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  • L’intelligence peut-elle être expliquée par la génétique et l’épigénétique?

    Auteurs: Corinne Augé - Professeur en génétique moléculaire et biotechnologie, Université de Tours

    Stéphane Mortaud: Professeur neurosciences, CNRS, Université d’Orléans

    The Conversation - CC BY ND

    Quelle est la part de l’environnement, en particulier social, de l’épigénétique et de la génétique dans les manifestations de l’intelligence (ou des intelligences) chez l’enfant et chez l’adulte?

    Le cerveau humain est un organe fascinant, complexe et remanié en permanence. Au cours du développement de l’embryon, il se développe selon un programme génétique précis. Les cellules souches se divisent, migrent et se différencient en différents types de neurones pour former les réseaux neuronaux qui sous-tendront toutes nos fonctions cognitives, émotionnelles, comportementales et motrices.

    Les mécanismes épigénétiques, c’est-à-dire les mécanismes par lesquels une cellule contrôle le niveau d’activité de ses gènes, jouent ici un rôle majeur: méthylation de l’ADN, modification des histones (protéines) et ARN non codants vont soit activer soit réprimer, à la fois dans l’espace et au cours du temps, les gènes nécessaires à la formation et à la migration des neurones, puis à la formation des synapses.

    Tandis que le cerveau se construit, chaque neurone reçoit ainsi un ensemble de marques épigénétiques qui déterminent son identité, son activité et sa connectivité aux autres neurones. Ce profil épigénétique, spécifique à chaque type de neurone, se met en place en fonction de signaux environnementaux: contexte hormonal, présence de facteurs morphogéniques (les protéines qui contrôlent la place et la forme des organes), activité électrique naissante. La moindre perturbation peut altérer, cette programmation fine, très sensible non seulement à l’environnement intra-utérin, mais aussi à l’alimentation, voire aux émotions de la future maman.

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  • Colère et défoulement: le mythe de la cocotte-minute

    Derrière ce réflexe se cache le mythe de la catharsis: la colère serait comme une vapeur sous pression qu’il faudrait laisser s’échapper, en hurlant dans sa voiture, en frappant un oreiller ou en enchaînant les coups sur un sac de boxe. Ce scénario donne une illusion de maîtrise, mais les travaux compilés ces dernières années montrent autre chose: si l’on se sent "vidé" après, c’est surtout parce que le corps est épuisé, pas parce que l’émotion s’est réellement apaisée.

    Une méta-analyse publiée en 2024 dans la revue Clinical Psychology Review, portant sur 154 études et 10 189 participants, a comparé différentes façons de gérer la colère. Résultat: les activités de défoulement (punching-ball, cris, jogging en mode sprint, salles de casse) maintiennent la colère, voire l’augmentent, alors que les activités calmes (respiration, relaxation, méditation, yoga doux, simple pause ou fait de compter jusqu’à 10) réduisent significativement la colère et l’agressivité. Autrement dit, le geste qui paraît le plus logique enflamme souvent le système au lieu de l’éteindre.

    CE QUE LE CERVEAU COMPREND VRAIMENT QUAND LA COLERE MONTE

    Pour comprendre ce décalage, il faut regarder comment le cerveau traite un conflit. La neuroscientifique espagnole Nazareth Castellanos résume bien le dilemme intérieur: "On dit qu’il y a des moments où le cerveau répond et d’autres où il réagit. Idéalement, le cerveau devrait répondre, mais normalement il réagit, c’est-à-dire qu’il réagit très rapidement", explique Nazareth Castellanos, citée par BBC News Mundo. Dans ces réactions éclairs, l’amygdale (centre d’alerte émotionnelle) prend la main sur l’hippocampe et le cortex frontal, qui servent à mettre les choses en perspective.

    Le système d’alerte se déclenche aussi à l’extérieur: des chercheurs de l’Université de Genève ont montré, grâce à l’électro-encéphalogramme, que le cerveau repère une voix en colère en quelques centaines de millisecondes et garde plus longtemps son attention dessus que sur une voix neutre ou joyeuse. " La colère peut annoncer une menace potentielle, c’est pourquoi le cerveau analyse plus longtemps ce genre de stimuli. Ce mécanisme permet, dans un environnement sonore, de ne pas s’alarmer au moindre bruit potentiellement menaçant ou, au contraire, d’adopter le comportement le plus adéquat en cas de danger. Ces millisecondes d’attention supplémentaires sont donc capitales pour une bonne interprétation de la menace", analyse Leonardo Ceravolo, dans un communiqué de l’Université de Genève. Sur le plan physique, la colère accélère le cœur, augmente la pression artérielle et la fréquence respiratoire; une étude menée en 2024 par Daichi Shimbo a même montré qu’un épisode de colère de huit minutes modifie la capacité des vaisseaux sanguins à se dilater, ce qui, à force de répétition, pourrait favoriser des lésions vasculaires.

