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Savoir - Page 5

  • Maintenir une bonne santé cognitive à tout âge, c’est possible

    Vieillir tout en restant mentalement alerte, est-ce un objectif atteignable ou une utopie ?

    C’est tout à fait possible, à condition de cultiver des habitudes bénéfiques pour le fonctionnement cérébral tout au long de la vie.

    Chercheur en neurosciences cognitives et en neuropsychologie du vieillissement, je propose d’apporter un éclairage sur la possibilité de maintenir une bonne santé cognitive en vieillissant, à la lumière des avancées scientifiques récentes.

    Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.

    L’IMPORTANCE DE LA RESERVE COGNITIVE

    Parmi les stratégies les plus efficaces identifiées par la recherche, le développement et le maintien d’une bonne réserve cognitive se démarquent.

    La réserve cognitive désigne la capacité du cerveau à résister aux effets du vieillissement ou des maladies neurodégénératives, sans qu’ils ne se traduisent par un déclin fonctionnel marqué. Ce concept est désormais central dans les approches de prévention du déclin cognitif.

    Dans son rapport mis à jour en 2024, la commission permanente de la revue scientifique The Lancet sur la prévention, l’intervention et les soins liés à la démence a mis en évidence qu’environ 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur 14 facteurs de risque modifiables.

    Ces facteurs incluent notamment l’inactivité physique, la dépression et l’isolement social.

    Mais l’un des facteurs les plus précoces et les plus significatifs est le faible niveau d’éducation.

    AU-DELA DE L’ÉDUCATION

    L’éducation a longtemps été considérée comme le principal indicateur de la réserve cognitive. Elle reflète une exposition prolongée à des activités intellectuellement stimulantes qui favorisent le développement de réseaux cérébraux efficaces.

    Toutefois, cette vision s’avère aujourd’hui partielle. En effet, la réserve cognitive n’est pas figée à l’enfance ni à l’âge adulte : elle peut se construire, se maintenir et même s’amplifier tout au long de la vie grâce à des expériences variées comme l’apprentissage, les interactions sociales riches et les loisirs cognitivement stimulants. On peut par exemple penser à la pratique d’un instrument de musique, la réalisation de jeux de société complexes comme les échecs, ou encore la participation à des activités bénévoles qui nécessitent des notions de planification et de résolution de problèmes.

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  • Sommeil: comment la caféine trompe notre cerveau

    Auteur: Armelle Rancillac - Neurobiologiste - Collège de France, Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CIRB) UMR 7241 – U1050, Inserm

    The Conversation - CC BY ND

    Revenons sur les effets de la caféine, à l’occasion de la 25e Journée du sommeil, organisée par l’Institut national du sommeil et de la vigilance: comment nous empêche-t-elle de dormir? Pourquoi n’a-t-elle pas les mêmes effets sur tout le monde? Au-delà de ses effets stimulants, a-t-elle des bienfaits? Qu’est-ce que la "sieste café"?

    La caféine est le stimulant le plus consommé au monde. Naturellement présente dans certaines plantes, des grains de café aux fèves de cacao en passant par les feuilles de thé, les noix de cola ou les baies de guarana, où elle joue le rôle d’insecticide naturel, cette molécule est aujourd’hui ajoutée dans de nombreux aliments, dans les boissons énergisantes, dans divers compléments alimentaires, ainsi que dans plusieurs médicaments.

    Ses effets sur le sommeil sont bien connus, mais à quoi sont-ils dus? Et pourquoi vaut-il mieux éviter de consommer de la caféine trop tard dans la journée, même si l’on y est peu sensible? Voici les réponses.

    CONSOMMATION D’ÉNERGIE ET PRESSION DE SOMMEIL

    Pour comprendre comment fonctionne la caféine, il faut tout d’abord s’attarder sur la façon dont nos cellules se procurent leur énergie, et sur les raisons pour lesquelles nous nous sentons fatigués.

    Tout comme un moteur à explosion requiert de l’essence ou du gazole pour fonctionner, nos cellules utilisent un carburant pour obtenir leur énergie: la molécule d’adénosine tri-phosphate, ou ATP.

