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Savoir - Page 9

  • Orthographe: les élèves font deux fois plus de fautes que leurs parents

    Auteur: Christophe Benzitoun - Maitre de conférences en linguistique française, Université de Lorraine - The Conversation. CC BY ND

    Le 6 décembre 2022, la direction de l’évaluation du ministère français de l’Éducation nationale a publié une nouvelle étude sur les performances en orthographe des élèves de primaire. Cette évaluation se fonde sur les résultats obtenus par des CM2 à une dictée réalisée en 1987, 2007, 2015 puis 2021. De prime abord, le texte proposé ne semble pas particulièrement difficile:

    En 34 ans, le nombre d’erreurs a presque doublé, passant de 10,7 à 19,4 en moyenne (pour 67 mots). Et on peut conclure de cette étude que la baisse s’accélère: on est passé d’une chute de 4 points en 20 ans (entre 1987 et 2007) à une baisse de 4,7 points en seulement 14 ans (entre 2007 et 2021). Comme les années précédentes, c’est l’orthographe grammaticale qui est la plus touchée, c’est-à-dire les accords et la conjugaison. Cependant, derrière ce constat sans appel, un éclairage s’impose.

    LES DIFFICULTES DE L’ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE FRANÇAISE

    L’orthographe française est une des plus complexes au monde et nécessite un apprentissage long et fastidieux. Tout particulièrement l’orthographe grammaticale. Ainsi, il est plus difficile d’enseigner le français écrit à des locuteurs francophones natifs plutôt que le finnois, l’italien ou l’espagnol à des natifs respectifs de ces langues.

    En français écrit, les marques grammaticales sont majoritairement muettes et de nombreuses finales se prononcent pareillement mais ne s’écrivent pas à l’identique. En linguistique, on parle de mots homophones hétérographes. Et dans la dictée ci-dessus, il y a une concentration importante de ces difficultés. Par exemple, les lettres finales des mots tomb-ai-t, inqui-et-s, demand-ai-ent ne se prononcent pas et leur finale prononcée est homophone. Il en est de même pour les mots rentr-é-s, retrouv-é, arriv-er, fatigu-é-s, téléphon-er, aboy-er. Cela suppose un haut degré d’abstraction et de raisonnement pas évident à solliciter durant une activité de dictée. Détaillons un exemple.

     

     

     

    Dans le cas de "nous les verrons arriver très fatigués", l’élève doit choisir si à la fin de fatigués, il faut mettre er, é, és, ée, ées… sans pouvoir s’aider de la prononciation. Pour ce faire, il lui est indispensable de retrouver le donneur d’accord, à savoir les (qui est le complément et non le sujet), ainsi que le groupe auquel renvoie ce pronom ("les gamins").

    On imagine donc la complexité de la tâche pour des enfants d’une dizaine d’années. Cela se traduit par le constat que sur les neuf mots les moins bien réussis (moins d’un élève sur deux), huit comportent ces caractéristiques (inquiets, demandaient, rentrés, perdus, retrouvé, verrons, fatigués, vus). Une petite note d’espoir toutefois: entre 2015 et 2021, les performances des élèves en orthographe grammaticale ont légèrement progressé.

    Concernant le seul exemple d’accord du participe passé avec le complément d’objet direct antéposé ("Elle les a peut-être vus!"), moins d’un élève sur cinq l’écrit correctement. Dans ce cas, la question qu’il faut se poser, c’est celle de savoir où ils l’ont appris, sachant que cette règle est censée être enseignée au collège (la maitrise de l’accord d’un participe passé avec le verbe être, dans les cas les plus usuels, figure dans le programme du cycle 3, soit du CM1 à la sixième, mais celle de l’accord avec avoir, dans le cas d’un complément d’objet antéposé, figure dans le programme du cycle 4, soit de la cinquième à la troisième). On peut également s’interroger sur la pertinence d’évaluer une règle de grammaire qui n’a pas encore été vue.

    L’ORTHOGRAPHE NE S’EST JAMAIS DEMOCRATISEE

    La baisse des performances en orthographe est antérieure à 1987. Dans un rapport rédigé par la Commission ministérielle d’études orthographiques datant de 1965 et présidée par Aristide Beslais, il est écrit:

    "De toutes parts, dans les administrations comme dans l’enseignement, on se plaint de la dégradation rapide de l’orthographe".

