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Savoir - Page 14

  • Pourquoi l’astrologie et les cartes de tarot,

     qui ont des siècles d’histoire, nous intéressent-elles encore?

    D’après un rapport récent du Pew Research Centre, plus de 30 % des Américains croient à des pratiques ésotériques et consultent régulièrement des astrologues, tarologues ou cartomanciens.

    Même si l’enquête indique que ces personnes le font "pour s’amuser" et déclarent ne se fier qu’ un peu" aux informations obtenues par la divination, la persistance – et l’augmentation apparente – de ces pratiques semble montrer qu’il y a quelque chose de plus profond en jeu.

    Les humains se sont toujours tournés vers la divination pour trouver des réponses à leurs questions et acquérir des connaissances qui pourraient les aider à se préparer pour l’avenir, en particulier dans les périodes d’incertitude. Ainsi, les recherches sur les "cartes de tarot" ont augmenté de plus de 30% pendant la pandémie.

    J’étudie la divination à l’époque de l’antiquité, mais j’ai aussi observé des devins contemporains à l’œuvre et discuté avec eux de leur pratique, afin de mieux comprendre leur travail. Ils affirment que leurs clients demandent des consultations de tarot plus fréquemment qu’auparavant.

    QU’EST-CE QUE LA DIVINATION?

    Le dictionnaire Usito définit la divination comme suit: " Art, capacité supposée de prévoir l’avenir et de connaître ce qui est caché par l’interprétation non scientifique de phénomènes. Le Merriam-Webster parle d’un ensemble de "pratiques qui cherchent à prévoir ou à prédire des événements futurs ou à découvrir des connaissances cachées, généralement par l’interprétation de présages ou à l’aide de pouvoirs surnaturels".

    Les méthodes divinatoires, telles que le tarot et l’astrologie, permettent de poser des questions lorsque d’autres systèmes ne fournissent pas de réponse. Ces questions peuvent être très personnelles et difficiles à aborder dans un cadre religieux formel. Les réponses divinatoires donnent le sentiment d’avoir une compréhension plus profonde, ce qui peut engendrer une impression de contrôle sur un avenir incertain.

    Outre l’astrologie et le tarot, les méthodes les plus connues sont l’interprétation des rêves, la lecture dans les tasses de café ou les feuilles de thé, l’observation des animaux et de la nature, ainsi que la lecture des lignes de la main et d’autres caractéristiques corporelles, telles que la forme du nez ou l’emplacement des yeux.

    Lorsqu’une personne utilise des objets tels que des cartes, des feuilles de thé, des dés ou des coquillages, le facteur commun de ces méthodes est l’impossibilité de contrôler les signes qu’elles produisent. Par exemple, on doit généralement mélanger le jeu de tarot pour garantir des résultats aléatoires. Il ne faut pas manipuler les résultats.

     

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  • Ne penser à rien???

    Les moments où vous "ne pensez à rien" révèlent le véritable génie de votre cerveau

    Nous avons tous vécu ce moment troublant: impossible de répondre à la question " À quoi penses-tu"? parce que notre esprit semble complétement vide.

    Pendant des siècles, philosophes et psychologues ont considéré ces instants comme des défaillances temporaires de notre conscience. Pourtant, les dernières découvertes en neurosciences bouleversent cette vision.

    Non seulement le vide mental existe bel et bien, mais il pourrait constituer l’état le plus naturel de notre cerveau – un mécanisme de protection sophistiqué que nous avons mal compris.

    LA REVOLUTION DES NEUROSCIENCES COGNITIVES

    Les travaux récents de Thomas Andrillon, chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, et d’Athena Demertzi, neuroscientifique à l’Université de Liège, remettent en cause nos conceptions les plus fondamentales sur le fonctionnement de la conscience. Leur analyse, publiée dans la prestigieuse revue Trends in Cognitive Sciences, démontre que ces moments de "rien" ne sont pas des accidents neurologiques, mais des phénomènes mesurables avec leur propre signature cérébrale.