    Son clivage (coupure) dégage une grande quantité d’énergie et aboutit à l’accumulation dans notre organisme d’un produit de dégradation, l’adénosine. Plus longtemps nous restons éveillés, plus l’adénosine s’accumule.

    Dans le cerveau, cette accumulation a des conséquences particulières. En effet, l’augmentation des quantités d’adénosine inhiberait peu à peu le fonctionnement cérébral en renforçant la "pression de sommeil", autrement dit le besoin de dormir.

    Ainsi, plus nus passons du temps éveillé, plus la fatigue s’accumule, à mesure que croissent les quantités d’adénosine. Celle-ci ensuite éliminée lorsque nous dormirons. En conjonction avec d’autres facteurs, notamment l’action d’hormones qui synchronisent notre rythme sur l’alternance jour-nuit, cette molécule joue donc un rôle important dans le sommeil. Or, la caféine interfère avec son action. Mais comment?

    LA CAFEINE TROMPE NOTRE CORPS

    Il faut savoir que les cellules de notre corps détectent la quantité d’adénosine grâce à des récepteurs présents à leur surface. On peut voir ces structures comme des sortes de "socles" faits de protéines, sur lesquels s’arriment les molécules d’adénosine.

    Schéma du mode d’action de la caféine dans le cerveau.

    L’adénosine agit sur les neurones promoteurs du sommeil situés dans le noyau ventrolatéral préoptique (VLPO), une région du cerveau cruciale pour la régulation du sommeil lent. Ses effets se font sentir de deux façons: elle stimule directement ces neurones, en se fixant sur les récepteurs A2A qu’ils expriment, et elle empêche également leur inhibition par d’autres neurones (interneurones), en se fixant sur les récepteurs portés par ces derniers (récepteurs A1). La caféine bloque l’accès à ces deux types de récepteurs en s’y installant à la place de l’adénosine. Ces derniers n’étant plus accessibles, les neurones promoteurs du sommeil ne sont plus stimulés correctement. Le blocage du récepteur A2A serait toutefois le plus déterminant dans l’effet de la caféine. Armelle Rancillac, Fourni par l'auteur

    Au cours de mes recherches, j’ai pu montrer non seulement que, dans le cerveau, la fixation de l’adénosine sur certains de ces récepteurs stimule des neurones promoteurs du sommeil, mais aussi qu’elle inhibe d’autres neurones, chargés, eux, d’empêcher les neurones promoteurs du sommeil de fonctionner.

    Or, après ingestion, la caféine atteint rapidement le cerveau et s’installe sur les récepteurs voués à l’adénosine, empêchant cette dernière de les atteindre. Conséquence: l’activation des neurones promoteurs du sommeil diminue, et les mécanismes d’endormissement qui passent par l’adénosine se retrouvent en partie bloqués.

    Concrètement, la caféine trompe notre corps en lui donnant l’impression qu’il a moins besoin de dormir. C’est la raison pour laquelle sa consommation augmente la latence d’endormissement. Elle réduit aussi l’efficacité du sommeil lent profond ainsi que la durée du sommeil paradoxal. Ce faisant, elle diminue donc le temps total du sommeil, particulièrement en période de dette de sommeil, qu’elle peut accentuer.

    UNE TRÈS LONGUE DURÉE D’ACTION

    Résumons: après avoir pénétré dans notre système digestif, la caféine passe dans notre sang, puis elle circule dans notre corps jusqu’à atteindre le cerveau, où elle se fixe sur des récepteurs à adénosine, empêchant cette dernière d’agir.

    Les effets de la caféine se font sentir rapidement. En dix minutes seulement, elle commence à augmenter notre vigilance et améliore nos fonctions cognitives, en renforçant nos capacités de mémorisation et de concentration. Dans notre sang, le "pic de caféine", autrement dit sa concentration maximale, est atteint en moins d’une heure.

    En revanche, s’en débarrasser prend beaucoup plus de temps. Il faut en effet attendre presque quatre heures pour que la moitié de la quantité de caféine présente dans notre corps soit éliminée. Et jusqu’à plus de quinze heures pour qu’elle soit totalement dégradée! Sa durée d’action est donc très longue.