    En réalité, contrairement à une idée reçue, l’orthographe ne s’est jamais démocratisée en France. Autrement dit, aucune génération parmi celles qui nous ont précédés n’a maitrisé l’orthographe à grande échelle malgré un nombre d’heures consacré à son enseignement amplement supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. On peut dans les années 1950 des témoignages sur le niveau en orthographe qui reprennent presque au mot près le constat actuel.

    Et aujourd’hui comme hier, les difficultés orthographiques ne touchent pas avec la même intensité les élèves provenant de milieux sociaux différents. Pour le montrer, le département statistique du ministère a mis au point un indice basé sur le niveau social des écoles. Entre les écoles considérées comme les plus favorisées socialement et celles considérées comme les moins favorisées, on passe de 15,5 erreurs en moyenne à 21,9, avec plus du tiers des élèves qui font plus de 25 erreurs.

    Eteve Y., Nghiem X. 2022, "Les performances en orthographe des élèves de CM2 toujours en baisse, mais de manière moins marquée en 2021", Note d’Information, n° 22.37, DEPP.

    La question de l’orthographe représente un enjeu majeur de justice sociale et sa démocratisation un véritable choix de société. Depuis des décennies, on assiste à des batailles politiques et idéologiques rendant difficiles toutes avancées sur le sujet. Pourtant, la situation est connue et documentée depuis longtemps et il est temps d’apporter des réponses à la hauteur.

    Pour ce faire, il existe deux leviers complémentaires. D’un côté, il est possible de rendre l’orthographe française plus régulière, en corrigeant ses imperfections, comme cela a été fait tout au long de son histoire. D’un autre côté, il y a une nécessité d’utiliser et sans doute aussi de concevoir des méthodes plus robustes en rapprochant l’enseignement et la recherche. Refuser, par principe, de considérer ces deux conditions revient à graver dans le marbre la situation actuelle. Pour relever le défi auquel nous sommes confrontés, il va falloir parvenir à dépasser la sempiternelle querelle des anciens contre les modernes.

     

    PS: à force "d'élaguer" soi-disant pour simplifier et ne pas pénaliser les incultes organisés, l'éduc nat à complétement changé l'orthographe et c'est nous, ceux qui ont appris à lire et à écrire le VRAI FRANÇAIS, les retraités, qui sommes devenus les "dinosaures" que les "d'jeuns" ne comprennent plus!

     

  • 31 octobre: HALLOWEEN

    LOUP GAROU

    Les horribles symptômes de la rage ont inspiré les loups-garous, vampires et autres monstres

    Auteur: Jessica Wang - Associate Professor of U.S. History, University of British Columbia

    The Conversation - CC BY ND

    En 1855, le Brooklyn Daily Eagle rapportait le meurtre horrible d’une épouse par son nouveau mari. L’histoire se passait dans la campagne française, où les parents de la femme avaient d’abord empêché les fiançailles du couple "en raison de l’étrangeté de la conduite parfois observée chez le jeune homme", alors qu’il "était par ailleurs un très bon parti".

    Les parents ont finalement consenti et le mariage a eu lieu. Peu de temps après que les jeunes mariés se soient retirés pour consommer leur lien, des "cris de peur" sont venus de leurs quartiers. Les gens ont vite accouru et trouver "la pauvre fille… dans les souffrances de la mort – sa poitrine déchirée et lacérée de la manière la plus horrible, et le misérable mari dans un accès de folie débridée et couvert de sang, ayant en fait dévoré une partie du sein de la malheureuse fille".

    La mariée est morte peu de temps après. Son mari, après "une résistance des plus violentes", est également décédé.

    Qu’est-ce qui a pu causer cette horrible histoire? On se souvient alors, en réponse à des questions posées par un médecin, que le marié avait déjà été "mordu par un chien étranger". Le passage de la folie du chien à l’homme semblait être la seule raison possible de la tournure effroyable des événements.

    Le Brooklyn Daily Eagle a décrit l’épisode comme "un triste et pénible cas d’hydrophobie", ou, dans le langage d’aujourd’hui, de rage.

    Mais le récit se lisait comme une histoire d’horreur gothique. C’était essentiellement un récit de loup-garou : la morsure du chien fou a provoqué une métamorphose hideuse, qui a transformé sa victime humaine en un monstre infâme dont les pulsions sexuelles vicieuses ont conduit à une violence obscène.