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  • Voici les 4 techniques concrètes

    d’Albert Moukheiber pour développer son discernement

    Face au déluge d’opinions sur les réseaux, comment garder l’esprit clair et éviter les pièges des idées toutes faites? Albert Moukheiber, docteur en neurosciences, livre quatre méthodes simples et percutantes pour aiguiser son discernement.

    Il y a ceux qui ont une opinion sur tout. Et il y a ceux qui, comme Albert Moukheiber, acceptent de ne pas en avoir, et c’est précisément là que commence l’esprit critique.

    Dans un monde saturé d’informations contradictoires, le psychologue clinicien et docteur en neurosciences invite à ralentir, questionner ses certitudes et renouer avec un doute sain.

    Invité du podcast Le Gratin animé par Pauline Laigneau, Albert Moukheiber a partagé quatre techniques simples, efficaces et parfois contre-intuitives pour apprendre à penser avec rigueur, et à résister aux effets de manche des réseaux sociaux. Des clés précieuses à l’heure où chaque influenceur semble devenu expert en santé, politique ou astrophysique.

    1. FAUT-IL VRAIMENT AVOIR UN AVIS SUR TOUT?

    Premier réflexe à adopter selon Moukheiber: se demander si l’on a réellement besoin d’une opinion sur un sujet donné. Doit-on absolument trancher sur la situation politique en Argentine ou sur la nature des trous noirs? Pas forcément.

    "Est-ce que j’ai besoin d’avoir un avis? Est-ce que cet avis va m’être utile, est-ce que je vais faire quelque chose avec?", interroge-t-il.

    Pour lui, il est non seulement légitime, mais sain d’assumer qu’on ne sait pas.

    Il ajoute: "C’est mal vu aujourd’hui de dire qu’on ne sait pas, mais il faut commencer par soi".

    Ce refus de se forger des opinions superficielles s’avère libérateur. Il permet de retrouver du temps et de l’attention pour les sujets qui comptent vraiment.

    1. APPRENDRE A PONDERER SES CONVICTIONS

    Deuxième outil: nuancer son opinion avec des degrés de certitude. Plutôt que de penser en noir ou blanc, Albert Moukheiber préfère attribuer un pourcentage de confiance à ses idées. "Sur certains sujets, je suis sûr à 99%, sur d’autres à 20%", dit-il.

    Cette approche l’aide à rester ouvert et à évoluer. Dans ses conférences ou ses vidéos, il assume de dire: je pense ça, à 63%.

    Ce chiffre est arbitraire, mais le geste est fort. Il matérialise une marge de manœuvre mentale, un espace de révision possible. Une gymnastique qui évite les opinions figées, souvent sources de crispation ou d’erreurs.

    1. QUEL TEMPS AI-JE VRAIMENT CONSACRE AU SUJET?

    Troisième réflexe: évaluer l’investissement réel qu’on a accordé à un sujet avant de se sentir légitime à en parler. Albert Moukheiber reçoit parfois des messages de personnes lui soumettant leur propre théorie sur le fonctionnement du cerveau. Son réflexe? Comparer leur démarche à celle des milliers de chercheurs qui planchent sur ces questions depuis des années.

    " Si je pense avoir trouvé quelque chose qu’ils n’ont pas vu, il faut que je me demande pourquoi ", explique-t-il.

    Ce simple exercice d’humilité permet de désamorcer bien des illusions. Il s’agit d’accepter que la complexité ne se résout pas à coups d’intuitions rapides.

    1. CONFRONTER SES IDEES A CELLES DES EXPERTS

    Enfin, le discernement ne se construit pas seul. Penser par soi-même ne signifie pas penser dans son coin, insiste Moukheiber.

    L’esprit critique, selon lui, consiste à "PENSER CONTRE SON CERVEAU, AVEC LES AUTRES". Cela implique d’écouter ce que disent les personnes qui ont une expertise sur un sujet.

    Il ne s’agit pas de les croire aveuglément, mais de considérer les probabilités: si 100 experts s’accordent sur un point, il y a moins de chances qu’ils aient tous tort que moi seul raison.

    Comme il le résume: "Si je veux dire qu’on n’utilise que 10% de notre cerveau, alors que tous les neuroscientifiques le contestent depuis 20 ans, il faut vraiment que j’aie une raison solide".

     

    Ghislain de Haut de Sigy