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Psychologie - Page 4

  • Les quatre âges où votre cerveau se réorganise totalement

    Notre cerveau se reconfigure complétement à plusieurs âges, tout au long de notre vie: ceci expliquerait les décisions discutables que l’on pourrait parfois prendre entre deux?

    Le cerveau, comme tous nos organes, vieillit: l’information n’est pas un scoop. S’il serait tentant de croire qu’il décline de manière homogène vers l’inévitable perte de ses capacités, c’est une idée fausse, que les neurosciences contredisent aujourd’hui. Une équipe de chercheurs de la prestigieuse Université de Cambridge vient de démontrer que le déclin cérébral ne suit pas une courbe linéaire.

    Publiée le 25 novembre dans la revue Nature Communications, leur étude démontre qu’en atteignant quatre âges différents, notre cerveau voit son organisation interne subir d’importants changements.. Au total, il passera par cinq grandes " ères cérébrales ", qui se produisent précisément à neuf, 32, 66 et 83 ans.

    LE LONG PASSAGE DE L’ENFANCE A LA MATURITE NEURONALE

    Pour déterminer ces quatre stades, les chercheurs ont analysé les IRM de diffusion provenant de personnes âgées de 0 à 90 ans. Ces examens cérébraux permettent de suivre les mouvements des molécules d’eau dans notre cerveau. Dans la matière blanche (les fibres de connexion du cerveau), l’eau tend à se propager dans le sens des fibres neuronales (phénomène d’anisotropie). C’est en mesurant l’anisotropie que les chercheurs ont pu répertorier le câblage et l’évolution des connexions cérébrales au fil du temps.

     

    En observant ces données, les chercheurs ont ainsi trouvé que, de la naissance jusqu’à l’âge de 9 ans, le cerveau fabrique un grand nombre de connexions (les synapses), tout en éliminant celles qu’il n’utilise pas. Une phase de tri essentielle pour l’enfant, qui lui permet de renforcer les circuits cérébraux fortement sollicités par l’apprentissage et l’environnement. Ceux qui résistent à ce processus d’élimination formeront la base de ses futurs grands réseaux cognitifs.

    Durant cette période, la matière blanche et la matière grise connaissent également une expansion très rapide de leur volume, car le cerveau optimise sa vitesse de transmission et sa capacité de traitement.

    C’est aussi à cette période que le cerveau est le plus vulnérable, les chercheurs expliquant qu’elle correspond à "un moment où les capacités cognitives progressent fortement, mais où le risque de troubles neuro-développementaux est lui aussi plus marqué".

    Pour imager le phénomène, imaginez le montage ultrarapide d’un haut échafaudage: tant que ses barres ne sont pas solidement fixées (les réseaux neuronaux), le moindre tangage peut s’avérer très dangereux.

    Arrive ensuite un point de bascule aux alentours de 32 ans; c’est selon l’équipe, la période où l’architecture du cerveau est la plus optimisée. Alexa Mousley, neuroscientifique et coautrice de l’étude, explique que c’est à ce moment-là que sont observés "les plus grands changements directionnels dans le câblage et la plus forte inflexion de trajectoire [NDLR: évolution de la structure et de l’organisation des réseaux cérébraux au fil du temps]".

    Le cerveau achève ici sa maturité et sort enfin des changements structurels typiques de l’adolescence, entamant la période la plus longue et stable de son existence: ses connexions sont parfaitement définies.

    A partir de là, pendant près de 30 ans, le cerveau ne change que très peu, son organisation interne est en phase de plateau, coïncidant, selon l’équipe avec " une stabilité de l’intelligence et de la personnalité ". C’est à ce moment-là que nous sommes à notre zénith, d’un point de vue cérébral, bien sûr.

    LES DERNIERES DECENNIES DU CERVEAU: LA FIN DE LA ROUTINE CEREBERALE

    Autour de 66 ans, le cerveau entre dans sa troisième grande période. Rien de catastrophique ou aucun changement soudain selon les chercheurs, mais c’est à cet âge que l’on voit poindre les premiers ralentissements: les connexions deviennent moins vives et leur réorganisation est plus lente; la plasticité neuronale s’atténue. La matière blanche se détériore légèrement, ce qui fait que les aires du cerveau communiquent plus lentement entre elles. Selon Mousley, cette transition correspond également à " un âge où les individus sont davantage exposés à toute une série de problèmes de santé susceptibles d’affecter le cerveau, comme l’hypertension ".

    Vient ensuite l’ultime transformation, qui survient autour de 83 ans. Non pas que le cerveau ne parvienne plus à fonctionner, mais ses grands réseaux neuronaux sont sollicités différemment. Au lieu de faire travailler ses plus vastes zones (comme les aires frontales, pariétales et temporales) en coordination, il recourt davantage aux aires encore performantes et qui ont moins perdu en robustesse (notamment les régions sensorielles et motrices primaires).