    Mon nouveau livre, Mad Dogs and Other New Yorkers : Rabies, Medicine, and Society in an American Metropolis, 1840-1920, (La rage, la médecine et la société dans une métropole américaine, 1840-1920) explore les significations cachées derrière les récits sur la rage. Des variantes de l’histoire du marié enragé ont été racontées encore et encore dans les journaux de langue anglaise en Amérique du Nord depuis au moins le début du XVIIIe siècle, et elles ont continué aussi tard que dans les années 1890.

    Le récit du Eagle est essentiellement un conte populaire sur les chiens enragés et la mince ligne de démarcation entre l’humain et l’animal. La rage a engendré une peur viscérale car il s’agissait d’une maladie qui semblait capable de transformer les gens en bêtes enragées.

    UNE MALADIE TERRIFIANTE ET MORTELLE

    L’historien Eugen Weber a un jour observé que les paysans français du XIXe siècle craignaient "surtout les loups, les chiens fous et le feu". La folie canine – ou la maladie que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de rage – a alimenté les cauchemars pendant des siècles.

    D’autres maladies infectieuses – comme le choléra, la typhoïde et la diphtérie – ont tué beaucoup plus de gens au 19e et au début du XXe siècle. Le cri de « chien fou » suscitait néanmoins un sentiment immédiat de terreur, car une simple morsure de chien pouvait signifier une longue épreuve suivie d’une mort certaine.

    La médecine moderne sait que la rage est causée par un virus. Une fois qu’il pénètre dans le corps, il atteint le cerveau par le système nerveux. Le délai typique de plusieurs semaines ou mois entre l’exposition initiale et l’apparition des symptômes signifie que la rage n’est plus une sentence de mort si un patient reçoit rapidement des injections d’anticorps immunitaires et un vaccin, afin de renforcer son immunité après avoir rencontré un animal suspect. Bien qu’il soit rare que des gens meurent de la rage en Amérique du Nord, la maladie tue encore des dizaines de milliers de personnes dans le monde chaque année.

    Selon des sources du XIXᵉ siècle, après une période d’incubation de quatre à 12 semaines, les symptômes peuvent commencer par un vague sentiment d’agitation. Ils progressent ensuite vers des épisodes spasmodiques caractéristiques de la rage, de l’insomnie, de l’excitation, de la fébrilité, un pouls rapide, de la bave et une respiration laborieuse. Il n’est pas rare que les victimes aient des hallucinations ou présentent d’autres troubles mentaux.

    Les efforts visant à atténuer les accès de violence par la drogue ont souvent échoué, et les médecins n’ont pu faire autre chose que d’observer puis de témoigner. La maladie suit son cours inévitablement fatal, généralement sur une période de deux à quatre jours. Aujourd’hui encore, la rage reste essentiellement incurable dès l’apparition des signes cliniques.

    Il y a des siècles, la perte de contrôle corporel et de rationalité déclenchée par la rage semblait être une attaque contre l’humanité fondamentale des victimes. D’une véritable maladie redoutée transmise par les animaux sont apparues des visions épineuses de forces surnaturelles qui ont transféré les pouvoirs des animaux malveillants et transformé les gens en monstres.

    DES MORSURES QUI TRANSFORMENT L’HUMAIN EN ANIMAL

    Les récits américains du XIXe siècle n’ont jamais invoqué directement le surnaturel. Mais la description des symptômes indiquait des hypothèses tacites sur la façon dont la maladie transmettait l’essence de l’animal infecté à l’être humain souffrant.

    Les journaux décrivaient souvent ceux qui ont contracté la rage par des morsures de chien comme aboyant et grognant comme des chiens, tandis que les victimes de morsures de chat se grattaient et crachaient. Les hallucinations, les spasmes respiratoires et les convulsions incontrôlables découlaient de l’empreinte maléfique de l’animal enragé.

    Les mesures préventives traditionnelles ont également montré comment les Nord-Américains ont discrètement supposé une frontière floue entre l’humanité et l’animalité. Les remèdes populaires soutenaient que les victimes de morsures de chien pouvaient se protéger de la rage en tuant le chien qui les avait déjà mordues, en appliquant les poils du chien incriminé sur la blessure ou en lui coupant la queue.