    Cette découverte contredit frontalement l’héritage philosophique occidental. Ralph Waldo Emerson affirmait qu’un homme est défini par ses pensées quotidiennes, tandis que Jean-Paul Sartre soutenait que toute conscience est nécessairement conscience de quelque chose. Les neurosciences modernes suggèrent l’inverse: l’esprit vide représenterait l’état de base de notre cerveau, la pensée active n’étant qu’un ajout temporaire.

    L’ANATOMIE DU VIDE: QUAND LE CERVEAU DECROCHE

    Pour maintenir notre état de veille, le cerveau dépend d’un système complexe alimenté par des neurotransmetteurs essentiels comme la dopamine et la noradrénaline. Ce " système d’éveil " orchestre normalement l’harmonie entre toutes les régions cérébrales. Mais parfois, ce chef d’orchestre neuronal faillit à sa tâche.

    Lorsque le système d’éveil perd de sa puissance, les différentes zones du cerveau cessent de jouer en harmonie et se synchronisent excessivement. Cette hyper-synchronisation produit un état paradoxal: au lieu de générer plus de pensées, elle les fait disparaître complétement. C’est comme si un orchestre, au lieu de jouer une symphonie, se contentait de produire un bourdon monotone.

    Les chercheurs ont pu observer ce phénomène grâce à des technologies d’imagerie de pointe. L’IRM fonctionnelle révèle cette hyper-synchronisation caractéristique, tandis que l’électro-encéphalogramme détecte des ondes lentes rappelant celles du sommeil. Ces signatures neurologiques apparaissent précisément aux moments où les participants rapportent avoir l’esprit complétement vide.

    PLUS QU’UNE ABSENCE: UN MECANISME DE SURVIE

    Le vide mental ne ressemble en rien à la rêverie ordinaire. Quand notre esprit vagabonde, nous pouvons généralement identifier nos pensées – ce déjeuner prévu, cette conversation embarrassante d’hier. Le vide mental, lui, constitue une expérience radicalement différente: une absence totale de contenu mental dont nous sommes parfaitement conscients.

    Cette distinction cruciale suggère que le cerveau ne "bug" pas, mais active délibérément un mode de protection. Selon Athena Demertzi, ce mécanisme nous préserve de l’épuisement cognitif, particulièrement lors de périodes d’anxiété intense. Plutôt qu’un dysfonctionnement, le vide mental représenterait une stratégie évolutive sophistiquée.

    LA MEDITATION VERSUS L’ACCIDENT NEUROLOGIQUE

    Certains pratiquants expérimentés de méditation passent des années à cultiver volontairement cet état de vacuité mentale. Leurs cerveaux montrent alors la désactivation ciblée de régions spécifiques: le cortex frontal inférieur responsable du contrôle, l’aire de Broca liée au langage, le cortex moteur impliqué dans la planification des mouvements, et l’hippocampe gestionnaire de la mémoire.

    Cette méditation dirigée diffère fondamentalement du vide mental spontané. Dans le premier cas, le cerveau exécute une chorégraphie neurologique précise et contrôlée. Dans le second, il "trébuche sur ses lacets", pour reprendre l’expression imagée d’Andrillon. Cette différence explique pourquoi nous ne pouvons pas simplement décider d’avoir l’esprit vide au quotidien.

    ENTRE BENEFICE ET PATHOLOGIE: UNE FRONTIERE DELICATE

    Tous les spécialistes ne partagent pas cette vision optimiste du vide mental. Le psychiatre Chris Miller, du Centre médical de l’Université du Maryland, met en garde contre certaines manifestations problématiques. Dans des troubles comme le TDAH, ces épisodes peuvent signaler des dysfonctionnements du réseau cérébral par défaut, rendant l’attention et la concentration difficiles.

