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Psychologie - Page 14

  • Quand la beauté dialogue avec le cerveau

    Par Nishka Mohitram

    On attend généralement avec impatience ce moment que l'on consacre aux soins de la peau que ce soit chez l'esthéticienne ou à la maison. Derrière ce simple rituel se cache une science de plus en plus explorée: la neurocosmétique. Ce courant, à la croisée de la beauté et des neurosciences, repose sur une idée intrigante: et si prendre soin de sa peau, c'était aussi prendre soin de son mental?

    Née il y a une dizaine d'années mais aujourd'hui en pleine ascension, la neurocosmétique s'appuie sur ce que les chercheurs appellent le brain-skin axis. La peau et le cerveau, deux organes formés à partir des mêmes cellules dans le ventre maternel, sont intimement liés. Comme l'explique le Dr Newaj Rakesh, dermatologue, "Le cerveau et la peau se développent à partir de cellules similaires lorsque notre corps se forme dans le ventre maternel. C'est la raison pour laquelle il existe un lien direct entre le cerveau et la peau."

    En clair, le stress et l'anxiété peuvent déclencher ou aggraver des affections cutanées comme l'acné, le psoriasis ou le vitiligo. À l'inverse, vivre avec une maladie de peau lourde peut générer un stress intense. Ce cercle vicieux est bien connu des médecins, et le Dr Rakesh va même plus loin. "C'est bien connu également que le stress accélère le vieillissement cutané, faisant apparaître des rides et favorisant la chute des cheveux", rappelle le Dr Newaj.

    C'est dans cette logique qu'intervient la neurocosmétique. Elle propose d'agir sur ce dialogue peau-cerveau en développant des soins, qui cherchent à améliorer non seulement l'apparence, mais aussi l'humeur et le bien-être. "La neurocosmétique est un domaine qui utilise les neurosciences, la psychologie et la cosmétique pour développer des produits qui ciblent la voie de l'axe cerveau-peau", précise le dermatologue.

    Les formulations misent sur des ingrédients capables de procurer une expérience sensorielle et émotionnelle positive: lavande ou camomille pour apaiser, biotine et kératine pour renforcer les cheveux, peptides pour calmer les inflammations ou encore la mélatonine, antioxydant puissant, qui soutient aussi le sommeil.

    Certains traitements médicaux viennent appuyer ce lien entre apparence et santé mentale. "L'utilisation de la toxine botulinique dans la région du front peut améliorer la dépression et peut également réduire certains types de maux de tête", note le Dr Newaj, rappelant que l'effet d'un geste esthétique peut dépasser largement la seule question de l'image.

    Mais la neuro-cosmétique n'est pas une baguette magique. Pour protéger sa peau du stress du quotidien, le dermatologue insiste sur les fondamentaux: une protection solaire rigoureuse, une routine simple, qui respecte le microbiote cutané, une hydratation suffisante et une alimentation riche en fruits et légumes.

    "La meilleure approche consiste à utiliser le moins de produits possibles pour mettre en valeur votre peau. Des savons doux, une crème hydratante et une protection solaire suffisent souvent pour les soins quotidiens." Et surtout, ne pas négliger le sommeil et les techniques de relaxation comme la respiration profonde, qui aident autant l'esprit que la peau.

    La neuro-cosmétique séduit parce qu'elle s'inscrit dans une époque où la santé mentale est au centre des conversations et où le soin de soi ne se limite plus à une question esthétique. Mais il convient de garder un regard critique: la frontière entre innovation scientifique et argument marketing reste fragile. Pour le Dr Newaj, si les bienfaits existent bel et bien, ils ne remplacent pas une hygiène de vie saine ni une prise en charge médicale appropriée.

    Donc oui, tout revient aux gestes simples et aux soins de base, à une bonne alimentation et à une hygiène de vie équilibrée. Cependant l'essor de la neuro-cosmétique nous montre ce tournant, ce moment de transformation dans l'univers de la beauté, où l'accent sur le bien-être émotionnel et la santé de la peau n'a jamais été aussi fort. Cette tendance ouvre la voie vers un futur où nos routines de soin ne se limiteront plus à embellir l'extérieur mais contribueront aussi à nourrir le bien-être intérieur.

