAU A UNE CAPACITE ILLIMITEE?

    Si notre cerveau peut théoriquement tout stocker, pourquoi avons-nous tant de difficultés à nous souvenir de certaines informations? La réponse tient moins à un problème d'espace qu'à un processus de filtrage sophistiqué. Selon Paul Reber, professeur de neurosciences à l'Université Northwestern, "le processus de stockage constitue le véritable goulot d'étranglement, et non la quantité totale d'espace disponible".

    Notre système de mémoire fonctionne beaucoup plus lentement que le rythme auquel nous recevons des informations. D'après les experts, nous ne mémorisons qu'environ 10% des événements, expériences et rencontres que nous vivons. Cette limitation n'est pas due à un manque d'espace, mais plutôt à la vitessevitesse à laquelle notre cerveau peut transformer les expériences éphémères en souvenirs durables, un processus appelé "consolidation".

    Notre capacité d'attention, limitée par nature, joue également un rôle crucial. Sans attention consciente portée à une information, celle-ci a peu de chances d'être correctement encodée dans notre mémoire à long terme, indépendamment de l'espace disponible.

    L'EVOLUTION A FAÇONNE UNE MEMOIRE SELECTIVE, PAS EXHAUSTIVE

    La mémoire humaine n'a pas évolué pour une reproduction parfaite de notre vécu. Comme le souligne Lila Davachi, professeure de psychologie et neurosciences à l'Université Columbia "le système mnésique est conçu pour encoder uniquement ce qui est adaptatif et nécessaire". Notre cerveau priorise naturellement les informations utiles à notre survie et notre adaptation.

    Cette sélectivité explique pourquoi nous mémorisons facilement ce qui est émotionnellement marquant, utile pour l'avenir, ou suffisamment répété. Les événements ordinaires et routiniers, quant à eux, sont souvent condensés en schémas généraux plutôt que stockés individuellement.

    Prenez votre trajet quotidien vers le travail: vous ne vous souvenez probablement pas de chaque voyage, mais plutôt d'une impression générale. Seuls les trajets particuliers, comme celui où vous avez évité de justesse un accident, resteront distincts dans votre mémoire. Cette économie cognitive permet à notre cerveau de rester efficace sans s'encombrer de détails superflus.

    LE POTENTIEL INEXPLOITE DE NOTRE CERVEAU

    Loin d'être un système de stockage statique, notre mémoire est un processus dynamique en perpétuelle réorganisation. Elle restructure constamment les informations pour nous aider à prédire l'avenir et à nous adapter à notre environnement. Cette plasticité remarquable explique pourquoi nous pouvons continuer à apprendre tout au long de notre vie.

    La prochaine fois que vous oublierez où vous avez posé vos clés, rappelez-vous que ce n'est pas parce que votre cerveau est "plein", mais plutôt parce qu'il était occupé à traiter des informations jugées plus importantes. Notre mémoire, avec sa capacité pratiquement illimitée, reste l'un des systèmes les plus sophistiqués et mystérieux que nous connaissions.

    Trusmysciences

     

  • Pourquoi y-a-t-il des odeurs chez les gens

    que l'on aime et d'autres que l'on n'aime pas?

    La question cache l'un des mystères les plus fascinants de notre cerveau. Hirac Gurden, chercheur en neurosciences au CNRS spécialisé dans l'odorat, révèle que cette alchimie olfactive se joue dès la naissance.

    Hirac Gurden, directeur de recherche en neurosciences au CNRS, spécialiste de l'étude des sens et particulièrement de l'odorat

    "Généralement, quand on est enfant, on aime les odeurs des corps que l'on connaît bien depuis que l'on est tout bébé.

    Et comme notre sens de l'odorat est très important pour notre vie, on va retenir très fortement les parfums de nos parents et de nos grands-parents", explique Hirac Gurden, directeur de recherches en neurosciences au CNRS, spécialisé dans l'odorat .

