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santé

  • Qu’est-ce que la gueule de bois, et y a-t-il des remèdes?

    Auteur: Mickael Naassila -  Professeur de physiologie, Directeur du Groupe de Recherche sur l'Alcool & les Pharmacodépendances GRAP - INSERM UMR 1247, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

    The Conversation - CC BY ND

    Les vendeurs de remèdes miracles contre la gueule de bois nous assurent qu’ils nous permettront de boire sans payer l’addition. Mais ces promesses séduisantes ne reposent sur aucune preuve scientifique solide. Et lorsque ces produits sont vendus en pharmacie, cela entretient une illusion de légitimité qui brouille les repères en matière de santé publique.

    La gueule de bois – ce malaise du "lendemain de fête" – est souvent banalisée, moquée, voire érigée en rite de passage. Mais il s’agit aussi désormais d’un phénomène médicalement reconnu, puisque codifié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la dernière version de la Classification internationale des maladies (CIM-11).

    Que nous apprennent les recherches scientifiques sur les causes de ce désagréable état et ses conséquences? Existe-t-il des prédispositions? Des remèdes qui fonctionnent? Que change le fait que la gueule de bois soit aujourd’hui reconnue comme une entité médicale à part entière? Voici les réponses.

    QU’EST-CE QUE LA GUEULE DE BOIS?

    La gueule de bois désigne l’ensemble des symptômes qui apparaissent lorsque le taux d’alcool dans le sang est redescendu à zéro, généralement plusieurs heures après une consommation excessive. Cet état dure de 6 à 24 heures.

    Selon le Hangover Research Group, un collectif international de chercheurs spécialisé dans l’étude scientifique de la gueule de bois et la littérature scientifique récente, les symptômes sont de trois types:

        physiques: maux de tête, nausées, vomissements, fatigue, sécheresse buccale, tremblements, tachycardie, troubles du sommeil;

        psychologiques et cognitifs: anxiété (illustrée par le mot-valise anglais " hangxiety "), irritabilité, humeur dépressive, troubles de l’attention, de la mémoire, lenteur cognitive;

        physiologiques: inflammation systémique, stress oxydant, déséquilibre électrolytique (les électrolytes présents dans le sang, comme le sodium ou le potassium par exemple, interviennent dans plusieurs processus biologiques, notamment les fonctions nerveuses et musculaires), hypoglycémie (diminution du taux de sucre sanguin), dérèglement du rythme circadien (l’" horloge interne " qui régule notre corps), perturbation de neurotransmetteurs (les messagers chimiques qui permettent aux neurones de communiquer entre eux) comme le glutamate et la dopamine.

    Les perturbations physiologiques à l’origine de la gueule de bois.

    PEUT-ON PRÉDIRE QUI AURA UNE GUEULE DE BOIS?

    Si la gueule de bois peut survenir à partir d’une alcoolisation modérée (de l’ordre, par exemple, de quatre verres en une soirée), la dose minimale varie fortement selon les individus.

    Divers facteurs modérateurs ont été bien identifiés. C’est notamment le cas de la vitesse d’ingestion: plus l’alcool est consommé rapidement, plus le pic d’alcoolémie est élevé, ce qui augmente le risque de gueule de bois.

    La biologie joue également un rôle, qu’il s’agisse du sexe (on sait, par exemple, que les femmes éliminent plus lentement l’alcool que les hommes), du poids, de l’état de santé, ou encore de la génétique, qui influe sur les processus enzymatiques (notamment ceux impliquant les enzymes qui interviennent dans la détoxification de l’alcool, telle que l’alcool déshydrogénase et les aldéhydes déshydrogénases).

    L’âge joue également un rôle: les jeunes adultes sont plus sujets à la gueule de bois que les personnes âgées. Les jeunes adultes ont tendance à consommer plus rapidement et en plus grande quantité lors d’occasions festives (" binge drinking "), ce qui augmente fortement le risque de gueule de bois.

    Les personnes plus âgées consomment souvent de façon plus modérée et régulière. Avec l’âge, certaines personnes réduisent naturellement leur consommation et apprennent à éviter les excès et à anticiper les effets. Elles répondent moins aux effets inflammatoires de l’alcool et rapportent moins les symptômes de la gueule de bois.

    Enfin, l’état physique (niveau d’hydratation, sommeil, alimentation préalable) influe aussi sur les symptômes. Boire à jeun, sans ingérer d’eau ni dormir suffisamment, majore les symptômes.

    GUEULE DE BOIS ET "BLACKOUTS": UN LIEN INQUIÉTANT

    Les " blackouts" alcooliques, ou amnésies péri-événementielles, traduisent une perturbation aiguë de l’hippocampe, une structure du cerveau qui joue un rôle essentiel dans la mémoire. En interagissant avec certains récepteurs présents au niveau des neurones, l’alcool bloque les mécanismes moléculaires qui permettent la mémorisation; le cerveau n’imprime alors plus les souvenirs…

    Bien que ces blackouts ne soient pas synonymes de gueule de bois, ils y souvent associés. En effet, une telle perte de mémoire indique une intoxication sévère, donc un risque plus élevé de gueule de bois… et d’atteintes cérébrales à long terme!