    UN CAFE DE TEMPS EN TEMPS, OU REGULIEREMENT?

    Mais attention, une consommation régulière de caféine va induire une adaptation de l’organisme. En bloquant l’action de l’adénosine, la caféine réduit la sensibilité des cellules à ce neuromodulateur. Pour compenser, celles-ci augmentent le nombre de leurs récepteurs à l’adénosine et les rendent plus efficaces dans leurs réponses, ce qui conduit à une diminution progressive des effets stimulants de la caféine.

    On appelle ce phénomène la tolérance. Chez la souris, il a été démontré que la consommation régulière de café accroît donc la pression de sommeil pour compenser les effets de la caféine.

    C’est pourquoi l’arrêt brutal de la consommation de caféine peut entraîner des symptômes de sevrage: maux de tête, fatigue, irritabilité et baisse de la concentration, qui sont les symptômes d’une dépendance physiologique.

    LA CAFEINE N’A PAS EXACTEMENT LES MEMES EFFETS CHEZ TOUT LE MONDE

    Soulignons que, face à la caféine, nous ne sommes pas tous égaux, pour plusieurs raisons: nous ne dégradons pas tous cette molécule à la même vitesse, et la densité de récepteurs à adénosine présente sur nos cellules peut également varier d’une personne à l’autre, ce qui peut influer sur les effets de la caféine.

    Ces derniers varient selon le patrimoine génétique, l’état de santé ou encore le mode de vie. La consommation de tabac ou d’alcool peut en renforcer l’effet stimulant, tout comme la prise de certains médicaments. Certaines maladies peuvent aussi ralentir sa métabolisation et majorer ses effets indésirables.

    Quoi qu’il en soit, même si l’on n’a pas de difficulté à s’endormir après avoir bu tardivement une tasse de café, il ne faut pas croire que ce geste est sans conséquence. En effet, la qualité du sommeil sera moins bonne et sa durée, plus courte…

    Au-delà des effets sur le sommeil

    Il ne faut pas pour autant bannir complétement la caféine de notre alimentation. En effet, diverses études scientifiques ont établi un lien entre consommation de caféine et des effets protecteurs contre la maladie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer par exemple. D’autres travaux ont mis en évidence des effets sur les maux de tête, ou même sur l’asthme: en resserrant les vaisseaux sanguins, la caféine agirait comme un bronchodilatateur du système pulmonaire. Enfin, la consommation modérée de caféine serait associée à une diminution du risque cardiovasculaire.

    Gare aux excès, toutefois: la caféine, en faisant augmenter la pression artérielle, peut conduire à la tachycardie. Une évaluation des risques menée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2015 concluait qu’à l’exception des femmes enceintes, les adultes en bonne santé pouvaient consommer quotidiennement jusqu’à 400 mg de caféine (soit environ 5,7 mg/kg), ce qui représente 4 tasses et demi de 200 ml de café filtre au cours de la journée. En faisant bien évidemment attention à l’heure…

     

  • Les professionnels de la santé ...

    ne sont pas à l’abri des préjugés envers les personnes

    Nous avons tous des biais, qu’ils soient positifs ou négatifs, lorsque nous analysons les situations et les personnes qui nous entourent.

    Par exemple, on peut spontanément penser, à tort, qu’une personne qui parle avec un accent est moins compétente, que les garçons sont naturellement meilleurs en mathématiques, ou encore qu’une personne avec un handicap physique a forcément des difficultés intellectuelles et qu’elle ne peut donc pas occuper un poste à responsabilités.

    Qu’on le veuille ou non, ces biais psychologiques, aussi appelés attitudes, sont incrustés dans notre cerveau et influencent tant nos décisions que nos comportements au quotidien.

    Les cliniciens ne sont pas à l’abri d’attitudes défavorables, notamment à l’égard de leurs patients.

    Chercheur en neuropsychologie de la santé à l’Université d’Ottawa, je propose d’apporter un éclairage sur deux études que j’ai menées sur les attitudes envers les personnes en situation de handicap.

