Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Psychologie - Page 2

  • Nez qui s’allonge et bras qui s’étirent:

    découvrez les illusions corporelles

    Auteurs: Thomas Chazelle - Doctorant en psychologie cognitive, Université Grenoble Alpes (UGA)

    Richard Palluel-Germain - Enseignant Chercheur en Psychologie, Université Grenoble Alpes (UGA)

    The Conversation- CC BY ND

    La manière dont on perçoit notre corps peut être altérée en quelques minutes, voire en quelques secondes, dans une simple expérience de laboratoire. Pourriez-vous sentir que votre nez s’est allongé comme celui de Pinocchio? Ou qu’une main en caoutchouc a remplacé votre propre main? Ce genre d’illusions est la spécialité de certaines équipes de recherche en psychologie cognitive.

    L’illusion Pinocchio peut être reproduite chez vous à l’aide de deux complices et d’un peu d’entraînement. L’expérimentateur doit faire bouger le doigt de la "victime" (bien qu’en recherche, on préfère généralement le terme de "participant") pour qu’il touche le nez d’un acolyte assis devant lui. Simultanément – c’est là que ça se corse –, l’expérimentateur doit toucher le nez du participant à chaque fois que son doigt touche le nez du complice. Le participant doit garder les yeux fermés. Quelques secondes de stimulation peuvent suffire à produire l’illusion chez le participant que son nez s’est allongé: c’est l’illusion du " nez fantôme " (démonstration vidéo).

    À l’origine, cet effet a été montré avec un protocole légèrement plus complexe, basé sur une autre illusion: l’illusion de mouvement. Des vibrations au niveau des tendons du bras permettent de faire croire au participant que son bras est en extension alors qu’il reste figé. Si le participant touche son nez alors que l’illusion de mouvement est déclenchée, il sent son bras partir et son nez grandir d’autant.

    De nombreuses autres parties du corps sont sensibles à cette illusion. Dans une variante qu’on pourrait appeler l’illusion de la tante Marge, c’est le ventre du participant qui gonfle comme celui de l’imbuvable tante de Harry Potter.

    Juste Une Illusion?

    La portée théorique de ces effets est bien plus grande qu’il n’y paraît. L’illusion Pinocchio – ainsi que toute une famille d’illusions et d’effets appelés les illusions corporelles – participent à notre compréhension de la manière dont le cerveau se représente le corps.

    D’abord, elles démontrent la grande flexibilité de la représentation du corps. Nous savons bien que notre nez ne dépasse pas quelques centimètres, mais l’illusion Pinocchio prouve qu’une stimulation rapide suffit à donner la perception faussée qu’il s’est allongé. Cette propriété est pourtant étonnante quand on constate l’apparente rigidité du cerveau face à d’autres phénomènes, comme le membre fantôme.

    Un membre fantôme est une sensation, douloureuse ou non, qui semble provenir d’un membre absent, amputé ou dont les nerfs ont été rompus. Les sensations fantômes peuvent perdurer plusieurs années après la perte du membre et attestent, eux, d’une certaine résistance du schéma corporel au changement.

    Certains auteurs résolvent cette contradiction entre rigidité et flexibilité en proposant qu’il existerait un plan du corps inné mais modifié par l’expérience. L’idée ne fait cependant pas consensus, et ce thème de recherche reste central en psychologie du corps.

    Les illusions corporelles confirment également de grands principes du traitement de l’information par le cerveau. Le cerveau aime la cohérence. Dans l’illusion Pinocchio, il est confronté à des informations opposées: d’une part, il sent le bras s’étendre, et d’autre part, il continue de sentir le doigt en contact avec le nez. Pour résoudre cette contradiction, le cerveau produit alors l’illusion que le nez s’est allongé. Dans cette situation, l’illusion vient résoudre une contradiction entre les informations que l’on reçoit de différentes sources: la cohérence est maintenue. C’est pour cela qu’il est essentiel que le participant garde les yeux fermés. En ouvrant les yeux, on voit que le bras est en fait resté immobile, ce qui résout la contradiction et dissipe l’illusion.

    Certains auteurs interprètent aussi les illusions corporelles comme des preuves montrant l’existence d’un cerveau " statisticien ". Pour résoudre les problèmes qui se posent à lui, le cerveau doit en effet intégrer les informations à sa disposition (vision, toucher, proprioception…) de manière optimale et en fonction de ses connaissances préalables.