  • Nous voyons les couleurs de la même façon,

    prouvent (enfin) des chercheurs

    Des spécialistes en neurosciences viennent de démontrer que la perception des couleurs est sensiblement la même entre deux individus. Et ce, en s’appuyant sur des images du cerveau obtenues par IRM.

    “Est-ce que la couleur que tu vois est la même que celle que je vois? ” interroge la revue Nature. Qui rappelle que “cette question tourmente philosophes et chercheurs en neurosciences depuis des décennies, et qu’il est notoirement difficile d’y répondre”. C’est dire si la réponse, qui fait l’objet d’un article scientifique paru dans The Journal of Neuroscience, était attendue. The New York Times la résume ainsi: “l’expérience des couleurs est tout à fait similaire d’un individu à un autre, tout au moins pour ceux qui voient normalement les couleurs”.

    Pour le prouver, Michael Bannert et Andreas Bartels, qui travaillent à l’université de Tübingen et au Max Planck Institute, en Allemagne, ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique (IRM). De fait, “il est possible de déduire ce que vous voyez juste en regardant une image obtenue par IRM sur laquelle des régions cérébrales activées s’illuminent”, indique The New York Times.

    DES NEURONES QUI S’ACTIVENT SELON LA COULEUR OBSERVEE

    Dans un premier temps, les chercheurs ont compilé les images cérébrales de quarante-cinq individus qui regardaient différentes couleurs, ce qui leur a permis de créer une carte de l’activité cérébrale des zones activées en fonction des teintes observées. “Ils ont découvert que les différentes couleurs étaient traitées par des zones cérébrales très légèrement différentes dans la même région du cortex visuel, et que cela se vérifie d’un individu à un autre”, explique Nature. Certains neurones répondent mieux à certaines couleurs.

    Puis, les neurobiologistes ont procédé à une vérification: pouvaient-ils déterminer la couleur que voyait une personne appartenant à un deuxième groupe de quinze participants rien qu’en analysant son image cérébrale? Dans la majorité des cas, la réponse était positive.

    Interrogée par Nature, Jenny Bosten, spécialiste de la vision des couleurs à l’Université britannique du Sussex, se dit surprise par le fait que certains neurones du cortex visuel sont spécialisés pour telle ou telle couleur, ce qui constitue une découverte.

  • Et si s’ennuyer un peu était bon pour le cerveau?

    Ce qu’en disent les neuroscientifiques

    L'ennui agirait comme un mécanisme naturel d’adaptation et de réinitialisation du système nerveux.

    Souvent perçu comme un état contre-productif, l’ennui pourrait en réalité s’avérer bénéfique pour le cerveau, selon les neuroscientifiques. À petites doses, il jouerait un rôle d’adaptation naturelle, permettant au système nerveux sympathique de se réinitialiser et de mieux résister à l’anxiété. Cela met en lumière une façon naturelle de tirer parti des courts moments d’inactivité, dans un monde soumis à un rythme de plus en plus soutenu.

    Nous faisons généralement l’expérience de l’ennui à travers une soudaine perte d’intérêt ou de concentration pour une activité en cours. Ce désengagement rend plus difficile le maintien de l’attention. D’un point de vue neurobiologique, cet état se traduit par l’activation de régions cérébrales spécifiques.

    Lorsque l’attention demeure pleinement mobilisée, le réseau cérébral chargé de la concentration sélectionne les stimuli les plus pertinents et filtre ceux qui pourraient nous distraire. En revanche, si l’activité suscite peu d’intérêt, l’activation de ce réseau diminue à mesure que l’attention faiblit. Parallèlement, l’activité du réseau fronto-pariétal, impliqué dans le contrôle exécutif, tend elle aussi à décroître.