    Ces dernières gardent généralement une meilleure connectivité et sont plus résistantes au vieillissement. Selon les conclusions de l’étude le cerveau passe d’un mode de fonctionnement global (les grandes zones du cerveau travaillent ensemble) à un mode local (seules quelques régions bien préservées prennent le relais).

    Notre cerveau reste donc étonnamment actif et plastique, même au crépuscule de sa vie, ce qui contredit complétement les fausses théories qui ont bercé la neurobiologie tout au long du XXème siècle. Celles qui postulaient que notre cerveau se figeait une fois l’enfance passée, un dogme qui fut enseigné jusque dans les années 1990. Un raisonnement qui a affreusement mal vieilli, contrairement à certains de nos neurones, qui, au contraire s’acharnent à maintenir la machine en ordre de marche.

  • Quels sont les effets des écrans sur les enfants?

    Image générée par I.A.

    Réponse avec Michel Desmurget

    Un article rédigé par Matthieu Riolland - RCF Poitou Deux-Sèvres

    Michel Desmurget est docteur en neuroscience et directeur de recherche à l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Il est spécialisé dans le développement cognitif des enfants. Il a écrit plusieurs livres à ce sujet: “La fabrique du crétin digital”, “Faites-les lire” ou encore “TV lobotomie”. Pendant plus d’une heure et demi de conférence, il est revenu sur les effets négatifs des écrans. Après sa conférence, il a répondu à nos questions.

    RCF: D'après les données sur lesquelles vous vous appuyez, certains enfants entre deux et quatre ans passeraient en moyenne près de trois heures par jour devant les écrans. Le problème, c’est que ce temps n’est pas utilisé pour d’autres activités importantes?

    Michel Desmurget: Je reviens au chiffre des trois heures. Il est colossal car ce sont des enfants qui dorment douze à quatorze heures par jour. Donc, c'est faramineux.

    Il y a des impacts directs. Le cerveau n'est pas fait pour être sollicité sans arrêt, pour encaisser des stimulations sensorielles, du bruit, des images, des sons. Par exemple, les rats et les souris ont une physiologie cérébrale qui est assez proche. Quand on élève ces animaux-là avec des sons de dessins animés et des images des lumières correspondantes, on s'aperçoit qu’ils construisent des troubles de la concentration, des troubles de l'impulsivité, des troubles de l'apprentissage. Cette surstimulation sensorielle constante des écrans a en elle-même des impacts qui sont extrêmement délétères sur la concentration, sur le sommeil et sur le développement de l'enfant.

    Et puis il y a des effets indirects. Quand vous passez trois heures sur les écrans, il faut forcément prendre le temps quelque part. La première victime temporelle, c'est le sommeil. On ne dort pas pour se reposer, on dort parce qu'il y a des choses que le cerveau ne peut pas faire quand on est réveillé. En gros, le cerveau assure la maintenance de l'organisme. Tout ce qu'il ne peut pas faire quand on est réveillé, parce qu’il est trop sollicité, il le fait pendant qu'on dort.

    Il y a des effets aussi sur les interactions intrafamiliales. Pour un jeune enfant, le développement de son langage, le développement de ses connaissances générales, dépend énormément des interactions verbales qu'il va avoir avec son milieu. C'est-à-dire que quand l'enfant est sur l'écran, il ne parle pas, ça altère énormément ces interactions intrafamiliales entre adulte et enfant. Il ne s'agit pas de culpabiliser les parents, mais c'est pareil pour le temps que les parents passent sur les écrans en présence des enfants.

    Le troisième effet, c'est le temps pris à la lecture. On sous-estime massivement les apports positifs et l'importance de la lecture dans le développement de l'enfant, dans sa réussite scolaire ultérieure. Ces écrans prennent du temps à d'autres activités qui sont absolument essentielles.

    RCF: On peut lire, apprendre de nouvelles langues grâce aux écrans. Pourquoi être aussi critique?

    Il est évident que si nos enfants lisaient sur les écrans, ou consultaient des tutos de résolution d'équations, il n'y aurait pas de problème.

    La réalité, c'est qu'ils utilisent ces écrans dans leur quasi-totalité pour des activités récréatives. 90% du temps d'écran ou plus est consacré à trois activités: la télévision (les séries, les films, les streamings, etc.), les jeux vidéo et les réseaux sociaux. Ce sont des activités qui ont des effets extrêmement néfastes sur le développement de l'enfant, sur la concentration, sur le langage, sur le sommeil, sur la santé mentale, qui sont maintenant des éléments avérés.

    Il s'agit plutôt de dire que les écrans sont utilisés de la façon la plus délétère qui soit, et le problème est là.

    RCF: Quelles sont les limites pour qu’un enfant se développe dans de bonnes conditions?

    Les écrans récréatifs, à tous les âges, c'est le moins le mieux. Il faut essayer de protéger l'enfant dans les phases initiales précoces de grande plasticité, donc de grande vulnérabilité cérébrale. L'idéal, c'est zéro écran jusqu'à six ans parce que la plasticité cérébrale, la structuration des réseaux du langage nécessitent vraiment un fort engagement.