    Pour ce faire, il doit d’abord décider si deux informations proviennent d’une même source (mon nez propre) ou de deux sources différentes (mon nez et celui d’une autre personne). En l’absence d’informations visuelles contraires, le cerveau privilégierait l’interprétation selon laquelle le nez touché et le nez ressenti correspondent à une seule et même cause, le nez allongé. Ce processus serait la base de l’illusion Pinocchio, selon les partisans de cette théorie du cerveau " bayésien " et optimisateur.

    DES ILLUSIONS POUR SOIGNER

    Les illusions corporelles sont donc utiles à la recherche en psychologie et en neurosciences pour mieux comprendre comment le cerveau se représente le corps. Mais au-delà de la curiosité intellectuelle et scientifique que représentent ces illusions, elles pourraient s’avérer des outils inattendus dans la compréhension et la prise en charge de certains troubles psychiatriques.

    Dans l’anorexie mentale, par exemple, les patientes (les femmes sont plus souvent touchées, même si les hommes peuvent aussi présenter cette pathologie) s’imposent des restrictions alimentaires notamment parce qu’elles s’estiment trop grosses. Cette distorsion de la représentation corporelle semble être un facteur de risque important pour cette pathologie. Elle s’exprime par exemple dans des questionnaires sur la satisfaction corporelle. Cependant, elle est ancrée encore plus profondément dans la manière dont les patientes se représentent leur corps. Par exemple, dans une étude portant sur la marche, les patientes présentant une anorexie mentale se déplaçaient comme si leur corps était réellement plus large.

    Les illusions corporelles pourraient être utilisées dans ce contexte psychiatrique comme techniques de remédiation pour recalibrer la manière dont les patientes évaluent leurs corps. Après une session de réalité virtuelle où des patientes avec anorexie mentale étaient plongées dans un corps de corpulence moyenne, leurs erreurs d’estimation de leur propre corps diminuaient. Le niveau de preuve en faveur de l’efficacité de ce type de protocoles est modéré, mais encourageant. Ces illusions pourraient donc être des clés ouvrant une meilleure compréhension, mais aussi une meilleure prise en charge des troubles de la représentation corporelle.

    L’illusion Pinocchio et les autres illusions corporelles se situent ainsi à la croisée de la recherche fondamentale sur le fonctionnement du cerveau et de la recherche appliquée en psychothérapie. Pour autant, les chercheurs doivent encore écarter les différentes limites des expérimentations précédentes avant de proposer une vraie prise en charge basée sur les illusions corporelles. Sur ce sujet, il faudra encore attendre: l’illusion Pinocchio ne nous a pas encore livré toute la vérité.

  • Vous perdez souvent vos clés ou votre téléphone?

    Les 2 astuces d'un chercheur en neurosciences pour ne plus rien oublier

    Perdre ses clés, oublier son téléphone, laisser son écharpe au restaurant: ces oublis du quotidien ne sont pas dus à une mauvaise mémoire. Des chercheurs en neurosciences expliquent pourquoi cela arrive et proposent des stratégies concrètes pour y remédier.

    Un expert de la mémoire donne des astuces pour mieux se souvenir d'où on laisse ses affaires quand les oublis sont répétitifs.

    Nous avons tous vécu des moments de frustrations: perte de clés, de portefeuille, de téléphone portable … alors qu’ils étaient juste dans votre main.

    Mark McDaniel, chercheur spécialisé dans la mémoire humaine depuis près de 50 ans, a partagé sa propre expérience à ce sujet dans les colonnes de Medical Xpress: “je devrais savoir comment me souvenir, mais sur le moment, on ne pense pas qu'on va oublier”, confie le professeur en sciences psychologiques et cérébrales à l'Université Washington de Saint-Louis.

    POURQUOI PERD-ON NOS AFFAIRES? UN PROBLEME D'ATTENTION, PAS DE MEMOIRE

    Daniel L. Schacter, professeur de psychologie à Harvard, spécialiste de la mémoire, explique que tout le monde est sujet à ces oublis, à des degrés divers. Le coupable? “Une rupture à l'interface entre la mémoire et l'attention”, précise-t-il. Comme les conducteurs qui arrivent à destination sans se souvenir du trajet, nous posons nos clés machinalement en pensant à autre chose. La mémoire ne s'encode pas, car notre attention est ailleurs. Résultat: impossible de retrouver le souvenir plus tard. “Il faut faire un petit effort cognitif au moment de l'encodage: concentrer son attention”, souligne le chercheur.