    De telles mesures préventives impliquaient la nécessité de couper un lien invisible et surnaturel entre un animal dangereux et sa proie humaine.

    Parfois, la maladie a laissé des traces étranges. Lorsqu’un habitant de Brooklyn est mort de la rage en 1886, le New York Herald a signalé une terrifiante apparition : quelques minutes après le dernier souffle de l’homme, « l’anneau bleuâtre sur sa main – la marque de la morsure mortelle du Terre-Neuve… a disparu. » Seule la mort a brisé l’emprise pernicieuse du chien fou.

    LES RACINES DES VAMPIRES CHEZ LES CHIENS ENRAGES

    Il est possible qu’en plus des loups-garous, les histoires de vampires aient aussi pour origine la rage.

    Le médecin Juan Gómez-Alonso a souligné le lien entre le vampirisme et la rage dans les symptômes capillaires de la maladie – les sons déformés, les apparences faciales exagérées, l’agitation et parfois les comportements sauvages et agressifs qui faisaient paraître les personnes atteintes plus monstrueuses que les humains.

    De plus, dans différentes traditions folkloriques d’Europe de l’Est, les vampires ne se sont pas transformés en chauves-souris, mais en loups ou en chiens, les vecteurs clés de la rage.

    Alors que des loups-garous, des vampires et d’autres monstres descendent dans la rue pour l’Halloween, rappelez-vous que derrière le rituel annuel de la cueillette de bonbons et de déguisements, se cachent les recoins les plus sombres de l’imagination. Ici, les animaux, la maladie et la peur s’entremêlent, et les monstres se matérialisent dans ce subtil point de croisement entre l’animalité et l’humanité.

    Jessica Wang

     

  • Comment la pub vous manipule

    image générée avec I.A.

    Vous croyez aux fantômes? Aux sorcières? en la pierre du Nord? A la lithothérapie? Au retour des esprits de vos ancêtres? Aux bracelets "shambala"? et autres….

    Des publicités qui nous vendent du bonheur: une affaire de croyants ?

    Le bonheur: voilà ni plus ni moins ce que promettent beaucoup de marques dans leur communication marketing. "Et si on se levait de bonheur?" propose Nutella: tartiner de la joie, dans le reste du monde quand McDonald’s vend ses "joyeux repas" dans près de 40.000 restaurants à travers la planète et que Coca-Cola anime sa campagne  "ouvre du bonheur".

    Côté français, le site de petites annonces Leboncoin affirme que "le bonheur des uns fait le bonheur des autres" et le spécialiste du surgelé Thiriet que "seul le bon crée le bonheur"

    Les gens souhaitent être heureux, et pas seulement dans les pays occidentaux, mais à l’échelle de la planète: pourquoi ne pas s’appuyer dessus ? Du point de vue d’un manager, il semble raisonnable de penser que les consommateurs répondront favorablement à un appel au bonheur.

    Cette pratique peut néanmoins se retourner contre la marque. Ambitieuse, pareille promesse semble à double tranchant. Elle peut aussi bien séduire les consommateurs que de susciter le rejet.

    Dans un article récemment publié dans le Journal of International Marketing, nous montrons que ces réactions ont à voir, quand bien même cela peut paraître curieux, avec la religiosité des consommateurs. On désigne par là le degré d’adhésion à des valeurs, croyances et pratiques religieuses d’un individu et l’importance avec laquelle il les met en pratique dans son quotidien.

    Les conclusions reposent sur plusieurs études conduites dans différents contextes culturels (Amérique du Nord et Moyen-Orient), suggérant que le phénomène dépasse les frontières et les affiliations religieuses.

    DES CROYANTS ATTACHES AU BONHEUR

    Si la promesse du bonheur par la consommation d’un produit ou service peut susciter le doute, cette pratique permet a minima d’établir une association verbale avec tout un lexique associé. Or, des travaux de recherche suggèrent que les personnes à forte religiosité sont particulièrement sensibles aux expressions écrites évoquant le bonheur. Les consommateurs religieux ne seront ainsi pas plus disposés à croire en la promesse du bonheur mais ils sont en revanche davantage attirés par sa mention dans une publicité.

    Nous avons pu le vérifier. Dans le cadre de deux études expérimentales conduites auprès de 2046 consommateurs aux États-Unis et aux Émirats arabes unis, nous avons ainsi mesuré l’attrait pour des publicités de marques fictives et réelles ainsi que la religiosité des répondants. Les résultats révèlent que plus les consommateurs sont religieux, plus ils apprécient les publicités qui promettent explicitement le bonheur.