    L’anxiété extrême peut également provoquer des vides mentaux paralysants, différents du mécanisme protecteur décrit par Demertzi et Andrillon. Dans les cas les plus sévères, ces épisodes ressemblent davantage à de la dissociation – une déconnexion pathologique de la mémoire, des émotions ou de l’identité.

    REPENSER LA CONSCIENCE HUMAINE

    Ces découvertes ouvrent des perspectives fascinantes sur la nature même de la conscience. Si le vide mental constitue notre état neurologique de base, que dire de la conscience chez les nouveau-nés, ou même dans l’utérus?

    Cette question pourrait également éclairer le développement de l’intelligence artificielle: les futures machines conscientes devront-elles elles aussi expérimenter des moments de "rien"?

    Le vide mental n’est donc ni un bug ni un échec de notre système nerveux. Il représente plutôt une caractéristique fondamentale de notre architecture cérébrale – un rappel que même nos cerveaux les plus actifs ont besoin de moments d’arrêt pour fonctionner optimalement. La prochaine fois que votre esprit semblera complètement vide, rappelez-vous qu’il ne fait que prendre soin de vous.

     

  • Orthographe: les élèves font deux fois plus de fautes que leurs parents

    Auteur: Christophe Benzitoun - Maitre de conférences en linguistique française, Université de Lorraine - The Conversation. CC BY ND

    Le 6 décembre 2022, la direction de l’évaluation du ministère français de l’Éducation nationale a publié une nouvelle étude sur les performances en orthographe des élèves de primaire. Cette évaluation se fonde sur les résultats obtenus par des CM2 à une dictée réalisée en 1987, 2007, 2015 puis 2021. De prime abord, le texte proposé ne semble pas particulièrement difficile:

    En 34 ans, le nombre d’erreurs a presque doublé, passant de 10,7 à 19,4 en moyenne (pour 67 mots). Et on peut conclure de cette étude que la baisse s’accélère: on est passé d’une chute de 4 points en 20 ans (entre 1987 et 2007) à une baisse de 4,7 points en seulement 14 ans (entre 2007 et 2021). Comme les années précédentes, c’est l’orthographe grammaticale qui est la plus touchée, c’est-à-dire les accords et la conjugaison. Cependant, derrière ce constat sans appel, un éclairage s’impose.

    LES DIFFICULTES DE L’ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE FRANÇAISE

    L’orthographe française est une des plus complexes au monde et nécessite un apprentissage long et fastidieux. Tout particulièrement l’orthographe grammaticale. Ainsi, il est plus difficile d’enseigner le français écrit à des locuteurs francophones natifs plutôt que le finnois, l’italien ou l’espagnol à des natifs respectifs de ces langues.

    En français écrit, les marques grammaticales sont majoritairement muettes et de nombreuses finales se prononcent pareillement mais ne s’écrivent pas à l’identique. En linguistique, on parle de mots homophones hétérographes. Et dans la dictée ci-dessus, il y a une concentration importante de ces difficultés. Par exemple, les lettres finales des mots tomb-ai-t, inqui-et-s, demand-ai-ent ne se prononcent pas et leur finale prononcée est homophone. Il en est de même pour les mots rentr-é-s, retrouv-é, arriv-er, fatigu-é-s, téléphon-er, aboy-er. Cela suppose un haut degré d’abstraction et de raisonnement pas évident à solliciter durant une activité de dictée. Détaillons un exemple.

     

     

     

    Dans le cas de "nous les verrons arriver très fatigués", l’élève doit choisir si à la fin de fatigués, il faut mettre er, é, és, ée, ées… sans pouvoir s’aider de la prononciation. Pour ce faire, il lui est indispensable de retrouver le donneur d’accord, à savoir les (qui est le complément et non le sujet), ainsi que le groupe auquel renvoie ce pronom ("les gamins").