    LES 2 ASTUCES EFFICACES POUR RETROUVER SES AFFAIRES

    Pour les objets du quotidien, la solution la plus efficace est de créer des automatismes.

    Identifiez vos “objets à problème” (téléphone, portefeuille, clés) et attribuez-leur un emplacement fixe. Daniel Schacter laisse toujours ses lunettes de lecture au même endroit dans sa cuisine et range systématiquement son téléphone dans la même poche de son sac de golf. Avec la répétition, cela devient automatique.

    Pour les objets utilisés occasionnellement, Mark McDaniel recommande la technique de “l'élaboration”: dire à voix haute où vous posez l'objet au moment où vous le faites.

    “Le dire à voix haute crée un meilleur encodage car cela force l'attention, et la verbalisation enrichit la mémoire”, explique-t-il.

    Plus vous ajoutez de détails, mieux c'est: “Je mets mon chapeau sous la chaise pour ne pas le salir sur la table".

    Vous ne penserez peut-être pas à le reprendre en partant, mais vous vous souviendrez au moins où vous l'avez laissé.

    Agathe Bourdarias

     

    Source: Where are those darn keys? Tricks for remembering where you put things, Medical Xpress, 29 janvier 2026

  • Étudiez fort, et vous pourrez réduire les risques de démence

    Auteur; David Chandross - Associate lecturer, Masters of Digital Media Program, and Senior Scholar in the field of Aging and Technology, Ted Rogers School of Management, Toronto Metropolitan University

    The Conversation - CC BY ND

    Chaque année des centaines d’étudiants âgés se rassemblent à Toronto, convoqués en personne ou en ligne, dans l’attente fébrile de leur diplôme.

    Certains d’entre eux ont plus de 90 ans, d’autres sont atteints de démence.

    Une diplômée, qui a terminé 15 cours donnés par la faculté de l’Université Ryerson, a déjà été directrice artistique pour Madonna. Elle a soutenu une thèse selon laquelle la conception de l’art du philosophe prussien Emmanuel Kant était supérieure à celle du philosophe écossais David Hume. Kant estimait que l’art était basé sur l’intention, Hume disait qu’il était une habileté.

    Durant le cours, cette étudiante pouvait fort bien défendre son argumentation rationnellement. La semaine suivante, elle ne s’en souvenait guère. Mais à ce moment précis, celui-là où les patients atteints de démence se retrouvent, existentiellement, elle était présente.

    Et les bénéfices vont au-delà de la présence. La participation à l’enseignement supérieur peut aussi modérer la perte de la fonction cognitive associée au vieillissement et à la maladie d’Alzheimer.

    Gill Livingston et son équipe qui dirigent la commission The Lancet sur la démence o nt démontré que la résilience peut aider à ralentir la progression de la démence ou à en retarder l’apparition. L’idée sous-jacente à la résilience est un concept nommé réserve cognitive. Les facteurs de mode de vie tels que l’alimentation et la forme physique – et aussi l’apprentissage – rehaussent la réserve cognitive. Une réserve cognitive accrue permet de lutter contre la perte de mémoire.

    DE LA PHILOSOPHIE A LA NEUROPSYCHOLOGIE

    Au cours des quatre dernières années, l’Université Ryerson, en association avec Baycrest Health Sciences, a offert jusqu’à 20 cours par année aux personnes âgées. Certaines d’entre elles sont atteintes de démence, d’autres pas – elles sont assises côte à côte en classe.

     

    Les cours sont de sérieuses sessions intensives de deux heures pendant huit semaines. Parmi les sujets on compte  la philosophie de Socrate, l'astronomie, la neuropsychologie, le romantisme et les grands artistes, la musique classique, les grands réalisateurs, la littérature française et l’archéologie.

    Archéologue formée à Harvard, David Lipovitch dirige des cours sur des fouilles qu’il mène au Moyen-Orient. Des journalistes chevronnés au Globe and Mail et des spécialistes de l’histoire de Broadway s’adressent à des classes allant jusqu’à 30 étudiants.

    Le secret c’est l’implication – optimiser l’apprentissage pour réduire l’isolation sociale et rehausser l’estime de soi. Ces programmes ne sont pas " ludo-éducatifs ", mais ils rivalisent avec le contenu des vrais programmes universitaires de premier cycle.