    Ces parfums familiaux s'ancrent profondément dans notre mémoire et deviennent "des souvenirs agréables les plus forts de notre vie", capables de ressurgir intact des décennies plus tard.

     

  • Pour élever nos enfants, libérons-nous des "experts" en éducation

    L'éducation positive qui transparait à toutes les lignes de la documentation à destination des crèches n'est pas une lubie de quelques professionnels égarés. C'est le visage même d'une société égarée qui a banni la transmission, la responsabilité, l'exigence et le courage.

    Par Eve Vaguerlant

    Le nouveau guide de la petite enfance qui édicte les règles à suivre pour l’accueil dans les crèches et chez les assistantes maternelles a récemment fait débat. Il a notamment été dénoncé par un collectif composé entre autres de la psychologue Caroline Goldman et du pédopsychiatre Maurice Berger. Ce collectif signale des dispositions  "dangereuses", inspirées directement de l’ éducation positive", préconisant par exemple de ne pas demander à un enfant en colère de se calmer, de ne pas régler les conflits de manière punitive, ni d’adresser de reproches à l’enfant qui initie le conflit. Au sujet de la pudeur, il serait encore conseillé de ne pas interdire à l’enfant de se toucher et d’éviter toute remarque culpabilisante vis-à-vis de son activité masturbatoire.

    On reconnaît bien ici la tendance qui prédomine dans la vision éducative depuis plusieurs décennies et qui stigmatise tout exercice de l’autorité ainsi que toute forme de contrainte imposée à l’enfant; on la retrouve dans le système scolaire à travers l’impératif de "bienveillance".

    Dans un article du Figaro, la journaliste Madeleine Meteyer précise qu’il s’agirait de la première fois que le comité scientifique chargé par le ministère public de ces questions est uniquement composé de tenants de l’idéologie de l’éducation positive. Auparavant, ces derniers devaient accepter le débat avec les tenants de la psychanalyse, porteurs d’une vision bien plus pessimiste de l’être humain, convaincus de l’existence d’une forme d’agressivité dès la naissance, le dogme freudien faisant de l’enfant un "pervers" en puissance et non un petit être innocent.

    A contrario, les défenseurs de l’éducation positive sont les héritiers d’une vision rousseauiste, dégradée sous la forme d’un angélisme qui considère que toutes les passions sont bonnes à exprimer, qu’il faut laisser les enfants donner libre cours à leurs impulsions, et que rien ne doit venir entraver la spontanéité de leurs actions.

    Le débat sur l’éducation apparaît ainsi comme confisqué par deux formes de modernisme aussi néfastes l’une que l’autre sans doute, à l’instar de ce que Philippe Muray décrivait dans Moderne contre moderne. Sommes-nous condamnés, pour élever nos enfants, à nous remettre entre les mains de scrutateurs de l’inconscient qui, à la première difficulté survenant dans notre rapport à nos enfants, nous renverront à l’univers pulsionnel d’une sexualité mal assumée, ou bien encore à nous soumettre aux impératifs non moins dogmatiques de l’éducation "positive" – comme s’il y avait une "éducation négative", à savoir la conception traditionnelle de l’éducation?

    LE POIDS DE LA DECISION CREE CHEZ LES PARENTS UNE ANGOISSE EDUCATIVE

    À cela, il nous semble qu’il vaudrait infiniment mieux assumer par nous-mêmes l’éducation de nos enfants en nous en remettant aux recettes familiales tirées de l’expérience commune et à notre propre bon sens. Cette solution, qui paraît évidente, est cependant loin d’être aussi simple à adopter de nos jours. À l’heure où l’enfant n’est plus un événement qui arrive mais relève du choix que l’on planifie, le poids de la décision crée chez les parents une angoisse éducative ainsi qu’une peur de l’échec dans leur " projet de parentalité ", de surcroît chez des générations peu enclines à assumer une responsabilité et une autorité. À cela s’ajoute encore un mode de vie plus individualiste et un isolement familial grandissant, qui font que l’on bénéficie moins de l’expérience des autres et que la présence des enfants se fait de plus en plus rare dans nos existences.