    Mes deux études se basent sur les données de participants répartis en trois grands groupes professionnels: les cliniciens (médecins, physiothérapeutes, ergothérapeutes, infirmiers), les assistants en réadaptation (notamment les aides-ergothérapeutes et aides-physiothérapeutes) et les personnes exerçant d’autres professions, pas forcément en relation avec la santé.

    Ces données ont été recueillies pendant 19 ans sur le site Implicit Project, qui offre à n’importe qui, n’importe où dans le monde, la possibilité de tester gratuitement et anonymement ses attitudes dans différents domaines, tels que l’origine ethnique, la religion, le poids, la sexualité et le handicap.

    PERSONNES HANDICAPEES OU PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP?

    Avant de présenter mes deux études plus en détail, je dois préciser que mon choix de mots pour parler du handicap n’est pas dû au hasard.

    L’expression "personne en situation de handicap" est parfois privilégiée, car elle met l’accent sur la personne plutôt que sur le handicap. À l’inverse, l’expression "personne handicapée" peut être perçue comme une réduction de la personne à son handicap.

    Cependant, des recherches récentes montrent que l’utilisation du terme "personne en situation de handicap" ne réduit pas toujours les préjugés, et pourrait même renforcer la distance ou la condescendance.

    De plus, imposer un seul type de langage pourrait occulter les préférences de chacun.

     

    L’Association américaine de psychologie conclut que les deux formulations sont légitimes, tant qu’elles sont utilisées avec bienveillance et qu’elles respectent les préférences des personnes concernées.

    ATTITUDES IMPLICITES ET ATTITUDES EXPLICITES

    La première étude, publiée dans Physiotherapy Canada, se base sur les données de plus de 660 000 participants.

    Elle a permis de caractériser l’évolution des attitudes envers deux types de handicaps: le handicap général, incluant la cécité par exemple (données récoltées de 2006 à 2021), et le handicap physique (données récoltées de 2022 à 2024).

    L’étude teste aussi deux types d’attitudes: les attitudes explicites, qui peuvent être formulées consciemment en répondant à des questionnaires (par exemple: " je préfère les personnes qui ne sont pas en situation de handicap aux personnes handicapées "), et les attitudes implicites (ou automatiques), qui sont souvent inconscientes.

    Le test d’association implicite, qui est notamment utilisé sur le site Implicit Project, permet d’évaluer ces attitudes implicites. Son fonctionnement est simple. Les participants doivent classer le plus rapidement possible et sans se tromper des mots et des images en associant, par exemple, des concepts de "bon" ou "mauvais" à des images illustrant le handicap ou l’absence de handicap.

    Il importe cependant de noter que ce test n’est pas sans limites. En effet, son association avec les comportements réels est faible, ce qui pousse certains chercheurs à recommander l’ajout de mesures physiologiques des attitudes, comme l’activité cérébrale, ainsi que d’entretiens qui permettent de mieux comprendre les perceptions et les expériences des individus.

    UN DISCOURS QUI EVOLUE, DES AUTOMATISMES QUI PERSISTENT

    Les résultats montrent que les attitudes explicites – soit celles qui sont déclarées par les participants – à l’égard des personnes handicapées sont devenues moins défavorables au fil des années.

    Cependant, les attitudes implicites (inconscientes) sont restées relativement stables et défavorables.

    En effet, pendant la période de l’étude, la population générale, incluant les cliniciens, semble avoir plus de difficulté à associer des images illustrant le handicap à des mots positifs qu’à des mots négatifs, en comparaison à des images illustrant l’absence de handicap.

    Ces attitudes défavorables sont particulièrement marquées lorsqu’il s’agit de handicap physique, tel que représenté par des personnes en fauteuil roulant ou des personnes qui utilisent des béquilles ou une canne.

    En comparaison, les attitudes semblaient légèrement moins négatives envers des formes de handicap plus générales, incluant par exemple des personnes aveugles et malvoyantes.

    LES PROFESSIONNELS DE LA SANTE PAS EPARGNES

    La seconde étude, publiée dans European Rehabilitation Journal, s’est concentrée sur les données des années 2022 à 2024 portant uniquement sur le handicap physique et incluant plus de 210 000 personnes.