    Ce qui est différent c’est que les étudiants n’effectuent pas de travaux. On les note sur leur effort à participer. Une étudiante atteinte de démence avancée, tout en étant toujours cohérente, a dit: "J’ai de la difficulté à me remémorer bien des choses et ceci est le moment marquant de ma semaine, alors VOUS n’oubliez pas de m’amener ici la semaine prochaine! "

    Ce genre de commentaire est fréquent. Et l’idée même que l’apprentissage organisé a poussé cette patiente à poser une "action métacognitive" – sachant qu’elle est atteinte de démence et qu’elle a besoin de compenser – est impressionnante en soi.

    CONNEXITE SOCIALE ET STIMULATION MENTALE

    Le rapport de la commission The Lancet a aussi examiné le rôle de l’éducation dès la petite enfance dans le développement de la démence. Les données suggèrent qu’un manque d’accès à l’éducation entraîne une incidence accrue de démence en raison d’une réserve cognitive réduite.

    Cela souligne la valeur d’éduquer les personnes âgées durant de longues périodes – non seulement celles qui sont atteintes de démence, mais aussi celles qui sont en santé et à risque de démence.

    L’étude marquante de George Rebok en 2014 sur les effets de l’éducation pour les personnes âgées a suivi les participants sur une période de 10 ans, explorant plusieurs aspects de la fonction cognitive. On a noté de petits effets dans l’habileté accrue de penser et des effets plus impressionnants concernant l’hygiène personnelle, l’auto-efficacité et autres mesures de bien-être.

    L’apprentissage semble offrir aussi bien la connexité que la stimulation mentale, menant à la résilience sociale par l’augmentation de la réserve cognitive. Le raisonnement et la vivacité de pensée se sont améliorés dans les résultats de Rebok, mais non la mémoire.

    On prévoit qu’au moins la moitié de la population humaine aura plus de 50 ans d’ici 2050. (Baycrest Health Sciences). (Baycrest Health Sciences), Author provided

    On ne comprend toujours pas si la répétition mentale focalisée par l’apprentissage peut prévenir ou contrer la démence. Des études de Julia Spaniol à l’Université Ryerson démontrent qu’une hausse de l’implication et la motivation chez les personnes âgées aide à débloquer la mémoire. Mais jusqu’à récemment, il n’y avait pas de recherche centrée sur le rôle d’apprentissage plus poussé, comme ces cours universitaires intensifs, sur les conséquences de la démence ou la qualité de vie.

    "EUDEMONISME" POUR UNE SOCIETE VIEILLISSANTE

    Toutefois, cela est sur le point de changer. Cet été, le Centre for Aging and Brain Health Innovation (CABHI) a accordé une subvention à notre équipe – pour enquêter sur l’utilisation des technologies d’apprentissage, telles que les médias en continu comparativement aux sessions en personne pour les gens atteints de démence ou à risque d’en être frappé.

    Le but de ce programme est de créer un accès plus large à des possibilités permanentes d’apprentissage pour les adultes âgés indépendamment de leur lieu de résidence – qu’il s’agisse de soins à long terme ou dans la communauté. Les études cliniques ont débuté en septembre 2018 et nous allons faire rapport sur nos données à la fin du printemps de 2019.

     

    L’espérance de vie augmente et on prévoit qu’au moins la moitié de la population humaine aura plus de 50 ans d’ici 2050. Il faudra que nos esprits restent éveillés et que nos sens soient bien affûtés pour profiter réellement des moments précieux de nos vieux jours.

    Socrate parlait d’une idée appelée " eudémonisme ", soit la " floraison dans la vie ". Trop de plaisir et on s’épuise. Trop de détermination et on se tourmente. Mais quand le plaisir et la détermination sont tous deux au plus haut niveau, nous atteignons cet état eudémoniste, selon Deborah Fels, l’une des grandes spécialistes canadiennes sur le vieillissement et l’accessibilité.

    Apprendre c’est clairement ce que les humains font de mieux. Nous n’avons pas l’agilité du tigre ni la longévité des séquoias, mais nous apprenons continuellement et c’est ce qui nous distingue. En apprendre sur nous-mêmes et sur le monde peut être le secret du bonheur et de la santé dans les années de l’âge d’or.