    Cette baisse d’attention favorise alors l’activation du réseau du mode par défaut. Celui-ci détourne l’attention des stimuli extérieurs pour la tourner vers l’activité mentale interne, c’est-à-dire vers l’introspection. Cela implique la synchronisation de plusieurs régions cérébrales clés, dont l’insula, impliquée dans le traitement sensoriel et émotionnel. L’amygdale, structure impliquée dans la formation des souvenirs émotionnels, est également sollicitée lors de ces phases d’ennui, notamment pour gérer les émotions négatives qui peuvent en découler.

    Cet état est encore largement considéré comme négatif. « Généralement défini comme une difficulté à maintenir son attention ou son intérêt dans une activité en cours, l’ennui est généralement considéré comme un état négatif que nous devrions essayer d’éviter ou de nous empêcher de vivre », écrivent Michelle Kennedy, chercheuse en santé mentale des jeunes, et Daniel Hermens, professeur de santé mentale et de neurobiologie de l’adolescence à l’Université de la Sunshine Coast, en Australie, dans un article publié sur The Conversation.

    Dès lors, nous cherchons instinctivement à échapper à l’ennui. Le cortex préfrontal médian ventral s’active pour inciter à rechercher des sources de stimulation plus attrayantes. Pourtant, loin d’être nuisible ou stérile, l’ennui pourrait, selon Kennedy et Hermens, procurer des effets bénéfiques inattendus si nous apprenions à l’accepter.

    UN MOYEN SIMPLE ET NATUREL DE REINITIALISER LE SYSTEME NERVEUX

    Notre mode de vie contemporain nous soumet à une exposition quasi constante au stress, du fait du flux ininterrompu d’informations à assimiler. Pour y faire face, beaucoup adoptent un rythme effréné, ne s’accordant que de brèves pauses. Or, ces rares moments de répit sont souvent consacrés à l’organisation des tâches futures ou à des activités tout aussi stimulantes, perçues à tort comme reposantes. Selon les chercheurs, "les adultes donnent involontairement aux jeunes générations l’exemple de la nécessité d’être constamment connectés".

    Cette hyperstimulation n’est pas sans conséquences. En effet, le cerveau reste sous tension en raison de l’activité prolongée du système nerveux sympathique, impliqué dans la réponse de « lutte ou fuite » face au stress. Sollicité sans relâche pour gérer plusieurs tâches à la fois, ce système finit par s’user, provoquant ce que l’on nomme une "surcharge allostatique" — un état d’usure physiologique causé par une exposition prolongée au stress.

    Kennedy et Hermens estiment que l’ennui pourrait offrir un moyen simple et naturel de réinitialiser ce système nerveux. Une hypothèse qui fait écho à une étude précédente, laquelle suggère que l’ennui constitue une expérience émotionnelle distincte de l’apathie, de l’anhédonie ou de la dépression, auxquelles il est trop souvent assimilé. Cela suggère que l’ennui remplit un rôle plus subtil qu’on ne le croyait.

    "À petites doses, l’ennui est le contrepoids nécessaire au monde surstimulé dans lequel nous vivons. Il peut avoir des bienfaits uniques pour notre système nerveux et notre santé mentale", précisent les deux chercheurs.

    "À l’inverse, de longues périodes d’ennui, accompagnées d’une activité accrue du réseau en mode par défaut, peuvent être associées à la dépression", ajoutent-ils.

    Selon eux, s’autoriser de courts instants d’ennui contribuerait à rééquilibrer le système nerveux et à prévenir l’apparition de troubles anxieux. L’ennui favoriserait également la créativité, en libérant de nouveaux flux de pensée, ainsi que l’indépendance de pensée, en incitant à explorer d’autres centres d’intérêt.

    Il aurait également des effets positifs sur l’estime de soi et la régulation émotionnelle, en encourageant l’introspection. À ce titre, les experts recommandent de s’accorder des périodes sans écran, afin d’échapper à la boucle de gratification instantanée qui peut conduire à une dépendance aux appareils numériques.

    "Nous sommes constamment ‘connectés’, cherchant à planifier chaque instant. Mais ce faisant, nous privons potentiellement notre cerveau et notre corps du temps de repos dont ils ont besoin pour se ressourcer", concluent les chercheurs.

    "Nous devons profiter de la pause [que nous procurent les moments d’ennui]", insistent-ils.