    UN FACTEUR DE RISQUE POUR L’ADDICTION?

    Plusieurs études suggèrent un paradoxe du lien entre gueule de bois et addiction. Ainsi, bien que la gueule de bois soit une expérience désagréable, elle ne dissuaderait pas nécessairement la consommation future d’alcool et pourrait même être associée à un risque accru d’addiction à l’alcool. Une étude a par exemple suggéré que la gueule de bois fréquente chez les jeunes constitue un marqueur prédictif spécifique et indépendant du risque de développer une addiction à l’alcool plus tard dans la vie. Ce lien semble refléter une vulnérabilité particulière aux effets aversifs de l’alcool.

    Chez les buveurs " sociaux " qui se caractérisent par une consommation d’alcool festive, sans présenter une addiction à l’alcool, une gueule de bois sévère est souvent dissuasive. Cependant, chez certains profils à risque (individus jeunes, impulsifs, ou présentant des antécédents familiaux), la gueule de bois n’induit pas de réduction de consommation. Pis: elle est perçue comme un désagrément tolérable renforçant l’habitude de consommation et cette réponse aux effets subjectifs de la gueule de bois constitue ainsi un facteur de vulnérabilité à l’addiction à l’alcool, notamment si l’individu cherche à soulager la gueule de bois… en buvant de nouveau (cercle vicieux).

    PAS DE REMÈDE MIRACLE

    Eau pétillante, bouillon, vitamine C, aspirine, bacon grillé, sauna, jus de cornichon, ce qui signifie en réalité reprendre un verre)… La littérature populaire est riche en remèdes de grand-mère censés soulager la gueule de bois.

    Liste exhaustive (selon la littérature scientifique récente) des remèdes connus ou proposés pour la gueule de bois, classés en traitements commerciaux et non commerciaux, avec leurs prétendus mécanismes d’action. À noter que tous ces remèdes sont fondés 

    Selon les dires des uns et des autres, pour éviter ou limiter les désagréments liés à une consommation excessive d’alcool, il faudrait se réhydrater (eau, bouillons), soutenir le foie (chardon-Marie, cystéine), réduire l’inflammation (antioxydants, ibuprofène), relancer la dopamine (café, chocolat) ou encore restaurer les électrolytes (boissons pour sportifs)… Pourtant, à ce jour, l’efficacité de ces différents remèdes n’a été étayée par aucune preuve scientifique solide.

    Les remèdes de grand-mère qui fleurissent sur les étals des pharmacies.

    En 2020, une revue systématique de la littérature a conclu à l’absence d’efficacité démontrée des interventions analysées, les résultats en matière d'efficacité étant jugés "de très faible qualité ". Ce travail a inclus 21 essais contrôlés randomisés, analyse 23 traitements différents, et conclut que la qualité globale des preuves est très faible, selon le système GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation).

    Précédemment, d’autres travaux étaient également arrivés à la même conclusion.

    La meilleure prévention reste donc de boire modérément, lentement, et de s’hydrater.

    Un enjeu éthique: faut-il traiter la gueule de bois?

    Le fait que la gueule de bois soit maintenant reconnue comme une entité médicale interroge. Ce glissement sémantique est risqué: il pourrait banaliser l’alcoolisation excessive, et même favoriser la consommation. Risque-t-on de voir un jour des médecins prescrire un " traitement " préventif pour permettre de boire plus sans souffrir?

    La médicalisation de la gueule de bois pourrait aussi avoir un effet pervers: considérer qu’il est possible de "boire sans conséquence", à condition de bien se soigner après coup…

    Il ne faut pas oublier que la gueule de bois n’est pas un simple désagrément: cet état est le reflet d’un stress intense infligé au cerveau et au reste du corps. La comprendre, c’est mieux se protéger – et, peut-être aussi, réfléchir à ses habitudes de consommation.

  • Quand la beauté dialogue avec le cerveau

    Par Nishka Mohitram

    On attend généralement avec impatience ce moment que l'on consacre aux soins de la peau que ce soit chez l'esthéticienne ou à la maison. Derrière ce simple rituel se cache une science de plus en plus explorée: la neurocosmétique. Ce courant, à la croisée de la beauté et des neurosciences, repose sur une idée intrigante: et si prendre soin de sa peau, c'était aussi prendre soin de son mental?

    Née il y a une dizaine d'années mais aujourd'hui en pleine ascension, la neurocosmétique s'appuie sur ce que les chercheurs appellent le brain-skin axis. La peau et le cerveau, deux organes formés à partir des mêmes cellules dans le ventre maternel, sont intimement liés. Comme l'explique le Dr Newaj Rakesh, dermatologue, "Le cerveau et la peau se développent à partir de cellules similaires lorsque notre corps se forme dans le ventre maternel. C'est la raison pour laquelle il existe un lien direct entre le cerveau et la peau."