    D’où le réflexe, bien décrit par Christopher Lasch dans La Culture du narcissisme, de déléguer la responsabilité éducative à ce que l’auteur nomme les "experts", en particulier les psychologues auxquels on confie désormais les enfants dès le plus jeune âge. C’est ce que Lasch nomme "le passage de l’autorité traditionnelle au contrôle thérapeutique". L’individu se déresponsabilise en se livrant à des experts médicaux, mais en retour, il aliène une grande part de sa liberté et se soumet à une forme de contrôle grandissant. Aujourd’hui, combien de parents se précipitent chez le psy au moindre trouble chez leur enfant, au lieu de tenter de lui apporter des réponses eux-mêmes? À titre personnel, on se souvient ainsi du cas d’une collègue qui avait immédiatement emmené son enfant chez le psychologue parce que celui-ci lui avait posé une question sur la mort…

    UNE EPOQUE DE VIDE MORAL ET SPIRITUEL ET DE REFUS DE LA TRANSMISSION

    Ce dernier cas met encore en évidence le fait que, pour élever des enfants, il faut être soi-même porteur d’un minimum de valeurs morales et spirituelles que l’on souhaite transmettre; mais nous sommes malheureusement dans une époque de vide moral et spirituel et de refus de la transmission.

    Une fois de plus, le parallèle avec le système éducatif est pertinent; on y constate un même refus de la transmission des savoirs, ainsi qu’une tendance à médicaliser toutes les carences éducatives en recourant à des étiquettes telles que: dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, etc. L’Éducation nationale, au lieu d’assumer ses erreurs, renvoie les enfants vers les orthophonistes, ergothérapeutes et autres spécialistes.

    Le plus tragique est qu’en se déresponsabilisant, les adultes, parents comme équipes éducatives, font de l’enfant lui-même la source du problème, et non leurs propres manquements ou erreurs: " Si l’enfant refuse de manger […], écrit encore Lasch, ils font appel à l’autorité médicale. S’il est indiscipliné, ils demandent à un psychiatre de l’aider à résoudre ses "problèmes".

    De cette façon, les parents se débarrassent de ce qui est leur propre problème – l’insubordination – pour en faire celui de l’enfant".

    Dans une récente interview, Fabrice Hadjadj, écrivain converti au catholicisme et père de dix enfants, affirmait que "le père laxiste d’aujourd’hui, avec sa négligence plus ou moins chaleureuse, crée des pervers narcissiques".

    Parce qu’on a ringardisé la notion d’autorité parentale, beaucoup de parents d’aujourd’hui croient bien faire en mettant leur enfant au centre de toutes leurs attentions, mais aussi de toutes leurs angoisses, et en cherchant constamment à le "valoriser" et à lui "donner confiance" en ne lui faisant aucun reproche. Ils créent en réalité des individus au moi fragile et narcissique, peu armés face aux épreuves de la vie et incapables de supporter la moindre remarque constructive. L’absence de cadre et d’autorité les laisse dans une forme d’insécurité affective permanente.

    À nous alors d’assumer nos responsabilités, avec la part de risques que cela comporte, en particulier celui que notre tâche éducative ne nous renvoie pas dans l’immédiat une image positive de nous-mêmes, par exemple lorsque nous devrons exercer notre autorité et passer pour le "méchant", quand certains voudraient être le copain de leur enfant. Il y a de fortes chances pour qu’à terme, nous les aidions par là à se construire vraiment, tout en nouant avec eux un lien profond, celui qui unit les générations se laissant guider, non pas par "le néant de leur pensée" comme l’écrivait saint Paul, mais par une même quête de sens.