     

    Après six ans, les études montrent que, si le sommeil est respecté, si les contenus sont adaptés, jusqu'à une demi-heure par jour, il n'y a pas d'impact négatif. Dès qu'on arrive à une heure, on commence à avoir des effets.

    Les 13-18 ans, jusqu'à une demi-heure par jour, on n'a pas d'effet. On commence à avoir des effets négatifs qu'on peut juger tolérables à cet âge-là jusqu'à une heure. Mais surtout, ne pas dépasser une heure et demie, deux heures, parce que ça devient colossal.

    On me dit: “Il faut vivre avec son temps”. Les études montrent qu'il n'y a pas de détriment à ne pas être exposé aux écrans et qu'il y en a des normes à y être exposés.

    RCF: Comment expliquer qu’il n’y a pas encore de changement?

    Il y a des intérêts financiers colossaux derrière. Des entreprises, comme Tik Tok, Meta, Instagram, Netflix, les entreprises de jeux vidéo, etc. Il y a, d'ailleurs, une étude intéressante du service investigation de France Info qui montre qu’à l'éducation nationale, il y a certains experts qui sont curieusement proches des GAFAM.

    Maintenant, les rapports se multiplient. Ils disent à peu près tous la même chose et ils font un constat négatif. Le dernier rapport parlementaire sur TikTok est absolument effarant. Il nous explique que TikTok broie le cerveau de nos gamins. Donc, à un moment donné, il faut arrêter les rapports et il va falloir quand même commencer à agir.

    J'ai la faiblesse de croire que l'action la plus décisive et la plus efficace se fera sans doute au niveau de la société civile et au niveau des parents, des enseignants et des gens qui sont au contact. Donc, il faut qu'en tant que parents, on s'y mette, parce que si on attend que l'Europe et les différentes strates politiques se mettent en marche, on risque de voir encore quelques générations tristement sacrifiées.

  • Voici la clé révélée d’un cerveau plus jeune

    image générée par I.A.

    Une vaste étude publiée dans Nature Aging le 10 novembre 2025 vient de révéler que parler plusieurs langues pourrait ralentir le vieillissement du cerveau. Menée auprès de plus de 80.000 participants à travers 27 pays européens, cette recherche montre que les personnes multilingues ont deux fois moins de risques de présenter des signes de vieillissement biologique accéléré que celles qui ne maîtrisent qu’une seule langue.

    UNE ETUDE D’AMPLEUR INEDITE

    Sous la direction du neuroscientifique Agustín Ibañez, de l’Université Adolfo Ibáñez de Santiago, les chercheurs ont cherché à trancher une question ancienne: le multilinguisme protège-t-il réellement le cerveau contre le déclin cognitif?

    Jusque-là, les études disponibles restaient limitées par des échantillons trop restreints et des méthodes de mesure du vieillissement parfois approximatives. Cette fois, l’analyse de 86.000 adultes âgés de 51 à 90 ans, tous en bonne santé, offre un cadre bien plus solide. Les chercheurs ont calculé pour chacun un "écart d’âge bio-comportemental", c’est-à-dire la différence entre leur âge réel et leur âge prédictif, estimé à partir de données physiologiques, sociales et comportementales (état de santé, niveau d’éducation, mode de vie).

    Résultat: les participants parlant plusieurs langues présentent un écart plus faible, signe d’un vieillissement cérébral ralenti. Ces conclusions rejoignent plusieurs travaux antérieurs suggérant que le bilinguisme stimule la mémoire, la concentration et la flexibilité mentale. En maintenant le cerveau constamment actif, la pratique de plusieurs langues renforcerait les connexions neuronales et améliorerait la résilience cognitive face au temps.

    UN EFFET PROTECTEUR CONFIRME PAR LES NEUROSCIENCES

    Pour Christos Pliatsikas, chercheur en neurosciences cognitives à l’Université de Reading, au Royaume-Uni, cette étude marque un tournant: jamais un échantillon aussi large n’avait permis d’observer une corrélation aussi nette entre le multilinguisme et le ralentissement du vieillissement cérébral.

    Selon lui, ces résultats pourraient "révolutionner le domaine" de la recherche sur le vieillissement cognitif. Même enthousiasme du côté de Susan Teubner-Rhodes, psychologue cognitive à l’Université d’Auburn, en Alabama, qui y voit une incitation concrète à pratiquer activement une langue étrangère au quotidien.

    Selon elle, entretenir plusieurs langues, ou en apprendre une nouvelle, serait une forme d’entraînement mental aussi bénéfique qu’une activité physique régulière pour le corps. Au-delà de la linguistique, cette découverte ouvre une perspective sociale et éducative: promouvoir le multilinguisme dès le plus jeune âge pourrait devenir un outil de santé publique.

    Si le cerveau est un muscle, alors apprendre à dire "bonjour" dans plusieurs langues ne relève plus du luxe culturel, mais d’un véritable geste préventif contre le temps.