    En clair, le stress et l'anxiété peuvent déclencher ou aggraver des affections cutanées comme l'acné, le psoriasis ou le vitiligo. À l'inverse, vivre avec une maladie de peau lourde peut générer un stress intense. Ce cercle vicieux est bien connu des médecins, et le Dr Rakesh va même plus loin. "C'est bien connu également que le stress accélère le vieillissement cutané, faisant apparaître des rides et favorisant la chute des cheveux", rappelle le Dr Newaj.

    C'est dans cette logique qu'intervient la neurocosmétique. Elle propose d'agir sur ce dialogue peau-cerveau en développant des soins, qui cherchent à améliorer non seulement l'apparence, mais aussi l'humeur et le bien-être. "La neurocosmétique est un domaine qui utilise les neurosciences, la psychologie et la cosmétique pour développer des produits qui ciblent la voie de l'axe cerveau-peau", précise le dermatologue.

    Les formulations misent sur des ingrédients capables de procurer une expérience sensorielle et émotionnelle positive: lavande ou camomille pour apaiser, biotine et kératine pour renforcer les cheveux, peptides pour calmer les inflammations ou encore la mélatonine, antioxydant puissant, qui soutient aussi le sommeil.

    Certains traitements médicaux viennent appuyer ce lien entre apparence et santé mentale. "L'utilisation de la toxine botulinique dans la région du front peut améliorer la dépression et peut également réduire certains types de maux de tête", note le Dr Newaj, rappelant que l'effet d'un geste esthétique peut dépasser largement la seule question de l'image.

    Mais la neuro-cosmétique n'est pas une baguette magique. Pour protéger sa peau du stress du quotidien, le dermatologue insiste sur les fondamentaux: une protection solaire rigoureuse, une routine simple, qui respecte le microbiote cutané, une hydratation suffisante et une alimentation riche en fruits et légumes.

    "La meilleure approche consiste à utiliser le moins de produits possibles pour mettre en valeur votre peau. Des savons doux, une crème hydratante et une protection solaire suffisent souvent pour les soins quotidiens." Et surtout, ne pas négliger le sommeil et les techniques de relaxation comme la respiration profonde, qui aident autant l'esprit que la peau.

    La neuro-cosmétique séduit parce qu'elle s'inscrit dans une époque où la santé mentale est au centre des conversations et où le soin de soi ne se limite plus à une question esthétique. Mais il convient de garder un regard critique: la frontière entre innovation scientifique et argument marketing reste fragile. Pour le Dr Newaj, si les bienfaits existent bel et bien, ils ne remplacent pas une hygiène de vie saine ni une prise en charge médicale appropriée.

    Donc oui, tout revient aux gestes simples et aux soins de base, à une bonne alimentation et à une hygiène de vie équilibrée. Cependant l'essor de la neuro-cosmétique nous montre ce tournant, ce moment de transformation dans l'univers de la beauté, où l'accent sur le bien-être émotionnel et la santé de la peau n'a jamais été aussi fort. Cette tendance ouvre la voie vers un futur où nos routines de soin ne se limiteront plus à embellir l'extérieur mais contribueront aussi à nourrir le bien-être intérieur.

  • À la simple vue d’un malade, le cerveau active les mécanismes de défense de l’organisme

    Grâce à une expérience de réalité virtuelle, des chercheurs ont découvert que le cerveau anticipait le risque d’une infection et déclenchait une réaction immunitaire.

    Le cerveau reconnaît une personne malade qui se trouve à proximité et active les premières lignes de défense immunitaire, a découvert une équipe suisse dont les résultats viennent de paraître, ce lundi 28 juillet, dans Nature Neuroscience. Autrement dit, le cerveau est capable d’anticiper une infection et de réagir préventivement.

    Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont eu l’idée de recourir à la réalité virtuelle. Équipés d’un casque spécifique, les près de 250 participants de l’étude étaient approchés par des avatars à différentes distances. “Les visages des avatars étaient neutres, effrayants, ou bien il y avait des signes d’infection, comme une éruption cutanée ou de la toux”, indique The Scientist, qui ajoute que les chercheurs “ont couplé l’expérience en réalité virtuelle avec une électroencéphalographie et une IRM”.

    Que s’est-il passé?

    Quand des avatars malades s’approchaient trop près, un réseau de neurones particulier spécialisé dans les événements importants qui se produisent dans l’espace personnel, c’est-à-dire à une distance assez proche du corps, s’activait. “Cette activité cérébrale a provoqué une mobilisation des cellules lymphoïdes innées, qui font partie de la première ligne de défense de l’organisme contre des envahisseurs pathogènes”, explique Nature.

    Ce qui a particulièrement étonné les chercheurs, c’est que le niveau d’activation du système immunitaire était comparable à ce qui était observé chez les participants qui ne prenaient pas part à l’expérience de réalité virtuelle mais qui avaient reçu, dans le cadre de ce protocole de recherche, une injection du vaccin contre la grippe.

    Courrier international