    Peut-être est-ce car ces derniers ont en effet tendance à se déclarer plus heureux et plus optimistes que les personnes non religieuses, et ce, dans un grand nombre de pays. Plusieurs raisons peuvent être avancées comme le soutien social qui découle de l’appartenance à une communauté religieuse ou l’offre de repères qui balise la quête de sens et favorise un sentiment de quiétude, voire de bien-être.

     

     

    POUR D’AUTRES, DES PUBLICITES QUI MANQUENT D’OBJECTIVITE

    Nous avons également vérifié l’inverse : l’absence de religiosité est un facteur explicatif du scepticisme, c’est-à-dire la tendance à ne pas croire l’information à laquelle on est confrontée. Les personnes non religieuses tendent à rejeter les affirmations qui ne peuvent pas être objectivement vérifiées. Or, deux éléments caractérisent la promesse du bonheur dans la publicité et soutiennent cette logique de rejet.

    Premièrement, le bonheur est un phénomène subjectif ; la définition de ce qui nous rend heureux varie d’une personne à l’autre selon sa fortune, sa famille, sa santé, son environnement et de bien d’autres choses encore. En promettant le bonheur, les publicitaires ne donnent pas d’indications concrètes et laissent donc les consommateurs imaginer comment le produit ou service les rendra heureux. L’appel au bonheur peut ainsi, dans le cas du slogan "ouvre du bonheur" de Coca-Cola, avoir trait à la boisson, son goût, sa fraîcheur, autant qu’à la satisfaction de partager un moment avec des proches autour d’un verre.

    Deuxièmement, le bonheur est un but à long terme que les individus poursuivent tout au long de leur vie. Sa réalisation dépend de nombreux facteurs qui sont souvent hors du champ d’influence des marques. Des études suggèrent que seulement 40 % du bonheur que les individus prétendent ressentir peut être expliqué par des activités intentionnelles, le reste étant dû à la génétique et aux circonstances. Bien que des épisodes individuels de consommation puissent contribuer à faire l’expérience du bonheur, ces expériences sont limitées dans le temps. Les gens ne souhaitent pas être heureux qu’une seule fois, mais régulièrement voire continuellement tout au long de leur vie.

    BIEN CALER SES CAMPAGNES PUBLICITAIRES

    Notre recherche montre néanmoins que, dans un cas particulier, les consommateurs religieux réagissent aussi négativement à la promesse du bonheur dans la publicité. C’est lorsqu’ils ont été exposés à un stimulus religieux avant d’avoir vu la réclame.

    Dans l’une de nos études, nous avons par exemple demandé à la moitié des participants de lire un magazine sur l’architecture de bâtiments religieux pendant que l’autre moitié lisait un magazine sur l’architecture de gares afin de servir de point de comparaison. Après exposition à un stimulus religieux, les croyants en viennent à contraster la promesse publicitaire au regard de leur foi. Plus précisément, l’affirmation des marques quant à leur capacité à apporter le bonheur par la consommation d’un produit ou service se heurte à la croyance en la capacité de Dieu à faire de même sur un plan spirituel.

    Ces résultats soulignent donc, pour les annonceurs, l’importance de tenir compte de la religiosité des consommateurs comme variable stratégique dans le média planning des campagnes publicitaires qui reposent sur la promesse du bonheur. Moins les consommateurs sont religieux, plus ils répondront défavorablement à des slogans promettant le bonheur par rapport à d’autres types de slogans. Les managers devraient donc éviter d’utiliser ce type de message publicitaire dans des marchés où la religiosité des consommateurs est faible.

    Dans les marchés où la religiosité est forte, la promesse du bonheur peut être problématique si les consommateurs sont confrontés à des stimuli religieux juste avant l’exposition au message publicitaire. Les managers doivent donc tenir comptent de la probabilité que cela se produise et donc anticiper les célébrations religieuses (Noël, Pâques, Ramadan) ou les programmes de divertissement (séries, films) connus pour avoir du contenu à connotation religieuse ou pour faire des références à Dieu.

    Auteur: Jamel Khenfer - Associate Professor of Marketing, Excelia

    The Conversation France - CC BY ND