    On imagine donc la complexité de la tâche pour des enfants d’une dizaine d’années. Cela se traduit par le constat que sur les neuf mots les moins bien réussis (moins d’un élève sur deux), huit comportent ces caractéristiques (inquiets, demandaient, rentrés, perdus, retrouvé, verrons, fatigués, vus). Une petite note d’espoir toutefois: entre 2015 et 2021, les performances des élèves en orthographe grammaticale ont légèrement progressé.

    Concernant le seul exemple d’accord du participe passé avec le complément d’objet direct antéposé ("Elle les a peut-être vus!"), moins d’un élève sur cinq l’écrit correctement. Dans ce cas, la question qu’il faut se poser, c’est celle de savoir où ils l’ont appris, sachant que cette règle est censée être enseignée au collège (la maitrise de l’accord d’un participe passé avec le verbe être, dans les cas les plus usuels, figure dans le programme du cycle 3, soit du CM1 à la sixième, mais celle de l’accord avec avoir, dans le cas d’un complément d’objet antéposé, figure dans le programme du cycle 4, soit de la cinquième à la troisième). On peut également s’interroger sur la pertinence d’évaluer une règle de grammaire qui n’a pas encore été vue.

    L’ORTHOGRAPHE NE S’EST JAMAIS DEMOCRATISEE

    La baisse des performances en orthographe est antérieure à 1987. Dans un rapport rédigé par la Commission ministérielle d’études orthographiques datant de 1965 et présidée par Aristide Beslais, il est écrit:

    "De toutes parts, dans les administrations comme dans l’enseignement, on se plaint de la dégradation rapide de l’orthographe".

    En réalité, contrairement à une idée reçue, l’orthographe ne s’est jamais démocratisée en France. Autrement dit, aucune génération parmi celles qui nous ont précédés n’a maitrisé l’orthographe à grande échelle malgré un nombre d’heures consacré à son enseignement amplement supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. On peut dans les années 1950 des témoignages sur le niveau en orthographe qui reprennent presque au mot près le constat actuel.

    Et aujourd’hui comme hier, les difficultés orthographiques ne touchent pas avec la même intensité les élèves provenant de milieux sociaux différents. Pour le montrer, le département statistique du ministère a mis au point un indice basé sur le niveau social des écoles. Entre les écoles considérées comme les plus favorisées socialement et celles considérées comme les moins favorisées, on passe de 15,5 erreurs en moyenne à 21,9, avec plus du tiers des élèves qui font plus de 25 erreurs.

    Eteve Y., Nghiem X. 2022, "Les performances en orthographe des élèves de CM2 toujours en baisse, mais de manière moins marquée en 2021", Note d’Information, n° 22.37, DEPP.

    La question de l’orthographe représente un enjeu majeur de justice sociale et sa démocratisation un véritable choix de société. Depuis des décennies, on assiste à des batailles politiques et idéologiques rendant difficiles toutes avancées sur le sujet. Pourtant, la situation est connue et documentée depuis longtemps et il est temps d’apporter des réponses à la hauteur.

    Pour ce faire, il existe deux leviers complémentaires. D’un côté, il est possible de rendre l’orthographe française plus régulière, en corrigeant ses imperfections, comme cela a été fait tout au long de son histoire. D’un autre côté, il y a une nécessité d’utiliser et sans doute aussi de concevoir des méthodes plus robustes en rapprochant l’enseignement et la recherche. Refuser, par principe, de considérer ces deux conditions revient à graver dans le marbre la situation actuelle. Pour relever le défi auquel nous sommes confrontés, il va falloir parvenir à dépasser la sempiternelle querelle des anciens contre les modernes.

     

    PS: à force "d'élaguer" soi-disant pour simplifier et ne pas pénaliser les incultes organisés, l'éduc nat à complétement changé l'orthographe et c'est nous, ceux qui ont appris à lire et à écrire le VRAI FRANÇAIS, les retraités, qui sommes devenus les "dinosaures" que les "d'jeuns" ne comprennent plus!