    Les résultats renforcent l’idée d’une préférence implicite et explicite de l’ensemble de la population pour les personnes sans handicap, tout en montrant que les cliniciens ne sont pas mieux prédisposés que les autres professions.

    Il semble donc que la profession ait peu d’effets sur les attitudes envers les personnes handicapées.

    Cependant, d’autres facteurs ont émergé des analyses. D’une part, les hommes ont des attitudes plus défavorables envers les personnes handicapées que les femmes. D’autre part, les participants ayant une expérience personnelle du handicap, comme avoir des amis, des connaissances ou des membres de la famille handicapés, ou qui sont eux-mêmes handicapés, ont des attitudes plus favorables envers les personnes handicapées.

    UN IMPACT SUR LES SOINS DE SANTE?

    La présence et la stabilité d’attitudes implicites défavorables chez les cliniciens soulèvent des questions quant à leur possible impact sur les soins prodigués aux patients.

    En particulier, la première étude a montré que les attitudes étaient plus défavorables envers les personnes en situation de handicap physique qu’envers les personnes ayant d’autres types de handicaps, comme la cécité, potentiellement parce que ces derniers sont moins évidents.

    Est-ce que cette différence d’attitudes pourrait rendre leur prise en charge moins équitable? Ce n’est pas impossible. En effet, les attitudes, en plus de prédire les comportements futurs, influencent la prise de décision dans des contextes professionnels.

    Par exemple, un clinicien ayant un biais implicite défavorable pourrait, sans s’en rendre compte, consacrer moins de temps à un patient en fauteuil roulant, douter de sa capacité à suivre un traitement, ou encore orienter ce patient vers des options moins ambitieuses de réadaptation.

    De même, il pourrait accorder plus de crédibilité aux plaintes ou objectifs de santé d’un patient non handicapé qu’à ceux d’un patient ayant une limitation physique visible. Ces décisions, bien qu’anodines en apparence, peuvent en s’accumulant aboutir à des inégalités d’accès, de qualité ou d’expérience des soins.

    LE POIDS DU CAPACITISME

    Ces résultats illustrent la tendance de nos sociétés à considérer une personne handicapée comme intrinsèquement moins capable ou moins importante que les personnes qui ne sont pas en situation de handicap.

    Cette dévalorisation des personnes en situation de handicap s’appelle le " capacitisme ". Tout comme le racisme, le sexisme et l’âgisme, le capacitisme ostracise une partie de la société en réduisant, consciemment ou inconsciemment, leurs opportunités de participer à la vie de leurs collectivités.

    Historiquement, le handicap a longtemps été perçu comme une anomalie à corriger pour correspondre aux normes de la société.

    Si de nos jours, les modèles de référence ont dépassé cette vision réductrice du handicap, mes résultats suggèrent que le capacitisme continue d’imprégner notre société, de façon systémique et culturelle, influençant jusqu’à nos professionnels de la santé.

    COMMENT REDUIRE CES BIAIS?

    Même si nos attitudes déclarées envers les personnes en situation de handicap se sont améliorées au fil des années, nos préjugés inconscients persistent.

    Ce constat souligne l’importance de mettre en place des stratégies éducatives plus efficaces.

    Les interventions les plus prometteuses sont celles qui vont au-delà de la simple transmission d’informations en ajoutant des rencontres et des expériences, directes ou indirectes, avec des personnes handicapées. Cette exposition favorise l’empathie.

    Pour déconstruire les stéréotypes de façon durable, il faut multiplier ces occasions de côtoyer des personnes handicapées.

    Puisque les attitudes des praticiens de santé peuvent influencer les soins prodigués aux personnes en situation de handicap, intensifier les efforts pour améliorer ces attitudes devrait être une priorité des institutions de formation et des politiques de santé.

    À une époque où les idéaux d’équité sont à la fois en progrès et en danger, la lutte contre ces tendances psychologiques défavorables aux personnes handicapées est non seulement essentielle pour améliorer leurs soins, mais aussi une priorité éthique pour la société que nous voulons construire pour notre futur.

    Auteur: Matthieu P. Boisgontier - Professor, Faculty of Health Sciences, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa